L'ÉPILOGUE
H eil mort/
La mort ouvre à nos pieds un effrayant abîme ; Les crimes du bourreau, les maux de la victime Semblent pâlir au seuil de cette immensité .
Le coupable puni s’est couché dans la tombe ;
Ce n’est plus un tyran, c’est une âme qui tombe Dans le sein de l’éternité.
Paix autour de celui que la terre dévore !
Nous ne sommes point rois, pour refuser encore A ses restes flétris l’aumône d’un pardon,
Et pour venir, railleurs, devant sa sépulture Crier : « D’un ennemi qui tombe en pourriture Le cadavre sent toujours bon ! »
Repose donc, César, sur ta couche fatale.
Les clameurs d'une joie insultante et brutale N’iront pas de ton ombre éveiller les remords. L’ombre du criminel n’a plus que Dieu pour juge ; Empereurs ou sujets, dans leur dernier refuge Nous ne poursuivons pas les morts.
Que la terre d’exil à ton corps soit légère 1 Ceux qui t’ont vu mourir sur la rive étrangère Ne seront point troublés par nos cris triomphants. Ta mort nous vengera sans fête et sans tumulte, La République est forte, et la France n’insulte Ni les femmes, ni les enfants.
l’épilogue. 247
La haine de ton nom ne doit point te survivre ;
Tu nous guettais dans l’ombre et le ciel nous délivre, C’est tout. — Loin de ce sol demeure enseveli ;
Nous n’avions pas rêvé pour toi d’autres supplices,
Et, sans le bruit que font tes imprudents complices,
Tu pourrais espérer l’oubli....
Mais écoute.... Là-bas leur voix s’élève et monte.... Ils ne sont pas encor rassasiés de honte,
Ils hurlent en suivant ton lugubre convoi !
Auprès de ta dépouille à peine refroidie On les voit prolonger la sombre comédie Qui devait finir avec toi !
Ils osent travestir ta misérable histoire !
Quand l’étranger, debout sur notre territoire, Nous écrase et nous raille, ils osent devant lui Des siècles à venir invoquer le suffrage !
Ah ! leur espoir t’accable, et c’est le seul outrage Qui puisse t’atteindre aujourd’hui.
Nous gardons le silence, et l’iDfernale bande S’épuise à déterrer sous ta triste légende Quelque opprobre de plus dans la masse oublié ! Reconnais-tu, César, ces faces hypocrites?
Voilà les ennemis, funèbres parasites A qui ton cadavre est lié !
Indignes nourrissons de ton indigne empire,
Ils ont crispé sur toi leur griffe de vampire,
Us t’ont rongé vainqueur, ils t’ont rongé vaincu ; Ils te poursuivront mort, ils poursuivront ta race. Us s’abattent déjà, troupe avide et vorace,
Sur le fils qui t’a survécu !
Tant que ton nom sonore aura quelque prestige Us en exploiteront jusqu’au dernier vestige !
Us mèneront leur danse antour de ton cercueil ! Dans la tombe muette on les verra descendre.
Us la profaneront pour remuer ta cendre Et la répandre sur le seuil.
l'épilogue.
On les entendra, tels qu’une meute féroce, Pour appeler la foule, aboyer sur ta fosse Que le passé menace et que l’oubli défend.
Taillant un étendard d’un coin de ton suaire, Ils mettront, tout glacé, ce drapeau mortuaire Entre les mains de ton enfant.
Puis ils lui diront : « Marche! Egorge ta patrie! Ton père la laissa palpitante et meurtrie,
A toi de l’achever ! Marche, fils des héros ! »
Ah ! viennent à rugir les fureurs qui sommeillent, N’en accusez que ceux dont les cris les éveillent ; Tyrans, ce sont là vos bourreaux !
Voilà ce qu’ils feront. — Pour nous, que nous importe? 11 est mort; avant lui sa légende était morte.
A d'autres de flétrir une existence en fleur;
Un poids déjà trop lourd sur l’innocent retombe, Laissons, républicains, le cadavre à la tombe Et l’orphelin à