‹ Le livre des ruinesChapitre 9 sur 27 · L\ RUINE · texte numérisé non relu

L\ RUINE

Hélas ! c’est la ruine en sa nudité sombre ;

Rien ne croît plus sur ce tombeau !

Le lierre n’a pas même autour de la décombre Etendu son triste manteau !

C’est le reste du feu ! c’est ce vide qui navre, Où le néant va régner seul !

C’est la mort triomphante, étreignant le cadavre Sans lui donner même un linceul !

— O Dieu ! qui peut sonder tes lois impénétrables î Qui peut lire dans tes secrets ?

Qui pourrait se soustraire aux coups inexorables Qui suivent tes fatals décrets ?

Pourquoi l’orage affreux sur la ferme tranquille Vient-il déchaîner sa fureur?

Pourquoi le feu du ciel a-t-il détruit l’asile Où s’abritait le laboureur ?

Problème monstrueux, que nul ne peut résoudre : Le coupable est riche et puissant,

Rien ne doit le punir. Et tu lances ta foudre Sur la maison de l’innocent !

— Ainsi murmure l’homme, ainsi l’esprit s’égare, Ainsi l’âme s’épuise en vain ;

Pourtant l’homme lui-même est souvent plus barbare Que la flamme, instrument divin

Qu'il incline le front sous les lois éternelles !

Il n’est rien pour l’éternité, Cependant il détruit de ses mains criminelles Ce que la foudre a respecté !

Ah ! le feu dévorant qui consuma Sodome Est moins aveugle et moins cruel !

— Ce qui brûla ce toit, c’est la fureur de l’homme Et ce n’est pas le feu du ciel !

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