DU PAPIER
sent bien que ce dernier mode d'opérer, beaucoup plus rapide que l'autre, a l'inconvénient de produire une pâte moins liée, d'où résulte un papier moins solide. Mais c'est là une nécessité moderne qu'il faut subir. En basse Normandie, dans la vallée de Vire, quelques petites usines opt encore conservé leur ancien outillage de pilons ou marteaux, etc.
La durée du papier dépend en grande partie de la matière employée : le chanvre, sous ce rapport, est préférable au lin.
Les papiers de chanvre ou de lin se font encore à la main. C'est ce qu'on nomme les papiers à la forme. On comprend que la beauté de leur façon et l'égalité de leur épaisseur dépendent beaucoup de l'adresse avec laquelle l'ouvrier étend la pâte. On comprend aussi que la grandeur de la feuille est forcément limitée par la longueur du bras de l'homme et par le champ que peut parcourir la vannette.
On est d'abord frappé de l'apparente étrangeté des noms par lesquels on distingue les unes des autres les diverses sortes de papiers : le pot, la couronne, Vécu, le raisin, le Jésus, le grand soleil, le grand aigle : ces noms viennent de la marque qu'ils portaient autrefois dans leur fil et qu'on pouvait voir en plaçant la feuille entre l'œil et le jour. Cette marque représente, en effet^ tantôt un pot, tantôt une couronne, tantôt un écu, etc.
Les papiers de coton, comme nous Pavons dit, sont employés aujourd'hui pour tous les livres qui ne sont pas d'un luxe exceptionnel. Ces papiers sont fabriqués non à la forme, mais à la mécanique. *
Le papier de coton, bien qu'il ne donne pas les mêmes promesses de durée que le papier de fi], est capable de se conserver intact par delJi les limites ordinaires de la vie humaine (ce qui doit rassurer les bibliophiles), lorsque du moins le coton y est pur, et non mêlé, comme il arrive souvent, à des substances fibreuses végétales et minérales, telles que paille, écorce d'arbre, kaolin, sable, etc.
Le papier teinté ne diffère pas essentiellement par sa fabrication de tout autre papier incolore ; la teinte résulte d'une substance colorante ajoutée à la pâte. Ce n'est là qu'un artifice pour plaire aux yeux.
Le papier de Chine a besoin d'une mention spéciale; il en faut préciser l'emploi. Toute personne qui n'est pas absolument étrangère aux livres et aux estampes sait distinguer le vrai papier de Chine du chine français qui en diffère sensiblement. Nous parlons ici du vrai chine, léger comme du liège, très- mince et trèS-spongicux à la fois, et doux et brillant comnle un foulant de soie. Malgré toutes ces qualités, le papier de Chine, trop inconsistant, doit sa réputation, non pas à -sa propre beauté, mais bien à ses affinités particulières avec l'encre d'impression. Son tissu lisse et mou tout ensemble est plus apte qu'aucun autre
DU ^APlBa. 33
à recevoir un bean tirage. Cettç propriété, qui fait rechercher le papier de Chine pour le tirage des gravures, est celle-là même qui en justifie l'emploi pour les tirages typographiques. L'impression y vient avec une incomparable netteté. Les livres imprimés en petit texte gagnent particulièrement à être tirés sur chine.
Nons rappelons aux amateurs que ce papier, fabriqué avec des substances végétales, est soumis à un travail incessant de décomposition d'où résultent assez promptement ces petites taches jaunes ou piqûres dont aucun papier, d'ailleurs, n'est absolument exempt. C'est l'humidité, ce grand agent de décomposition, qui hâte l'apparition de ces taches. Il importe au bibliophile de les prévenir, œ qui peut se faire aisément au moyei de l'encollage. Nous ne saurions trop donner le conseil de faire encoller les papiers de Chine immédiatement après l'impression du volume, les piqûres apparaissant souvent au bout d'une année.
T)E Lq4 "BJELIVRM
A reliure peut et doit orner le livre qu'elle revêt, mais il faut avant tout qu'elle le protège II est nécessaire d'attendre, pour faire relier un livre, qu'il soit parfaitement sec, ce qui n'arrive que quelques mois et parfois même une année et plus après le tirage; car certains papiers, surtout ceux de fil, sont particulièrement sujets à garder l'humidité. Les opérations que nécessite la reliure, si elles sont appliquées à un livre humide , ont le fâcheux résultat d'en maculer les feuillets. Mais dès que le livre est bien sec, surtout si c'est un exemplaire tiré sur papier de Chine ou sur tel autre papier de choix, il convient, pour lui assurer les meilleures conditions possibles de conservation, de le confier aux soins d'un bon relieur. Si toutefois il ne plaît pas au bibliophile de donner
DE LA RELIURB. 35
immédiatement à ce livre une reliure définitive, il peut le faire cartonner. Mais qu'on ne pense pas que ce soit chose indifférente de confier le plus simple cartonnage à un bon ou à un mauvais ouvrier. Un livre, dans ce cas même, court risque d'être irréparablement gâté, s'il est préparé par une main maladroite.
Aussi devons-nous nommer ici M. Raparlier, qui opère le laminage ou battage et le repliage pour des cartonnages de deux francs avec les mêmes soins intelligents que prennent les meilleurs ouvriers quand il s'agit d'une reliure de trente francs ou plus. Une telle façon de procéder nous fait estimer particulièrement les élégants cartonnages en demi-toile anglaise et les demi-reliures de maroquin à long grain qui sortent de l'atelier de M, Raparlier.
L'opération qui a pour but de donner une surface plane aux feuillets du livre, le battage, se faisait jadis uniquement au marteau; on emploie aujourd'hui le laminoir, avec lequel on obtient cette précision un peu dure qui caractérise le travail de toute machine. Le battage au marteau, qui n'est pas complètement abandonné, produit des effets qui dépendent entièrement de l'ouvrier. S'il est habile, son travail a une souplesse, un moelleux que la main humaine peut seule donner. U est des relieurs qui emploient avantageusement les deux procédés. Quand le livre est passé au laminoir, ils lui donnent avec adresse le coup de
marteatt décisif, duquel résulte la belle tournure et le Je ne sais quoi qui est Tempreinte de Fodvrier artiste.
Le livre n'est plus cousu aujourd'hui de la fiiçoii qu'il rétait autrefois. La quadruple ou quintuple fioeUe sous laquelle viennent passer tons les fila destinés à retenir les feuillets, et qui faisait horizontalement saillie sur le dos des vieux livres, est maintenant engagée dans un crati pmtiqaé dans les feuilles mêmes, au moyen d'une petite scie : cela s'appelle grecquer. Et ce terme imp^ue^ selon tonte apparence, que c'est là nne aorte de tricherie pour gagner du temps et pour échapper à l'obligation de fhire piquer à l'aiguille par de bonnes ouvrières. Il résulte de ce procédé rapide, mais brutal, que le livre s'ouvre extrêmement maL Un livre de quelque valeur ne doit être honorablement relié que par l'ancienne méthode, c'est-à-dire cousu sur nerfs.
Il fout dire que sur un pomt la reliure moderne a vaincu en élégance la reliure ancienne. Les plats, qui se soulèvent mal dans les vidlles reliures, jouent maintenant comme des couvertes sur leur» charnières, les gardes ne sont plus cooanes avec le livre mSme, elles sont posées après coup sorks plats ouverts.
L'amateur doit ou £ure cartonner ton livre, comme nous Pavons dit, on lui donner pour vêtement soit une demi-reliure, soit une reliure i^cine. La demi-reliure n'est pas définitive; elle n'a pas à