AUX PAYSANS
Le triste usurpateur qui, bâillonnant la France, Par des degrés boueux sur un trône est monté,
Et vous a dit, narguant votre folle ignorance :
« Regardez, je vous rends l’ordre et la liberté ! »
L’imposteur effronté qui maintint sur vos têtes Durant de si longs jours un joug avilissant,
Qui payait la débauche et qui donnait des fêtes Quand vos fils au Mexique allaient verser leur sang ;
Le despote impudent qui dans vingt ans de règne N’a fait que notre honte et notre déshonneur,
Et qui répète encore à la France qui saigne :
« France, reviens à moi, car j’ai fait ton bonheur ! »
L’ignoble criminel adulé sans relâche,
Encensé comme un dieu par de vils compagnons, — Ce bandit, en un mot, s’est rendu comme un lâffie En rendant une armée et quatre cents canons !
LE LIVRE t>ËS RUINES.
Redites, maintenant, ses phrases mensongères ! Votre idole est tranquille, et vous, désespérés; C’est le sang généreux répandu par vos frères Qui féconde aujourd’hui vos sillons altérés !
Mais vous ne saviez pas.... Et tenez, à cette heure, Tout est confus encore en votre épais cerveau ; Pendant qu’il se repose et que la France pleure, Vous nous creusez peut-être un abîme nouveau.
Et puis, vous n’écoutez que les voix qui vous trompent. Savez-vous seulement si l’on nous a vaincus ?
Les hommes qu’il vous faut sont ceux qui vous corrompent Et qui viennent à vous les mains pleines d’écus.
Ah ! si vous regardiez î si vos cœurs moins avides Comprenaient les devoirs, les droits du citoyen !... Mais on vous a laissés ignorants et stupides,
A quoi bon vous parler? Vous ne comprenez rienl
Septembre 1870.