ÉTATS DIVERS
. J'ai déjà dit que les menuisiers avaient reçu les tourneurs, les serruriers et les vitriers. Lcb
anciens ne hurlent pas. Les tourneurs et les vitriers hurlent. Je ne replacerai pas ici les noms de toutes les sociétés engendrées immédiatement après celle-ci. J'observerai qu'elles se ressemblent toutes sous beaucoup de rapports. Quant aux hurlements, quant au topage, elles en usent presque toutes; quant aux longues cannes , quant aux couleurs, on en porte partout; quant aux divisions par classes, ce sont toujours des Compagnons et des Aspirants.
Les Cloutiers ont quelque chose de particulier; ils suivent encore les plus vieilles coutumes : ils commandent leurs assemblées', ils font leurs grandes cérémonies en culotte courte et en chapeau monté. De plus, ils ont des cheveux longs et tressés sur leur tète. Si un membre de leur Société vient à mourir, ils quittent leurs chapeaux, défont, délient leurs longues tresses, et vont l'enterrer avec les cheveux en désordre et leur couvrant presque tout le visage. Les cloutiers sont nombreux à Nantes , et l'on peut dire d'eux qu'ils se soutiennent comme des frères.
Les Forgerons aussi se parent de culottes courtes et de chapeaux montés.
Je parlerai de quelques sociétés moins anciennes.
Les Compagnons Tisserands datent de 1775; un menuisier traître à sa Société leur vendit le Devoir.
Les cordonniers n'ont guère <jue trente ans de Compagnonage. Voici leur origine : Un gendarme, ayant été ouvrier et Compagnon fcorroyeur, vendit dans Angouléme son Devoir à un cordonnier nommé Carcassonne Le Turc,
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qui le communiqua à ceux de sa profession. Le* cordonniers se formèrent en société et devinrent très-forts; ils soutinrent pendant huit jours une bataille affreuse contre les corroyeurs. tl y eut des blessés et des morts. A la suite de cette affaire. Mouton Cœur-de-Lwn , cordonnier des plus courageux, fut mis aux galères de Rocherort , où il mourut, sans doute de chagrin et d'ennui. Les cordonniers vénèrent la mémoire de ce Compagnon , et dans un de leurs couplets on trouve les vers suivants :
Provençal l'invincible, Bordelais l'Intrépide, Mouton Cœur-de-Lion Nous ont fait Compagnons.
Le Devoir fut porté d'Angoulême à Nantes, et de là se répandit dans d'autres villes. Les Compagnons cordonniers sont nombreux et d'une bravoure remarquable. Us se battent fréquemment , et je dois avouer qu'ils sont souvent attaqués.
Les cordonniers portent d'abord deux couleurs, une rouge, une bleue; puis dans chaque ville de Devoir où ils passent, ils prennent une couleur déplus1. Ce qui fait qu'en terminant leur tour ae France, ils en ont un grand nombre*
J'ai dit que les cordonniers ne comptaient ou'une trentaine d'années de Compagnonage. Cependant on trouvera dans l'Histoire de Paris, par Dulaure, que le 27 septembre 1645, les Compagnons cordonniers, appelés Compa-
1 Ces couleurs que l'on prend de plus et dont plusieurs corps d'états font usage, s'appellent des faveurt.
gnons du Devoir, forent dénoncé» à la faculté de théologie à cause des pratiques de l'initiation d'un apprenti au grade de Coma** gnon, etc., etc. Il est probable que cette SoGÎ&é fut dissoute, et que son Devoir se perdit; car. ib est bien positif que la Société actuelle, des cordonniers est peu ancienne.
Les Boulangers comptent une vingtained'ân* nées de Compagnonage, ils tiennent le Devoir des doleurs, et ils se sont formés en société à Nantes, à La Rochelle, puis à Bordeaux.
Les Fer randiniers , ou ouvriers en soie, se sont formés en 1832 en Compagoonage; ils ont essayé, il y a peu de temps, de rentrer dans la famille des Enfants de maître Jacques. S'ils n'ont pas obtenu cette faveur, ils ont au moins reçu de bonnes raisons.
Quelques associations de Compagnons, telles*, que celles des Bonnetiers , des Potiers, des Epingliers, etc., se sont effacées; elles ont été remplacées par d'autres; de nouvelles associations se forment encore, tant le besoin de s'associer se fait sentir aux ouvriers*
Adjonction aux Fnfant» dn pèr»
COUVREURS ET PLATRIERS.
Les charpentiers ont reçu les Couvreurs et les Plâtriers; ils diffèrent peu les uns des autres dans leurs arrangements. Chez les couvreurs, le non-Compagnon est appelé Aspirant, et chez les plâtriers Bouquin*
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Les Enfants du père Soubise, comme les Enfants de maître Jacques, se disent Compagnon*, du Devoir. Les Compagnons du Devoir seraient très-forts s'ils étaient d'accord entre eux, mais ils. ne le sont pas.
Ainsi , les menuisiers , amis des charpentiers, et des. tailleurs de pierre, sont ennemis des marectaux que ces derniers accueillent.
Les maréchaux tiennent le Devoir des forgerons , et en sont repoussés.
Les maréchaux repoussent les bourreliers.
Les forgerons ont reçu les charrons. sous la condition que ceux-ci porteraient les couleurs à une boutonnière basse; les charrons promirent tout , mais ils n'ont pas tenu leur promesse; il*, portent les couleurs aussi haut que les forge-» rons : voilà la cause de leur haine et de leur» querelles»
Les charpentiers, portent les couleurs d'une manière, les tanneurs veulent les porter de la ïnême manière., c'est ce qui les rend ennemis jurés.
Les charpentiers sont souvent en contestation avec les tailleurs de pierre au même sujet.
Enfin, presque toutes les discordes entre le» Compagnons du Devoir viennent des couleurs et du droit de préséance. Chacun veut avoir le pas sur les autres.
Les vanniers, les doleurs, les tisserands, les sabotiers, les cordiers, vivent dans une sorte d'isolement.
Les boulangers, les cordonniers sont absolu-
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ment repoussés de tous les autres corps d'états, qui ne les jugent pas dignes d'être Compagnons.
Je ferai remarquer que les tisserands, les cordonniers , les boulangers, les maréchaux, etc., etc. , sont ennemis des Compagnons menuisiers et serruriers du Devoir . et que si, malgré cela, un membre de ces Sociétés avait un frère menuisier ou serrurier, ce frère se mettrait plutôt avec les Compagnons du Devoir qu'avec les Compagnons du Devoir de Liberté ; et cela se conçoit, car il dirait : Mon frère est Dévorant, je veux 4tre Dévorant aussi ! Voilà ce qui fait que les Compagnons du Devoir dans chaque état sont
Sus nombreux que les Compagnons du Devoir i Liberté.
Je pourrais parler d'un schisme survenu entre les Compagnons menuisiers du Devoir qui les partage en deux partis, les vieux et les jeunes. Les vieux , connus sous le nom de Damas et de Renégats, sont peu nombreux; les jeunes ont toute la force de leur Société.
Je pourrais donner aussi quelques détails sur les Drogains chapeliers, sur les Gamins maréchaux, sur les Margajas tanneurs et cordonniers, ennemis des Compagnons de ces deux métiers; des Rendurcis boulangers, etc.; je me rappelle qu'à Lyon, en 1828, les Rendurcis et Compagnons du même état, se livrèrent dans une rue étroite, une bataille à coups de cannes; la garde vint nombreuse, en arrêta plusieurs, les combattants se rapprochèrent alors, tombèrent vigoureusement sur la garde, reprirent leurs prisonniers et se sauvèrent tous. A Paris, en décembre 1839, dans la rue du faubourg
Saînt-Martln, est arrivé un fait à peu près semblable.
Société de l'UAÏon on de» Inflépenààtàtn, tftts ïè« Révoltés»
En 1823 et non en 1830, comme je l'avais dît par erreur, des Aspirants Menuisiers et des Aspirants Serruriers se révoltèrent à Bordeaux contre leurs Compagnons, et formèrent eatre eux le noyau d'une Société nouvelle. Depuis, à Lyon, à Marseille, à Nantes, d'autres Aspirants se sont encore révoltés et formés en société r à l'exemple de ceux de Bordeaux. Ces diverses Sociétés ont correspondu entre elles, et la Société de l'Union ou des Indépendants s'est trouvée constituée. Que lies Compagnons dii Devoir disent tant qu'ils le voudront (jue cet effet a eu lieu sans cause, je ne le crois pas ,, car les membres de la nouvelle Société sont très-nombreux, et tant d'individus ne se révoltent jamais pour rien. Ils font la guerre aux Compagnons' du Devoir comme Spartacus (la faisait à la vieille et injuste Rome; les Compagnons les appellent les Révoltés; eux se nomment les Indépendants. Il n'y a chez eux aucun mystère, aucune initiation, aucune distinction. Leur chef ou président est nommé par élection; sa présidence dure plus ou moins, c'est-à-dire autant que cçla convient soit à lui, soit à la Société. Tous lés membres de la Société sont égaux; malgré cette égalité, l'ordre et la paix sont loin de régner chez eux , ce qui prouverait peut-être qu'une hiérarchie bien enten-
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due ne nuit pas dans une association déjeunes gens ayant à peu près même fortune, même instruction, et pouvant par conséquent arriver également à tous les ordres et à toutes les places, pour se retirer ensuite de cette société d'ouvriers voyageurs, se fixer quelque part, et devenir membre d'une plus grande société , la société française.
J'ai dit que les Sociétaires (c'est ainsi qu'ils se nomment, pour abréger), n'avaient point d'initiation; cependant la Société des Cordonniers indépendants, après s'être formée sous l'invocation de Guillaume Tell, a fini par adopter des cannes et des couleurs et par se rapprocher des formes du Compagnonage; d'autres sociétés suivent encore son exemple.
Je retourne à la masse du Compagnonage {K>ur en faire connaître les généralités et les particularités par articles détachés.
Je me répéterai quelquefois; mais ces répétitions prendront très-peu d'espace dans ce livre et auront quelque utilité. C'est pour cela que je me les permettrai.