‹ Le Livre du CompagnonageChapitre 2 sur 79 · TAV · texte numérisé non relu

TAV

^iVYO^

IIVRE DU C0MPA6N0MGE.

XNTKOJHUOTSam.

A Papparition de la première partie du Livre *iu Compagnonage, je fus assailli de toutes parts: les obset~vations, les questions, les objections> les accusations les plus contradictoires tombèrent sur moi en même temps; Afin que l'on puisse d<M*énaTant juger mon oeuvre et le sentiment qui me l'a inspirée avec plus d'équité, je vais dire d'abord à quelle occasion je conçus 6t comment je commençai ma mission réformatrice dans le Compagnonage. Ces détails seront oiseux pour quelques-uns; mais d'autres, je le croîs, me sauront gré de les aroir donnés.

Etant parti d'Avignon en 1824^ ayant passé par Marseille^ Montpellier, Bordeaux^ Nantes, etc«, je résidais à Chartres en 1826, j'avais alors Tingt ans, et, quoique jeune, les animosités, les guerres du Compagnonage, ne souriaient pcÂni à ma faible raison. Un dimanche, nous étions quelques camarades réunis, nous nous dédommagions à table de la monotonie de la semaine ; nous avions chanté bon nombre de chansons, et l'on venait d'en terminer une par le couplet suivant :

a Qui a composé la chanson^ « C'est la Sincérité de Mâcon.

c llfangfeapi le foie de quatre Ckieos fiévèrtaCs^ c Tranchant la tète d'un Aspirant, ]

« Et sur la t^e de ce capon ',

« Grava son nom d'honnête Compagncff.»-

Ce couplet siDgulier^ le ton rigoureux avee^ lequel il fut chanté, produisirent sur moi une impression péttil^ que je ne pris aucun soift de cacher. Quoi! me dit l'un des camarades,, TOUS ne trouvez pas notre chanson jolie? — Je la trouve détestanle. — Étes-vous bien capable d'en faire una pareille.'^ Je ne m'en vante jpfas^

Ce petit incident n'eut pas d'autre suite;; mais le couplets qui l'avait provoqué me fit! penser sérieusement : je fis unexs^aen de toutes^^ j nos chansons^ des anciennes comme de» pQu* i Telles, et je vis qu'elles poussaient paiement ' 1 la haine, et causaient la plupart des batailles* \ Si je pouvais^ me disais-je en moi-même^, pro- [ duire quelques chafits d'un caractère oppofé Jk ceux dont on a fait jusqu'à ce tour un tr^ commun usage; si je pouvais substituer à ua genre brutal quelque ehose de tout au moin^ ; pacifique, cela ne mai^querait pas d'àvioir i|ne certaine portée: voyons^esiSayons;. et je doutai | par rhymnçà Saiomon, dont v^id Les gremiee»^ | Ters : ' [

« Dignes enfants du roi dont I» sagesse Créa jadis nos équitables lois , I.

£a ce beau' four:, le cœur plein d^afiégresse; Avec ardeur accompagnez ma voix.

De S0loman,iel0«»

On trouvera que je fais, dans c^te ichansûirç de Salomon une espèce de dieu, et cependant st on la compare au^; chansons à la mode que je

voulais délr^œr, on Terra qaVfie était u& f^ogrès.

Gii sera peut-être testé de me demander si riastmction soutenait mon audace, si je connaissais les principes de la langue française et les règles de la Tersîâcation. Non. J'ignorais toutes ces ehoses que j'ignore encore en partie; mon instruction élait celle de tous les enfants de mon village, Morrères, lieu dépendant d'A- TÎgnon^ et sis au pied d'une colHne chargée de vignes et d'oliviers. Mes Tvrs étaient donc ou trop longs ou trop courts, mes rimes mal en-* trelacéeset mal accolées; je ne savais ce que c'était que césure, bémisti<âie, liiatus, etc. Tout allait au hasard, et vraiment je n'étais pas contait de ma bes^gne^ je sentais qu'il y man-* quait quelque cho^, mais je ne savais quoi; je ne pouvais le définii*.

Je quitte enfin la ville de Chartres, je passe à Paris, à Chàloos, et j'arrive à Lyon où mes confrères me portent à la tête de ma Société; de là je para pour. mon pays d'où je m'éloigne une seconde rois avee tristesse^ et je retourne à Paris. Malgré mes déplacements^ malgré mes agitations et mes chagrins (]ue je* passe sous silence, je n'avais point oublié mon projet de réforme, j'avais composé cinq ou six chansons et refais mes deiKX premières, car j'étais parvenu, en lisant, des tragédies, à comprendre le mécanisme des vers.

Après un séjour assez long dans la capitale, je crus qu'il était temps de f^ire imprimer mes chansons de Compagnons; je communiquai mon dessein à mes confrères, les uns me riaient au nez^ les autres disaient qu'une telle chose*

n'avait jamais été faite et ne devait jamais se faire : chacun me faisait une réponse plus ou moins singulière; il fallait de la patience et de la persévérance^et j'en avais. Aussi, sur le nombre des Compagnons de Paris, trente-trois m'appuyèrent, et un petit cahier fut imprimé. J'avais eu le soin d'intercaler des notes entre les chansons afin de faire lire au moins ce qui n'était pas encore possible de faire chanter; le plaçai également en tête du recueil les noms ae tous les souscripteurs ; je savais la puissance que cela devait avoir. Ce cahier fut répandu par toute la France, et grâce à l'imprimerie^ un commencement de publicité fut heureusement introduit dans le Compagnonage ^ .

Deux ans plus tard je fis imprimer un second cahier, et cette fois le nombre des souscripteurs avait doublé.

On ne voyait plus rien d'étrange dans l'im-

Sression de telles chansons ; ce dernier recueil evait renfermer quelques idées plus progressives; je sentais qu'il ne fallait rien brusquer et pourtant marcher en avant; quelques. Compagnons comprirent alors le but que je voulais atteindre.

De l'année 1833 à l'année 1836, j'éprouvai malheur sur malheur; mais à partir de cette dernière époque surtout^ je fus si gravement malade que je craignis ne pas pouvoir prolonger ma vie et rendre mon œuvre suffisamment utile; je ne me laissai cependant pas abattre; et à travers des misères et des souffrances horribles, j'écrivais de temps en temps quelques

1 (Tétait en 1834.

pages. Après avoir gardé trois ans le silence, je fis passer aux Compagnons du tour de France, mes confrères, une lettre ' dont voici quelques lignes :

a Mes chers pays, mon premier et mon se- « cond cahier de chansons sont épuisés, et ce- « pendant tous les jours des Compagnons m^ea <( demandent et je ne puis leur en donner et les a satisfaire; je pense à les réunir tous deux^ et « à former, en ajoutant plusieurs choses, un « volume de cent cinquante pages: pour mettre a ce projet à exécution, je vous propose de sous- « crire pour chacun deux francs, et chaque « souscriptçur recevra, en échange de son dé- « bourse, deux exemplaires de ce nouvel ou~

ct vrage Que dans la France entière la

« Société se remue ; que la souscription se « fasse largement et prompteraent, et vous « saurez plus tard, au résultat de l'entreprise, « combien sa portée était grande, etc., etc. i» Les Compagnons des villes d'Auxerre, de Châ- Ions, de Lyon, d'Avignon, de Marseille, de Nîmes, de Montpellier, de Béziers, de Toulouse, de Bordeaux, de La Rochelle, de Nantes, de Tours, de Chartres et de Paris répondirent à mon appel : le temps avait marche, je pouvais donc exprimer de plus en plus ma pensée. Ce livre, me disais-je, renfermera d'abord une adresse aux Compagnons de ma Société ; je ne

fmïs encore m'âdresser directement qu'à ceuxà. Mes deux cahiers de chansons, auxquels j'ajouterai Quelques nouveaux morceaux, suivront immédiatement; après le chant viendro'

^ Elle élait datée da21 mai 1839.

des chose» d^une iKtilité rédle^ tels que pro^ bRmes ^éoBtétrîqii»s, dialogpoe sur Parchitec^^^ ture^ raiso&nemeBts suf le trait, tout cela pour donner de la çravité à la pensée, et la diriger du côté de Tetude et du travail; je parlerai aussi de Saloflion et de . ce temple d'où tous les Con^gsoas veulent être sortis. La notice sur le CompagiM>Qage fera suite; je serai peut-être forcé de blesser en cet endroit quelques susceptibilités, aussi je ne place là cette notice qu'en tremblant, nmis mon esprit et ma conscience me disent impérieusement qu'il i^aut oser, et j'obéis: après avoir agité par cette notice, je tâcherai de calmer par la rencontre de deux* frères, scène oiî mes principes seront exposés avec le plus de clarté possible. Quelques notes termineront ce volume, qui, s'adressant d'abord

, à une seule Société, étendra toujours plus ses limites et sa portée, et parlera enfin à 'tout le-

' monde.

Tel était mon projet^ et tel, dans le courant de l'année 1839, je rai exécuté ; j'ai, par exen^ pie, dépassé ma promesse, en donnant au vo»lume plus d'étendue que j'étais convenu d'en donner, et mes souscripteurs, désappointés d'à-

; bord ^, sont de jour en jour plus satisfaits de

i mon œuvre.

J'ai eu pourtant à soutenir une lutte difficile: j'étais le premier, le seul qui eût osé attaquer des choses barbares, absurdes, et presque ^ane^^ tiâées-^ar la tradition; je devais naturellement

1 Ils pensaient que ce livre deraitélre an chainoiinten on . dn moins ne irai 1er qne de choses relatives à ma Société, et rester presque secret; de ce côté là je les ai trompés, je Tavonev mais avec la meilleure intention du monde.

remtléï* les passions €t les préjugés, et provcH quer une agitation immense. Cela devait être, cela a été; on verra dans la seconde partie de ce livre dés lettres qui feront comprendre corn- Lien ma position était mauvaise, eUe s'est, je 'dois le dire, beaucoup améliorée. Bon nombre 4es Compagnons qui m'avaient combattus me donnent la main en ce moment, et nous ferons tant et tant, que le Compagnonage rentrera dans une voie nouvelle et il devra son progrès «aux compagnons eux-ménies.

£h ! qui sont ceux qui auraient daigné s'oc-^ cuper duCompagnonage; n'était-il pas méprisé, bàrx)ué de tout le monde? et s'il s'est écarté de «on principe; s'il a fait ensuite une trop grande balte dans la boue et dans le sang, à qui la faute? Doit-on gronder l'aveugle de ce qu'il ne voit pas clair! Ne vaut-il pas mieux lui rendre, si cela est possible, par une opératioa délicate et des soins continus, la faculté dont il est privé et dont il souffre plus que personne? La plupart de ceux qui se donnent comme moralistes ou éducateurs des peuples, il faut le

nous

Jue.

d amour-propre et de vanité que de véritable dévouement.

Je reproduirai ici la lettre que j^adressai à M. Rîvière-Cadet, qui dans la Démocratie Lyonnaise^ journal dont il était rédacteur ea chef, m'avait prêté un loyaljappui :

« Le Çompagnonage, di$ais-ie, a des mœurs», des habitudes toutes particalieres, il forme un contraste frappant avec tout ce qui l'entoure, et

pourtant on a semblé ne point le yoir^ oa n'ea a point parlé.

« Les voyageurs les plus minutieux dans leur» relations de voyages, ceux qui parcourent le& pays sauvages comme les pays civilisés, et consacrent parfois de si nombreuses pages à la des^ cription d'une toute petite peuplade reléguée sur un point obscur du globe, n'ont point tu le €ompagnonage; ils n'en ont point parlé. Si cependant il avait existé tel qu'on le voit chez: nous, en Laponie, en Malaisie, en Chine, en.

Tartarie, oh,! alors on en aurait certainement parlé, et au lieu de donner de l'histoire on eut donné du roman, qu'importe cela; quand il s'agit d'un pays peu fréquenté, il n'est pas besoin de tant d'exactitude ! On supplée à l'observation par l'imagination.

« Les savants qui fouillent dans l'antiquité et font revivre dans leurs écrits de vieilles, de nombreuses sectes qui parurent un moment sur la scène du monde, n'ont point vu le Compagnonage, ils n'en ont pomt parlé. Comment

S eut-on être si instruit de ce qui a vécu dans 'autres âges et sous d'autres climats, et l'être si peu de ce qui vit de nos jours et sous nos yeux ? Pourquoi consacrer tant de veilles à Vétude des choses mortes et dédaigner les chose» vivantes, lesquelles devraient avoir une importance plus l'éelle? Pourquoi toujours compulser des livres immobiles et poudreux, et ne point interroger la nature toujours variable, toujours nouvelle?

« Les écrivains qui déroulent aux yeux des hommes le pauprama historique de notre patrie ont grand soin de nous montrer dans l'un des

coins de leurs tableaux les diverses confréries de pénitents, blancs, bleus, gris, etc.; mais du Gompagnonage il n'en est point question : pour-^ quoi cela ?

«Les académiciens, exécuteurs testamentaires de riches philanthropes,ont souvent mis au concours des questions plus ou moins graves; ils se sont àppitoyés jusqu'aux larmes, sur les- Négres de r Amérique et de l'Afrique, qu'il faut plaindre sans doute, et n'ont point pensé aux Compagnons, leurs compatriotes, qui se battent sous leurs yeux, et font rejaillir îusque sur leurs habits, le sang le plus chaud et le plus précieux. Pourauoi cette sollicitude pour les uns et cette inaifférence pour les autres, ils sont pourtant également esclaves, qui des hommes, qui des préjugés ?

« Les Journaux, tout préoccupés de la politique et des raits du jour, ont laisse là aussi le Gompagnonage, cependant on parle îe réfermes; mais peut-on en introduire d'utiles et de durables dans les états si l'on n'a pas auparavant éclairé l'esprit, adouci les mœurs de toutes les classes qui les composent. Je reconnais néanmoins que quelques-uns d'entre eux ont donné des conseils aux Compagnons, mais un peu secs ; d'autres leur- ont prodigué des insultes grossières, ou se sont adressés aux députés pour ^ provoquer des lois de proscription! Quoi! oa ose invocjuer la rigueur et La violence contre des associations d'ouvriers que les siècles nous ont transmises ? Croit-on qu'un article de loi puisse improviser d'autres mœurs, et guérir le mal profond que je déplore autant que qui que ce soit? Désabusez-vous, vous qui voulez sin-

— le ~

eèi^emeùt le bien et prétendef, non sans raison, à l'estime des ouvriers. Craigae2, en les dénonçant, de les aigrir, et, à part cela, d'aggrayer leur condition et leur misère, « Les çouvemements auraient sans doute dû % intervenir; ils pouvaient opérer de grandes * modifications, et cela sans violence; il ne fallait que jeter un boil livre dans toutes les écoles primaires et laisser au temps le soin d*achever ► la besogne. Mais les gouvernements ont-ils bien eu la pensée de rétablir la paix entre tous les travailleurs ? N*ont-ils pas trop souvent , comme on les en accuse , vus dans ces querelles quelque chose de bon , et ne se sont-ils pas dit tout bas : « Si tous ces {eunes homte mes si laborieux, si ardents^ si belliqueux, « n'étaient plus préoccupés de rivalités mes* « auines, incessantes, leur activité aurait besoin « a'un autre aliment; ils étudieraient !davan- « tage les hommes et les choses: ils pénétre- «raient en esprit dans les combinaisons les « plus hautes et les plus profondes; ils verraient «comment les affaires des états sont conduites, « les intérêts généraux et particuliers défendus « et protégés; et tout cela ne nous serait peut- «ètre pas avantageux, on pourrait nous de- « mander des comptes difficiles à rendre, et à « cause de toutes ces considérations puissantes, « les Compagnons font bien dé se battre; lais* « sons faire S » et ils ont laissé faire. Gepen-*

1 ravaU rinlention de «ipprlmer de ma lettre à M. RWière- Câflet tout «e qui se rappofrte aux soùvetnemenU!; mats j'ai lu; peu de jours avant ae mettre sow presse, dans un jourffal miulstériei , le Mtêsagêr, mi arttele qui m'a fait tonner "^46 à cet éyard ; de cet article je ae doooe Ici que cet

daai lis ont mine fois, par rintermédiaire ti^ geiid^riiiea et des magistrats, empoigné, jugé, vm en prison et même anx galères de tons I ieuii€S CompagnoBSé Mais qu'a-t-on fait pour ► les éckirer et les rendi^e plus sages? Rien, on l69 a punis pour s'être battus, cela est yrai;' ittais a-t-on fait quelque chose de sérieux, de réel pour les empêcher de se battre? Non.

« Afant examiné attentfvement, et n'ayant TU'partout qu'indifférence profbnde sur un sujet si important , j'ai cru qu^une mission à remplir était là, et quoique pauvre et peu instruit , j'ai osé me l'attribuer; je ne m'en [repents pas. Après un travail long et pénible je vois mes efforts couronnés de quelques succès, des yeux fermés à la lumière s'ouvrent insensiblement, des relations d'estime et d'amitié s'établissent entre les membres éclairés de Sociétés trop longtemps^ ennemies, et je m'en réjouis, etc., etc. » Voilà pr^que toute la lettre que j'adressai à M. Rivière Cadet, et qui fut insérée dans le n» du 5 avril 1840 du journal La Démocratie Lyonnaise, qu'il dirigeait alors; il y avait pen^-étre un peu d'humeur dans mes paroles,

qneltpetUsDO : « Mail là oh leTral daoser commeDce, c*eit « cmand au Uea de s'adresser aax intérêts de Touvrier, on € s^adresse à son amour-propre, qaand on essaie de lui per-

< snader qu^il est aussi intelii^ent que ceux à qui il obéit, et « quMl pourrait aussi bien que les plus habiles accomplir la

< lâche de conduire et de diriger. À ce moment^, en effet, on

< fait disparaître la seule cause réelle et léoitihb de sa « soumission et de son obéissance, qui, emcore uhe fois, c KST L*iRF£RiOBiTB INTELLECTUELLE. » D'après cc ralsonncment absurde, il les ouvriers n^av aient ^vài l'infériorué intellectuelle. Ils devraient légUtmement ne plus obéir; comment veut-on que ceui qui osent émettre de tels principes ne

soient pas les emiemU des liunlères et du progrès. Taveulr

lie épouvante.

mais tout homme ami des hommes et qui comprend ce que c'est que s'imposer une grande tâche et Youloir, à travers mille périls , la conduire à son terme, m'en excusera sans peine.

J'ai dit que des rapprochements avaient lieu entre des membres aes Sociétés opposées, et cela pour prouver que le progrès marche : il marche en efiPet.

Bourguignon La Fidélité ^ et Nantais Prêt à Bien Faire, Compagnons menuisiers, m'ont adressé, à propos de mon livre, des lettres où. je vois mes doctrines fortement appuyées, Vendôme La Clef des Coeurs , Compagnon blanchechamoiseur, La Vertu de Bordeaux, Compagnon tailleur de pierre, et des membres de plusieurs autres Sociétés de Devoirs divers m'ont écrit aussi , et quoique leurs opinions diffèrent quelques fois des miennes, je vois avec plaisir que la raison est en eux , et qu'ils désirent des réformes et des améliorations dans le Compagnonage.

Des hommes moins réfléchis m'ont adressé des lettres où la passion perce dans plusieurs de leurs lignes, n'importe : elle seront mises

^ Dans an çrand nombre de Sociétés les Compagnons portent des surnoms. Ainsi, par exempie, La Flenr, Le Soirde, La Sagesse, La Rose, Le Décidé, Le Bien-Aimé, La Violette,

gnons portent nn troisième nom q mêmes.» J^ consens; mais nos rois de France ne sont-ils pas, eux, des Hardi, des Bien-Aimé, des Gros, des Grand, des Désiré, des Clément, etc.? Ainsi, s'il y a ridicule chez les uns, il y a évidemment ridicule chez les antres; car les surnoms qu'ils portent sont équivalents quand ils ne sont pas les mêmes : la seule différence est en ce que les nus les reçoivent de leurs égaux ; les antres de leors esclaves le plus souvent.

Slement sons les yeux du lecteur, avec les ^ onses que je leur fis : on verra jaillir la lumière du choc de la discussion.

l'accueillerai toujours avec reconnaissance ies observations que Ton pourra m'adresser; j'invite seulement les Compagnons à lire mes ^ écrits sans préventions, à considérer combien il était difficile de venir le premier, au milieu de tant de prétentions diverses, porter la parole de paix et de régénération.

La première édition de ce livre a été adressée à ma Société seulement, et il était impossible d'obtenir quelque résultat en s'y prenant d'une autre sorte.

ce

qui

tactique, delà marche progressive, qu'après avoir beaucoup réfléchi j^avais dû adopter et suivre ; mais le premier effet, l'effet le plus délicat étant produit, je crois pouvoir classer, dans cette nouvelle édition, les matières dans un ordre qui paraîtra plus méthodique à la majorité de mes lecteurs. Ainsi, après cette introduction, viendra la notice sur le Compagnonage, que j'augmente passablement, — puis, la rencontre de deux frères^ *-^ les chansons ^ de Compagnons feront suite, et les choses relatives au dessin termineront ce premier volume, qui sera suivi d'un second, dans lequel on trouvera : la correspondance des Compagnons, — des chansons progressives, ^^ un

1 Piittieiirs des notes ani sMnterealalent m% dmisoiis seniDt sapprimées, la reDConfre de deax frères et la noUce wr le GMnpasnonase les ayant rendues inutiles.

dlalo^e sur la yersific^lîaoy -^ un djâtome sur le système métrique, et un article iattiuié i Ce que le Compagoonage a ^é et ce ^u*il doit être. J'espère que ceux pour gui je iiais cet ouvrage compreodroat que j'agis dans leurs Téri*tables intérêts.

Mon 9 je ne crains plus^ Compagnons me»

frères, quel que soit ¥Otre état et votre Devoir^ de m^adresser à vous tous. Comprenez qu'il est de notre intérêt de ne plus nous battre, et d'é-^ tablir («tre nous des rapports larges et fraternels; pensez qu'on nous accuse d'être des bar-» bares, des brigands, des assassins, et d'entraver la civilisation dans sa marche et dans ses pro--

très. Les riches et les puissants augurât mal e notre discernement > de notre capacité, et nous contestent, non sans quelque raison peut-» être, l'exercice des droits civils et politiques» La masse du peuple, ello-même, se ressent du jugement rigoureux que l'on porte sur bous*.

Si nous voulons calmer le juste méoont^ftte* ment de nos fr^es en travail , si nous voulons mériter le respect et l'estime de ceux qui pos-^ sèdeht la fortune publique et tous les droits le$ plus puissants, si nous voulons approcher d'eux et être vraiment considérés comme leurs égaux^ ne nous repoussons plus les uns les autres.;, car si nous nous repoussons, on est en droit de umàs repousser de même.

Croyons à la raison, soumettons-nous à sa puissance, et n'aUons plus, Don Quichottes nouveaux, chercher des aventures et frapper les Ï)assantssur la route; ne nous faisons plus peur es uns les autres ; que tous lès Compagnons^ puissent voyager avec sécurité, assures ae ne

rencontrer partout que des 9mis ayec Id^quél» on sympathise, avec lesquels on échange de»

mots d^amitié et de mutuels secours.

Je TOUS recommande aussi de ne pas être trop yains de notre titre de Compagnon ; celui qui Tient de recevoir les galons de laine du ca*

L poral ne regarde quelquefois plus le simple soldat, son camarade, et alors nous trouvons le nouveau caporal sot et ridicule; j'ai vu de nouveaux Compagnons être très-fiers, très-haut envers les Affiliés et les Aspirants; ils sont, ea ce cas, sots et ridicules au même degré que le caporal dont je vous ai parlé.

I A quelque ordre que nous appartenions, point de vanité fade, point d'orgueil aristocratmue ^ quelle que soit la place que nous occupons dans

I la Société, remplis3ons-la avec exactitude et

, sans ostentation. Soyons justes, et traitons nos^ subordonnés en amis et en frères; que les exemples que nous donnons puissent être suivis dans tous les temps et dans tous les lieux.

Je ne terminerai pas cette introduction sans remercier la Z?efi/e du progrès, le Corsaire, le Capiiole, le National, isl Quotidienne, le Censeur de Lyon, le National de V Ouest, VEre Nouvelle dtAix, la Démocratie Lyon'* noise, V Atelier, la Ruche Populaire, le Journal des Débats , de Tappui tout fraternel qu'ils m'ont prêté ; je compte encore sur eux et sur d'autres journaux , qui , je l'espère, finiront par comprendre l'importance de ma mission, et voudront bien donner un peu la main pour Faccélérer vers son terme et ses résultats. Je remercie aussi George Sand de m'avoir appelé auprès d'elle, et de m'avoir fourni, avec le

cooeours de deux personnes généreuses , les nof ens de ^ire, selon mon désir, un second et rapide tour de France.

Je remercie également MM. Chateaubriand, Lamennais, Béranger, Lamartine, des lettres. ^j obligeantes qu'ils ont eu la bonté de m'adresser. \u 11 ne s'agit pas ici d'une œuTre littéraire, mais \\\ d'une action toute sociale; les lettres de ces'^ bommes , quelquefois opposés de doctrines, mais toujours nobles et grands par le cœur, par l'âme et le sentiment , ne sont point des banalités destinées à flatter un amour-propre sans but; elles sont un encouragement raisonné, une > . adhésion, un appui réel à ma tentative de rap- !; prochement et de paix. Je sens que les Compa- i-ii gnons liront avec plaisir des lettres émanées ' ; des sommités de la société française, sommités \ i qui ne croient pas se déshonorer en abaissant i leurs regards sur nous pauvres travailleurs. C'est .• avec cette certitude que je les place à la suite t ^de cette introduction, qu'elles semblent com- ; pléter. I

Puisse cette édition revue avec soin et con^ sidérablement augmentée , être accueillie avec sympathie, et produire une partie du bien que Je souhaite.

AGRIGOL PERDIGUIEA.

Paru, 25 juin 1841,

G/Vo i cADuti

DU

Je ne puis gue vons féliciter, Monsieur, des bons sentiments qui- vous animent et du courage que vous mettez à remplir une tâche pénible. Ramener les «ouvriers au devoir de la religion et de la paix , sans rien prendre sur leur liberté et leur indépendance ^ ■serait certainement l'œuvre d*un bon citoyen. Votre petit livre est utile- et bon j; les chansons sont à la l>ortée du'petbleV.il mé sepotble pourtant que, dans ^lueiqùes couplets, on pourrait retraucber ^u^qiie «hose.i

Kéèevti' Monsieur, îe tous prie , mes remet-cî- «nents sUcetes et rassuràtfoé de. ma considératioA*

HoDM«nr/é'è^4rfen loin de Tours que votre lettre. iD'est envoyée, sans le petit vohimeqiie vous ave^' biea voulu y joindre. Pour vous remercier de cet envoi , je n'ai pas, au rester JieMlia 46 votre ouvrage; car, dès qu'il a paru , je me le suis procuré et l'ai lu avec beaûcpup de.plaifiir, J%j^oj?t« un>,tr<>p yI^ jj^rî térei aux classes I^t\ëi^é^. pou^, ne.pf^s suivre leurs' profiles ' avec attei^Uon v> yotfe liy;re ,' par ce^ qu'il reniera^. de. prose et, .de tô^ju ,esti.ii4 t^mo\ri. ^oa^^e de ces progrès , qui , j*espè're; iront toujourc

croissants. Je oe vous dissimule pas que , dans fe compagnonage , je vois encore mea des lacune» et bien des inconvénients ; mais il ofiFre la garantie d*associations plus régulières , plus morales > et d*où pourront disparaître un jour les germes de discorde qui fomentent encore trop souvent les associations actuelles. Que les cœurs généreux , que les hommes éclairés et de bon éens, comme vous, Mo«sie«r^se chargent d'instruire comme vous le faites les compagnons des différents ordres, et le mieux naîtra bien vite de tout le bien que vous aurez fait.

Recevez mes remerciments , Monsieur, et Fassu— raoce de ma considération distinguée.

BÉRAIffiES.

5 août 1840.

Au Même.

3e viens de lire , Monsieur, le ,Lwre du Compa-^ gnonage que vous avez bien voulu m'envoyer,.et je m*empresse de vous en adresser mes sincères félicitations. .Cet ouvrage, plein d'intérêt et d'une utilité réelle , ne peut manquer d'atteindre le but vers le* quel vous marchez : l'extinction des haines quf df^ visent les différents corps d'états. C'est là une noble tâche! Honneur à celui qui emploie aîHSi ses heures de repos et son intelligence 1

Veuillez agréer, Monsieur, avec mes remerciments, l'assurance de ma considération distinguée»

Laxartiab»

Taris, 28 novembre 1810.

AU Même*

En travaillant , Monsieur, avec une persévérance si louable, à réformer les abus du compagnonage, vous accomplissez certainement une des œwvres les; plus utiles qu'on p^t aujourd'hui w proposer, te»

animosités aveugles , les sauvages babitudes coDservëeâ jusqu'ici parmi les compagnons, comme un reste d'ancienne barbarie , sont trop ( pposées à la raison , aux idées et aux mœurs de la société présente , pour que votre zèle n'ait pas plus ou moins prochainement le succès souhaite de tous les gens de bien. 11 s'agit en ceci, pour les ouvriers , de leur avenir. Le :>cntiment de leurs devoirs, comme hom* mes et comme citoyens^ les portera d'eux-mêmes à se rendre dignes de la place qui leur est due dans la grande famille, en substituant à l'antagonisme brutal qui les a divisés trop long-temps un véritable lien fraternel. L'union , qui fait la force , est fille de l'amour^ de la douce charité d'où émanent tous les biens. Lorsqu'on mai che en un chemin difficile et rude f si l'on veut arriver au gite, il ne faut pas se heurter, mais se donner la main.

Recevez, Monsieur, l'assurance de ma parfaite estime et de mon affectueux dévoûment.

F. Lamsnkais.

Paris, 22 décembre 1810.

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