‹ Le livre du bibliophileChapitre 8 sur 15 · DE LA RELIURE · texte numérisé non relu

DE LA RELIURE

être fort ridie^ mais elle doit être élégante. Il en ett un type dont on ne pent gnère s'écarter : c'est la dcmi^reliare avec coins, traïkche sopérknre dorée, les autres tranches seulement ébarbées.

Noos placerons ici une observation qui s'applique également aux cartonnages. Les livfes tirés silr papier de choix offircnt une partisuiarité due anx nécessités du tirage : ils sont munis dé fauises margeSy c'est-à-diie que les marges exté* rieares d'un certain nombre de feuillets dépassent, et souvent de beaucoup, les marges correspon* dantes des antres feuillets. Quelques amateurs ne font pas tomber à la reliure ces faunes marges. Il nous semble meilleur de les rogner : elles pro* viennent^ non d'une intention artistique, msts d'une nécessité matérielle ; ces différences dans la dimension des papiers, loin d'être un ornement, donnent au Uvre un aspect irrégulier qui ne saurait être agréable.

La reliurt pleine est la seiUe qni s^t définitive. C'est pourquoi nous considérons la tranche dorée connis one particularité qui lui est nécessaire. Un livre vêtu d'une reliure pleine et non rogné nous parait offrir par là une ia con séquca ce choquante, lyaillevrs la dorure de la tranche peut seule «mpêcbsr ces petites taches ou piqiires que l'Immii' dite produit à la longue an bord des livres les plus soigneosement conservés. Kous n'avons pas besoin de dire qu'un livre doit, dans tons les cas, être pcn rogné, et que quelques Umùint doiwit

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apparaître comme gage du respect que le relieur a eu des. marges. Les marges d'un livre sont conmie le cadre d'un tableau : leurs proportions importent à l'effet plastique de la page.

Les reliures pleines vraiment riches et magistrales se font en maroquin du Levant.

Il y aurait un autre genre de reliure qui nous plairait particulièrement pour les réimpressions^ parce que son style archaïque serait en harmonie avec ces sortes d'ouvrages : c'est la reliure en vélin ; par malheur^ nous ne connaissons pas un seul atelier où on la fasse à la satisfaction d'un véritable connaisseur. Nous espérons qu'un relieur artiste; et patient viendra un jour, qui reprendra sur ce point et adaptera.au goût de notre époque les traditions du xvi* siècle.

Un mauvais relieur gâte irréparablement un livre^ un bon relieur le rend durable et l'enrichit.

Voici les noms des relieurs qui ont fait preuve, à notre connaissance , d'habileté, de soin et de goût :

MM. Allô, les successeurs de Cape, Chambolle, successeur de Duru, Cuzin, David, Hardy, Lortic, Thibaron, Trautz-Bauzonnet.

Nous n'avons nommé ici que des hommes excellant dans leur art. Tous n'ont point les mêmes qualités; ainsi, pour ne citer qu'un exemple, les reliures de Trautz-Bauzonnet sont solides et un peu massives, tandis que celles de Cape sont élégantes et légères jusqu'à l'excès; mais les unes

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et les antres témoignent d'an véritable souci de bien fkire et sont justement prisées.

S'il est quelque relieur amoureux de son art et soigneux de sa réputation que nous n'ayons pas cité dans notre liste, nous le regrettons profondément. Nous ne disons que ce que nous savons et nous serions heureux qu'on nous instruisît à notre tour.

Il nous reste à dire un mot de la dorure. Le XVI*, le XVII* et le xviii* siècle nous ont légué un trésor inépuisable de motifs destinés à l'ornementation des livres. Nos doreurs les appliquent avec une habileté de main qu'on n'aviût ni au xvi* n au XVIII* siècle. MM. Marius Michel et Wampflug doivent être nommés ici. M. Wampflug se fait remarquer par la solidité et l'éclat de sa dorure, M. Marius par l'art exquis des arrangements et le choix des motifs. Ce sont ces deux artistes qui font presque toute la dorure des relieurs dont nous avons parlé plus haut. Cependant M. Trautz- Bauzonnet fait sa dorure lui-même. M. Lortic dore également lui-même. Sa vitrine, placée à l'exposition de Vienne^ dans la classe des arts industriels, contenait une série chronologique de reliures de tous les styles, dont notamment quelques-unes, à mosaïques et à compartiments, sont des œuvres qui témoignent d'un soin patient et d'un goût délicat et font songer, par le prodigieux travail qu'elles ont coûté, aux pièces de maîtrise des anciennes corporations.

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Si la reliure est un art et li, par exemple, «a livre aux armes de Marie Stoart peut être ooniparé à la caisette de cette reine dont M. Luzarche a publié les dessins, c'est particulièrement à la dorure que le vêtement d'un livre doit de pouvoir atteindre à la beauté artistique. Nous parlons de la dorure aux petits fers; non de celle qui est appliquée, d'un seul coup, à l'aide du balancier, sur le plat de maroquin, mais dé celle qui, poussée à la main, au moyen de fers de minime dimension, exige de la part de l'ouvrier du goût dans la combinaison des motifs et de l'hatnleté dans l'application des fers. En songeant à ce que coûte d'invention et d'adresse manuelle une large dentelle d'or composée d'une infinité de pièces mobiles appliquées isolément, on comprend que, si le prix d'une reliure ne peut dépasser une certaine limite, il est des dorures qui, par leur caractère hautement artistique, échappent à toute appréciation vénale.

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