‹ Le livre du bibliophileChapitre 3 sur 15 · DU TEXTE · texte numérisé non relu

DU TEXTE

senter que des singularités peu philologiques, dues au caprice des compositeurs ignorants. L'orthographe y est variable, mais non arbitraire, et la ponctuation y frappe l'observateur attentif bien plus par sa fixité que par son apparente bizarrerie. Si Jean Racine n'a pas relu scrupuleusement les épreuves de la dernière édition de son théâtre , La Fontaine multipliait les errata à la suite des recueils de ses Fables, montrant ainsi qu'il n'était point indifférent à la correction typog:raphique de ses œuvres. Molière, peu soucieux que ses pièces; fussent imprimées, tenait du moins à ce qu'elles le fussent correctement.

Nous ne voulons pas être plus dédaigneux que ces grands hommes. Pour obtenir l'exactitude qui nous est précieuse, nous reproduisons fidèlement la dernière édition publiée du vivant de l'auteur, toutes les fois que cette édition a été revue ou tout au moins avouée par lui. Mais s'il nous a suffi de suivre cette règle pour établir presque totalement les textes de Rabelais, de Régnier, de La Fontaine, de La Rochefoucauld, de La Bruyère, etc., nous l'avons reconnue insuffisante pour les écrivains qui, comme Molière, sont morts en laissant inédite une grande partie de leur œuvre, et complètement inapplicable à ceux qui, comme Montaigne, ont corrigé et amplifié leur livre après l'avoir livré pour la dernière fois à l'imprimeur. Dans ces différents cas nous reproduisons, à défaut des manuscrits

le plus souvent perdus, celle des éditions posthumes qui a été faite dans les meilleures conditions pour reproduire la pensée de l'auteur. Ainsi nous donnons les Essais d'après le bon et vieil exemplaire de mademoiselle de Goumay et nous suivons, pour les pièces que Molière ne fît pas lui-même imprimer, le texte que produisirent ses camarades Lagrange et Vinot.

Cette réforme n'est pas un caprice qui nous est propre : elle est dans l'esprit du temps et elle éclate de divers côtés. Le public recevrait mal aujourd'hui des classiques mis à la mode du jour. Un Rabelais « accommodé en nouveau langage »

n'aurait pas la fortune qu'il eut au xvii^ siècle. Les formes grammaticales et orthographiques des écrivains classiques ont acquis pour nous le prix qui s'attache aux choses anciennes. Mais il faut avouer que, si l'on suit enfin les éditions originales, on les suit généralement de trop loin. Si le temps n'est plus où M. Aimé Martin, littérateur hautement estimé d'ailleurs, accueillait dans son texte de Racine des corrections introduites par La Harpe sous prétexte d'élégance et de bon goût, il n'est pas moins vrai que M. Burgaud des Marets a pu, il y a quelques années, relever plus de trente mille fautes dans la meilleure des rééditions de Montaigne. Plus récemment encore on a constaté, dans une édition nouvelle de Rabelais, une omission de neuf lignes dans un même livre, et cela parce que l'éditeur ne s'était pas

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