‹ Le livre des ruinesChapitre 6 sur 27 · UN CONVOI · texte numérisé non relu

UN CONVOI

Isolé dans la foule aux abords de la ville,

Je regardais rouler, formidable et docile,

Pareille à quelque monstre arraché de l’enfer,

Une locomotive en ses sillons de fer.

Elle arrivait, pesante, intrépide, enflammée, Vomissant dans les airs des torrents de fumée Aussitôt dispersés sous le ciel calme et bleu. J’écoutais les bruits sourds de sa poitrine en feu, Qui, répandant au loin comme une odeur de poudre, Semblait cracher l’éclair et respirer la foudre.

Je l’entendais rugir; la vapeur en sifflant Jaillissait; la sueur ruisselait à son flanc;

Le soleil embrasait sa cuirasse difforme ;

Ses naseaux flamboyaient. Comme un reptile énorme, Le train en la suivant ondulait sur scs pas.

Et dans ses longs anneaux, roulés avec fracas,

On voyait sans pâlir s'agiter par centaines Des masques grimaçants, des figures humaines !

— Quel rêve ! — Sur les reins du féerique animal Se dressait, immobile, un génie infernal....

Un homme noir, souillé de cendre et de poussière, Régnait comme un démon sur la machine entière !

Et je dis, admirant cet ouvrier bronzé :

Honneur à l’homme! Il a tout compris, tout osé.

Il a tout enchaîné : l’onde, le fer, la flamme;

La matière s’anime au souffle de son âme !

Tout cède à ses efforts, il domine en tout lieu ! L’univers est à lui ! L’homme est roi, l’homme est dieu !

Et le train s’arrêta. Bientôt je vis la foule Déserter lentement cette cité qui roule.

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