‹ Le livre des ruinesChapitre 10 sur 27 · LA RUINE · texte numérisé non relu

LA RUINE

Un jour, sur ces murs noirs, plus muets que des tombes, Ont passé de sanglants éclairs ;

Le combat commençait.... Les boulets et les bombes Grondaient en sillonnant les airs....

On a vu tout-à-coup, sur la pauvre chaumière, Tomber un ouragan de feu ;

Et bientôt les reflets d’une fauve lumière S’étendaient loin dans le ciel bleu !

Voyez ; ce pan de mur conserve encor l’empreinte De la flamme qui l’étouffait.

Pendant qu’il se tordait sous la brûlante étreinte, Un roi glorieux triomphait....

Il louait le Seigneur ! Et la flère Allemagne,

En raillant le droit méprisé,

Disait : Remercions le Dieu de Charlemagne D’être un peuple civilisé !

Et les hordes passaient comme une onde écumante* Plus furieuses que jamais,

Laissant de tous côtés la ruine fumante Où régnaient la vie et la paix.

Près des cendres qu’un souffle en tourbillons emporte, Tout est silence et désespoir ;

Les enfants qui jouaient s’en vont do porte en porte Mendier un peu de pain noir....

— Adieu la belle ferme où tout semblait prospère ! — Leur mère dirige leurs pas ;

Ne leur demandez point où les attend leur père,

Car ils ne vous répondraient pas !

Leur père ! Il dort, là-bas ! Et sous la terre nue Rien ne viendra le réveiller !

Pas même, l’an prochain, le bruit de la charrue Qui dans le sol ira fouiller.

Page 1