DE LA RELIURE
immédiatement à ce livre une reliure définitive, il peut le £ûre cartonner. Mais qu'on ne pense pas que ce soit chose indifférente de confier le plus simple cartonnage à un bon ou à un mauvais ouvrier. Un livre, dans ce cas mime, court risque d'être irréparablement gâté, s'il est préparé par une main maladroite.
Aussi devons-nous nommer ici M. Raparlier, qui opère le laminage ou battage et le repliage pour des cartonnages de deux francs avec les mêmes soins intelligents que prennent les mdlleurs ouvriers quand il s'agit d'une reliure de trente francs ou plus. Une telle façon de procéder nous fait estimer particulièrement les élégants cartonnages en demi-toile anglaise et les demi-reliures de maroquin à long grain qui sortent de l'atelier de M, Raparlier.
L'opération qui a pour but de donner une surface plane aux feuillets du livre, le battage, se fusait jadis uniquement au marteau; on emploie aujourd'hui le laminoir, avec lequel on obtient cette précision un peu dure qui caractérise le travail de toute machine. Le battage au marteau, qui n'est pas complètement abandonné, produit des effets qui dépendent entièrement de l'ouvrier. S'il est habile, son travail a une souplesse, un moelleux que la midn humaine peut seule donner. Il est des relieurs qui emploient avantageusement les deux procédés. Quand le livre est passé au laminoir, ils lui donnent avec adresse le coup de
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marteaa décisif^ dnqud résulte la belle tournure et le Je ne sait quoi qui est Tempreiiite de l'ouvrier artiste.
X«e livre n'est plus cousu au)oard'hui de la façon qu'il l'était autrefois. La quadruple ou qmntuple ficelle tous laquelle viennent passer tous les fila destinés à retenir les feuillets, et qui faisait horizontaleaient sailUe sur le dot des vie«x livres, est maintenant engagée dans an cran pfatiqné dans les feuilles mêmes, au moyen d'une p^le scie : cela s'appelle grecquer. Et ee terme implique^ selon toute apparence, que c'est là nne aorte de tridierie pour gagner du temps et pour échapper à l'obligation de faire ]ûquer à l'aiguille par de bonnes ouvrières. Il résulte de ce procédé rapide, mais brutal, que le livre s'ouvre extrêmement mal. Un livre de quelque valeur ne doit être honorablement relié que par l'ancienne méthode, c'est^A^-dire cousu sur nerft.
Il fkut dire que sur un point U rdiure moderne a vaincu en élégance la reliure ancienne. Les i^ts, qui se soulèvent mal dans les vieilles reliures, jouent maintenant comme des couvercles sur leurs charnières, les gardes ne sont plus cousues avec le livre même , elles sont posées après coup sur les plats ouverts.
L'amateur doit ou faire cartonner son livre, comme nous l'avons dit, on lui donner pour Têtement soit une demi-reliure, soit une reliure ftône. La demi-reliure n'est pas définitive; elle n'a ptt à
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être fort ridie> mm /elk doilt $tr« i^g^U, Il en e«t un typ* doat on ne peut ^èrs s'^iter : «'«st la 4«mi-relîare av«c coins, tranche «np^rieurv dorée, les antres trancha seulçip^nt ébart>ée9.
Noua placerons ici one observation qui n'jipplique également aux cartonnages. I<«s livi«s tir^ sur paiMer ^e choix o&^% nae particularité dua aux nécessité du tiraga t ils ^t muçif 4« fav$s^ margesy «'eat-i-dire que les raargaa exti^ rieurea d'un certain nombra de feuillets dépaasent, et souvent de beaucoup^ les margea correspondantes des autres feuilleu. Quelques amateura na font pas tomber k la reliarç cea faoases marfoi. Il noua semble meiUeur de les rogner : elles proviennent, non d'une intention artistique, maia d'une nécessité matérielle; cea différences dana la dimenaicMi des papiers, loin d'être un orpemeQt, donnent au livre nq aspaçt irréguliar qui ne saurait être agréaUe.
La reliure pleine eat la seule qui soit définitive. C'est pourquoi nous considérons la tranche dorée comma ona particularité qai lui est nécessaire. Uo liviB vêtu d'une reliure i^tnc et son rogné noua parait oâfrir par là une incooséqueBM choqaaiila. D'aiiteura la dorure de la tranche peut seule emp4cbar cea petites tachea on piqûres que l'humi» dite produit k la longue au bord dea livr^ lea phia aoigneuaement conservés. Kpua n'avom pas bcaoin de dire qu'un livre doit, dana tous lof caa, être peu rogné, et que quelques tiinoinf doivent
apparaître comme gage du respect que le relieur a en des marges. Les mafges d'un livre sont comme le cadre d'un tableau : leurs proportions importent à l'effet plastique de la page.
Les reliures pleines vraiment riches et magistrales se font en maroquin du Levant.
Il y aurait un antre genre de reliure qui nous plairait parti^lièrenkent pour les réimpressions, ' parce que son style archaïque serait en harmonie avec ces sortes d'ouvrages : c'est la reliure en' vélin; par malheur, nous ne connaissons pas un' seul atelier où on la fasse à la satisfaction d'un véritable connaisseur. Mous espérons qu'un relieur artiste et patient viendra un jour, qui reprendra sur ce point et adaptera au goût de notre époque les traditions du xvi* siècle.
Un mauvais relieur gâte irréparablement un livre, un bon relieur le rend durable et l'enrichit.
Voici les noms des relieurs qui ont fait preuve, à notre connaissance, d'habileté, de sohi et de goût :
MM. Âlld, les successeurs de Cape, Chambolle, successeur de Duru, Cuzin, David, Hardy, Lortic, Thibaron, Trautz-Bauzonnet.
Nous n'avons nommé ici que des hommes excellant dans leur art. Tous n'ont point les mêmes qualités; ainsi, pour ne citer qu'un exemple, les reliures de Trautz-Bauzonnet sont solides et' un peu massives, tandis que celles de Cape sont élégantes et légères jusqu'à l'excès; mais les unes
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et les autres témoignent d'un yéritable souci de bien iaire et sont justement prisées.
S'il est quelque relieur amoureux de son art et soigneux de sa réputation que nous n'ayons pas cité dans notre liste^ nous le regrettons profondément. Nous ne disons que ce que nous savons et nous serions heureux qu'on nous instruisit à notre tour.
Il nous reste à dire un mot de la dorure. Le xTi% le XVII* et le xvui* siècle nous ont légué un trésor inépuisable de motifs destinés à l'ornementation des livres. Nos doreurs les appliquent avec une habileté de main qu'on n'avait ni au xvi* n au xvui* siècle. MM. Marius Michel et Wampflug doivent être nommés ici. M. WampAug se fait remarquer par la solidité et l'éclat de sa dorure, M. Marius par l'art exquis des arrangements et le choix des motifs. Ce sont ces deux artistes qui 'font presque toute la dorure des relieurs dont nous avons parlé plus haut. Cependant M. Trautz- Bauzonnet fait sa dorure lui-même. M. Lortic dore également lui-même. Sa vitrine, placée à l'exposition de Vienne, dans la classe des arts industriels, contenait une série chronologique de reliures de tous les styles, dont notamment quelques-unes, à mosaïques et à compartiments, sont des œuvres qui témoignent d'un soin patient et d'un goût délicat et font songer, par le prodigieux travail qu'elles ont coûté, aux pièces de maîtrise des anciennes corporations.
Si ht reliure ctt vn an et ti, par exemple, an livre aux armes de Marie Stnart peut être coteparé à la caisette de cette rône dont M. Luzarche a publié les dessins, c'est particulièrement à ht dorure que le vêtement d'un livre doit de pouvoir atteindre à la beauté artistique. Nous parlons de la dorure aux petits fert; non de celle qui est appliquée, d'un seul coup, à l'aide du balancier, sur le plat de maroquin, mais de celle qui, poussée à la main, au .moyen de fers de minime dimension, exige de la part de l'ouvrier du goût dans la combinaison des motifs et de l'habileté dans l'application des fers. En songeant à ce que coftte d'invention et d'adresse manuelle une large dentelle d'or composée d'une infinité de pièces mobiles appliquées isolément, on comprend que, si le prix d'une reliure ne peut dépasser une certaine limite, il est des dorures qui, par leur caractère hautement artistique, échappent à toute appréciation vénale.