L\ RUINE
Hélas ! c’est la ruine en sa nudité sombre ;
Rien ne croît plus sur ce tombeau !
Le lierre n’a pas même autour de la décombre Etendu son triste manteau !
C’est le reste du feu ! c’est ce vide qui navre, Où le néant va régner seul !
C’est la mort triomphante, étreignant le cadavre Sans lui donner même un linceul !
— O Dieu ! qui peut sonder tes lois impénétrables î Qui peut lire dans tes secrets ?
Qui pourrait se soustraire aux coups inexorables Qui suivent tes fatals décrets ?
Pourquoi l’orage affreux sur la ferme tranquille Vient-il déchaîner sa fureur?
Pourquoi le feu du ciel a-t-il détruit l’asile Où s’abritait le laboureur ?
Problème monstrueux, que nul ne peut résoudre : Le coupable est riche et puissant,
Rien ne doit le punir. Et tu lances ta foudre Sur la maison de l’innocent !
— Ainsi murmure l’homme, ainsi l’esprit s’égare, Ainsi l’âme s’épuise en vain ;
Pourtant l’homme lui-même est souvent plus barbare Que la flamme, instrument divin
Qu'il incline le front sous les lois éternelles !
Il n’est rien pour l’éternité, Cependant il détruit de ses mains criminelles Ce que la foudre a respecté !
Ah ! le feu dévorant qui consuma Sodome Est moins aveugle et moins cruel !
— Ce qui brûla ce toit, c’est la fureur de l’homme Et ce n’est pas le feu du ciel !