SUR
LE COMPAGNONAGE
ORieiNB ' DES P&EMISaBS SOClÉtiS.
LeCompaçaoBagereeoiiiiaU trois IBofidatenr»
prificlpaii:!^; il forme plusieurs Désirs et se di-» Tise en un grand nombre de Sociétés.
Les tailleurs de pierre, Compagnons étrangers , dits les Loups y les menuisiers et les serruriers du Devoirs de Liberté^ dits les Gavots, reconnaissent Salomon : ils disent que ce roi,
Sour les récompenser de leurs travaux, leur onna un Devoir, et les unit fraternellement dans l'enceinte du Temple, œuvre de leurs mains.
Les tailleurs de pierre. Compagnons pas-" sants, dits les Loups-Garoux, les menuisiers et serruriers du Devoir, dits les Dévorants, prétendent aussi être sortis du Temple : maître Jacques, fameux conducteur de travaux dans cet édifice , les aurait fondés.
Les charpentiers, Compagnons passants ou Drilles, se donnent la même origine que les précédents; lisseraient donc sortis du Temple,
et le Père Soubise^ savant dans la charpenterie, ^\ serait leur fondateur.
Les Sociétés que je viens de nomm^ont fait naître ou ont servi de prétexte à la naissance d'une infinité d'autres sociétés. Le Compagaonage s'est accru.
les enfants de Salomony divisés d'abord en trois corps, en forment quatre aujourd'hui. Des charpentiers, s'étant dits dans le principe Renards de Liberté, puis Compagnons de Mbertéy ont voulu se mettre à c6te d'eux.
Les Enfants de maître Jacques, oui ne formaient aussi aue trois corps , se sont donnés volontairement acs auxiliaires. Les- menuisiers ont reçu les tourneurs, et les serruriers ont reçu les vitriers. D'autres adjonctions ont été faites. LestaiUac^iers, les forgerons, les maréchaux , les charrons, les tanneurs, les corroyeurs, les blanchers, les chaudronniers, les teinturiers, ks fondeurs, les ferblantiers, les couteliers, les bourreliers, les selliers, les cloutiers, les tondeurs, ks vanniers, les doleurs, les chapeliers, les sabotiers, les cordiers, les tisserands, les boulang^ers et les cordonniers, les uns loyalement, les autres par fraude, sont tous devenus Enfants de maître Jacques.
Ce serait se tromper etrang;ement que de croire que j'aie voulu faire une satire contre les anciens enfants de ce fondateur, en motionnant tant de corps d'état qui se sont introduits parmi eux.^ J'avoue franchement que i'estime autant un honnête boulanger et un honnête cordonnier qu'un menuisier et qu'un tailleur de pierre, quand ils sont honnêtes aussi.
Les Enfants du Père Soubise se composaier ♦ ^
d'un seul corps d'état ; ils en embrassent trois à présent : l.s charpentiers ont reçu les couvreurs et les plâtriers.
De nos jours donc, comme on peut le voir, le Compaenonage se compose de presque tous les <M)rps d'état. Je ne prétends pas ici tracer son histoire, mais je donnerai <|Melques détails qui le feront suffisamment connaître. Détails qui se-
Î'Ont toutefois précédés de quelques pages sur es trois fondateurs : Salomon, Jacques et Soubise. Qu'on ne perde pas de yue que je parle ici au public et surtout aux Compagnons^ qui, pour la plupart, possèdent peu de livres.
Salomon \
Salomon, troisième roi des Juifs, fils de Darîd et de Bethsabée, naquit l'an 1033 avant Jésus- Christ. Le nom de Salomon ou Pacifique, lui fut donné par son père, et celui de Jédédiah, qui signifie aimable au Seigneur, par le prophète Natham. Il fut sacré du vivant de David; et lorsque la mort de ce prince lui eut laissé le pouvoir souverain, il débuta par se débarrasser d'Adonias, son propre frère, dont un parti nombreux avait soutenu les prétentions au trône; il se débarrassa aussi, et cela d'après les dernières recommandations de son père, de Joab, assassin d'Abner et d'Hamasa. Après ces exécuti^^s, très-ordinaires dans les pays de despotis&Pi^- le règne de ce prince s'affermit; il épousa alors k fille de Vapnrès, roi d'Egypte.
1 J^empninte ce que je dis snr Salomon à la Bible et & la Biographie auiverielle publiée par Fume. ,
Très peu de temps après son mariage, Sa1omoii> qui avait alors vingt ans, alla sacriÀer à Gabaon, et la nuit suivante le Seigneur lui apparut en «onge, et lui promit de lui accorder tout ce qu'il demanderait; il demanda la sagesse, et Dieu , satisfait de tant de modération, voulut lui accorder en outre les richesses, la puissance et la gloire. Le jeune prince ne tarda pas à fournir des preuves d'une sagesse qui parut merveilleuse; on sait avec quelle habileté il parvint à reconnaître la véritable mère d'un enfant que "deux femmes se disputaient , en ordonnant que cet enfant Mt coupe en deux et partaepé entre «lies : l'une exigeait sa part, l'autre l'abandonnait, ce qui la fît reconnaître pour la véritable mère. Au milieu de la paix proronde dont jouisraient ses Etats, il bâtit un temple au Seigneur ■SUT le modèle du tabernacle ou temple portatif de Moïse. 11 consacra à cette construction des ^sommes énormes , qui en firent l'édifice le plus magnifique qu'on eût vu jusqu'alors. Il fallut pour l'achever sept ans et demi , et des ouvriers innombrables.
Sdomon, dit la Bible, envoya vers Hiram, roi -de Tyr, pour lui dire : « Comme tu as fait avec David, mon père, à qui tu as envoyé des cèdres pour lui bâtir une maison, fais de même avec moi. Je m'en vais bâtir une maison au nom de l'Eternel, mon Dieu. Or, la maison que je m^en Tais bâtir sera grande; car notre Dieu est grand au-dessus de tous les dieux. C'est pourquoi en- Toie-moi maintenant quelque homme qui s'entende à travailler en or, en argent^ en airain , en fer, en écarlate, en pourpre^ en cramoisi , et qui sache graver, afin qu'il soit avec les hom-
mes «xperts que i'al arec mol en Judée, e^ à Jérusalem^ lesquels David, mon père, a préparés. £û?oie--inoî aussi . du tihan des h^k ■. de cèdre, dé sapin et d'algiimin; car je sais que tes serviteurs s'entendent bien à. couper les ooi» du Liban ^ et voilà que mes serviteurs seront avec les tiens. £t qu'ion m'apprête des bois ei^ grande quantité, car la maison que je . m'en vais bâtir sera gr^de et merveilleuse. » £t Hiram, roi de Tyr, répondit par écrit et dit r « Béni soit TEternel, le Dieu d'Israël, quia fait les cieux et la terre, de ce qu'il a donné au coi David un fils sage, prudent et intelligent ^q^ul doit bâtir une maison à l'Eternel. Je t'envoie donc maintenant un homme expert et habile. i,. sachant travailler en or, en argent, en airain,, en fer, en pierre, en bois, en écarlate, en pourpre, en fin lin et en cramoisi, et sachant faire toutes sortes de gravures et de dessins, de touteschoses qu'on lui proposera, avec les hommes, experts que tu as. Nous couperons du bois du Liban autant qu'il t'en faudra, et nous les met-» trons par radeaux sur la mer de JaphOj et tu : les feras monter à Jérusalem. » — Le roi Salomon; fît une levée de gens sur tout Israël; elle fut de trente mille hommes; il en envoya dix mille au Liban chaque mois. Tour à tour ils étaient un mois au Liban et deux^ mois en leur maison, et Àdoniram était commis sur cette levée. Salomon fît aussi une levée de cent cin-^
âuante-trois. mîUe ouvriers étrangers, soixante-^ ix mille qui portaient les fûx, quatre-^vÂngt
y Cet homme expert et habile est uw doole cet antn Bimi ^ipie VoQ considère comme Vatx des arcbitec(e& du temple. .
mille qui oQupaient les; bois «nr la monta^, déplus trois millç six cents commis qui ayaimt la charge de l'ouvrage, lesq[uels commandaient aux peuples employés à ce travail* Par le commandement du roi, on amena de ^andes pierres de prix et toutes taillées pour faire les Iondeanents du temple, de sorte que les ouvriers tailleurs -de pierre et autres de Salomon .et d'Hiram taillèrent et |)réparèrent les pierres et les bois; puis ils bâtirent, ils élevèrent et ils décprèrent de toutes manières le temple lepbis grand , le plus riche de Vunivers.
Salomon ayant ainsi prouvé sa reconnaissasiec au Dieu dont il tenait la sagesse, sôoçea à se bâtir plusieurs palais d'^uie étonnante richesae; il fit élever des murailles autour de Jérusalem « fonda, embellit ou fortifia plusieurs villes. Il soumit à un tribut les misérables restes des nations qui avaient jadis possédé la Judée; il étendit les relations commerciales de ses sujets, et rendit son royaume florissant au-dedans et redoutable au-dehors. Parmi les monarques qu'attira auprès de lui sa haute réputation, l'Ëcriture sainte distingue la reine de Saba oudu Midi, qui vint le visiter vraisemblablement à l'époque où le temple fut achevé. Le roi des Juife et la reine de Saba se firent réciproquement des présents très-riches, et cette reine s'en retourna ravie d'admiration et de joie.
Cependant Salomon ne résista pas toujours aux séductions qui l'environnaient de toutes parts, et.il s'égara dans les passions qui ont perdu tant âe rois : il se livra au sensualisme oriental; il , eut jusqu'à sept cents femmes et trois cents concubines prises parmi les nations avec les-
-sexuelles la loi défendait aux Juife de s'allier , et il s^abandonna, pour leur plaire, au culte des idoles. La volupté, en dégradant son cœur, obscurcit sa raison, et son règne ne fut plus qu'une longue suite de turpitudes. 11 put prévoir, dans ses derniers jours, que son royaume après lui serait divisé, et ce fut au milieu de ces craintes qu'il expira, âgé de 58 ans; il en avait régné quarante.
Salomon a composé le Cantique des Canii-^ quesy VEcclésiaste , et d'autres ouvrages trèspoétiques et philosophiques. 11 fut regardé comme le type de la sagesse orientale; u est encore de nos jours vénéré de toute l'Asie, qui ïe nomme le glorieux Soliman. On peut le croire, Salomon eut des vertus et de grandes qualités gui lui appartenaient en propre : c'est ce qui lui valut l'amour des peuples. Ses défauts et ses vices, dans le pays où il régnait, étaient attachés à sa condition de roi. Son royaume a été partagé après lui ; mais c'est le destin des plus puissants monarques de n'avoir point de postérité légitime, et de laisser leurs vastes États morcelés ou asservis : ainsi César, Alexandre, Charlr« XIl et Napoléon.
Haitre ^ac^aues.
Maître Jacques est un personnage peu connu; chaque Société a fait sur son compte une histoire plus ou moins invraisemblable ; il en est une pourtant qui jouit d'un assez grand crédit auprès de beaucoup de Compagnons du Devoir. C'est de celle-là que j'extrais, sans y changer un mot, les détaiîs qu'on va lire :
« Maître Jacques, un des premiers maître de « Salomon et collègue d'Hiram, naquit dans « une petite TÎUe des Gaules nommée Carte, au- « jourd'hui Saint-Romili , située dans le midi ; « (il était fils de Jacquin, célèbre architecte) il \ « se livra à tailler la pierre ; dès l'âge de « quinze ans il quitta sa famille ; il voyagea « dans la Grèce, alors le centre des beaux-arts, « où il se lia étroitement au philosophe.... d'un « génie distingué, lequel lui apprit la sculpture « et l'architecture; il devint bientôt célèbre « dans ces deux parties.
« Ayant appris que Salomon avait fait un « appel à tous les hommes célèbres, il passa en
ayant reçu du premier « deux colonnes, il les sculpta avec tant d'art « et de goût qu'il fût reçu maître, n On place ici une très-lone^ue énumération de tous les travaux qu'il fit dans le temple, puis on ajoute : « Maître Jacques arriva à Jéi*usalem à l'âge « de vingt-six ans; il y demeura très-peu de « temps après la construction du temple ; plu- « sieurs maîtres désirant retourner daî*» leurs « patries, quittèrent Salomon comtés e bien- ^ ^ faits.
«c Maître Jacques et maître Soubise revinrent « dans les Gaules; ils avaient juré de ne jamais « se séparer; mais bientôt, maîtte Soubise, dont « le caractère était violent, devint jaloux de « l'ascendant que maître Jacques avait acquis a sur leurs disciples, et de ramour qu'ils lui « portaient , se sépara de lui et choisit d'autres « disciples. Maître Jacques débarqua à Mar-
« 8eîUe * et -maître Souliîse à Bordeanx. A^ant , « de cooiiiiencer ses voyages, maître Jacques «se choisit treize Compa^ODS-et quarante dis- « ciples; an d'eux le quitta , il en choisit un « autre ; il voyagea pendant trois ans , laissant^j^ « partout le souyeniri de ses talents et d& ses , « vertus. ,
« Un jour s'étant élo^é de ses disciples II ., « fut assailli par dix disciples de mâttre Sou* " « bise, qui voulaient l'assassiner, et, voidant ^ « se sauyer, il tomba dans un marais , dont les « joncs l'ayant soutenu le mirent à l'abri de « leurs coups ; pendant que ces lâches cher- « chaient le moyen de parvenir à lui , ses dis- « ciples arrivèrent et le délivrèrent.
a IL se retira à Sainte -Beaume. Un -denses dis— > . « ciples, nommé par plusieurs Jér^n , par d'au-» n très Jamais, le trahit et le livra aux disciples « de maître Soubise. Un matin , avant le levé « du soleil, maître Jacques était seul, en prière, « dans un endroit accoutumé ; le traître y vint , « avec ses bourreaux, lui donna, comme de , a coutume, le baisé de paix, qui fut le signal ^ - « de la mort, alors cinq scélérats tombèrent sur , « lui et l'assassiiièrent de cinq coups de poi-» « gnards. ^^
« Ses disciples arrivèrent trop tard , mais j
: « assez tôt pour recevoir ses derniers adieux. ,
«Je meurs, dit*il. Dieu l'a voulu ainsi; le 4
'. « pardonne à ihes assassins, je vous défœds de
« les poursuivre : ils sont assez malheureux; i
1 Pliuienrs parties de la légende i|ae je transcris ne pour- "^ raient supporter an examen sérienz; il suffit de rappeler que la ' ville de Marseille u'a été fondée que 600 ai» avant Jèsas-> 'Orist, et telle âefioideaox environ 8OO1
HB jour iU en: aurtni le repenÉnr «^ Je' doàae < iiioii-AiB€ à Dieu ^-111011 eréateup, et toik» iher:> amis, recevez le baisé de paix; tLorscfae j'àu-' I rai Fcgoiiil TËire sufrtee, je t^tterai encore ' [ sur Toua; je revoL que le detnièti b«isé que je [ TOUS donne . tous le donnkz toujours aux :CompagBODa que- vous ferez^ comme Tenant : de leur père; ils le transmettront de mime à i ceu^ qu^Us feront; je Teillerai sur^eul comme : sar tous; ditefr*leur que je les suitrai partout tant qu'ils seront fidèles à Dieu et à leur De^ Toir^ietquUis^'oublieront jamais^... ilpre^ BOBça encore, quelques paroles qu?on ne pût ' coiiiprendfe> et^ creôsant sesrlxraaisur-sajpoltriaey il expira*, dans: sa quaranterseptième = amaée, auaire ^ns et neuf jours' après ètt^ * sorti de Xârus0^m,:989&ns avant lésf£Mlhrist« "(K Leis^Cofflpagnons.lui.ayant Àté «a tobCflui trouvèrent un petit jone qu^l portaiten mé^ tsm^ de ceux. qui ràTaient sauvé iorsqu^il : tomba dans de^marais^ « Depuis lors les Gompagnonsontiadsopté le iQpe; on ne-sait) paa si mj^treSoubise fut l'auteur de^sft:m90t;<les larmes qu'il versa sur son- tOQd»eaui>et. ka pouKuiteSiquHl fit à ses assassins, levèrent une partie des souj^na qui pesaient sur lui. Quant au trattre^ il ne ' 4arda pas à se repentir de son crraie>^ et dans le désespoir ;C[ue lui occastMoièrcait ses- te«^ mords , il se jetaidansmn puits ^[ueles €o&h pagnons rempUjMmtrdfr pierres. • « Maître Jacques ^^ayanlf -fini ^sacamière^ les Compagnons iormèrciit^uB bvancani et te nor*^ tèrent dans le désert de Cabra, aujourd but Sanite4Iagd^laine. » U est Ici question de
*ir
rembaumemeat de maître Jacques et des cérémonies funèbres qui durèrent trois jours; le cort^ éprouva un violent orage, traversa des bois, des nMmtagnes, fit des stations dans un lieu anpelé aujourd'hui Caverne-^aint-Evreux» dans <rautres qu'on appela plus tard Saint-* Maximin, Cabane-Saint-Zozime, etcJ; le cor-tège arriva enfin au lieu du repos.
« Avant de descendre le corps dans le tonl-> « beau, dit la l^ende, le premier lui donna le « baisé de paix, chacun suivit son exemple , « après quoi, lui a^ant ôté son bourdon, le re- « mirent dans la bière et le descendirent dans « la tombe; le premier descendit auprès de lui,
« les C le couvrirent du drap mortuaire;
« puis, ayant fait la guilbrette, il se fit donner « du pain et da vin et de la chair^ les déposa dans^
« la tombe et sortit. Les C couvrirent la"
« tombe de grosses pierres et les scellèrent de «c fortes barres de fer ; puis, ayant fait un grand « feu, ils y jetèrent leurs torches et tout ce qui « avait servi aux funérailles de leur maître.
« Les habillements furent mis dans une « caisse. A la destruction des temples , les enfle fants de maître Jacoues s'étant sépares , ils se «partagèrent ses habillements, et ils furent « ainsi donnés :
« Son chapeau, aux chapeliers; ^
« Sa tunique, aux tailleurs de pierre;
« Ses sandalles , aux serruriers ;
« Son manteau , aux menuisiers ;
« Sa ceinture, aux charpentiers ';
« Et son bourdon, aux charrons. »
1 On ne verra pat sans étoDoement la eeinlare de Jaoqnea échoir au eharpentlert, enfanU de Soobiie.
Après la répartition des objets ayant appar-f tenu à maître Jacques, on trouve Pacte de foi prononcé par maître Jacques, le jour de sa ré^ ception, devant Salomon, Hiram, le grand sacrificateur, et tous les maîtres. Cet acte de foi. ou plutôt cette prière à Dieu, est fort belle. Il me resterait maintenant à consacrer un article au père Soubise; mais n'ayant aucun document curieux sur ce fondateur, on sera forcé de s'en tenir à ce que Ton vient de voir.
Bnfants de ttalomon»
TAILLEURS DE PIERJRE.
Les tailleurs de pierre, Compagnons éiran-^ ^ers. dit les Loups^ passent pour être ce qu'il r a de plus ancien dans le Gompa^^nonage. Ou lit courir suiç eux une vieille fable où il est piestion d'Hiram, selon les uns , d'Adoniram,. elon les autres ; 06 y voit des crimes et des. Iiâtiments : mais je laisse cette fable pour ce [u'elle vaut.
Les tailleurs de pierre se divisent en deux lasses : les Compagnons et les Jeunes-Homn
qui préside
sunes- Hommes; les Compagnons se parent e la canne et de rubans fleuris d'une infinité e couleurs, qu'ils portent passés derrière le m et flottants sur la j^itrme^ Celui qui se résente pour faire partie de la Société fait un »nps de noviciat; û mange^ il couche chez la
Mère, et ne participe pas aux frais du' corps. Quanail est suffisamment connu, on le reçoit Jeune^omme, et il porte, comme tous ceux de saclasse^ des* rubans TCrts et blancs attachés à la bdutonntère de rhabit et flottant au cOté dré&t. Les Compag^nons et les Jeunes-Hommes ont des surnoms tels que ceux-ci *. La Prudefwe de Dragtdgnany La Fleur de Bagm^ ieti La Liberté de Châteauneuf^' etc. Ils
Terse de presque toutes les autres Sociétés. Ce' a'est encore que chez eux que les non-Compagnons portent 'des surnoms et des couleurs. 11$ * remplacent^ le mot Monsieur par le mot Coterie* m ne hurlent pas, ils exercent quelaueibîs le topage. QuoiqiiM y ait dans cette doCiété iin premier Compagnon' et un premier Jeune?* Homme, et par* conséquent dëà assemblées à part, raccord le plus parfait ïi'a jamais cesçé de régner entre eux;
Ainsi se trouTait terminé cet article dans la première édition de ce liyre. J^ajoaterai ^ju'nne rupture ti éclatédepuis peu chez lesnCompâgnôniâ étrangers, que des Jeunes-Hommes s'en Sont retires, et ont fçrmé une association nouVetlè^ dite des Compagnons de V Union. Cette association reste sous la bannière de Salonioû.
Ifens la Société'deô' menuisiers drf Detoir' de " Liberté, dit les GcUfûtSj il y a trois ordres dé Compagnons, savoir : premier ordre ou Côm^
pognons reçus; deuxième ordre ou Compagnons finis; troisième ordre ou Compagnons initiés. Il y a en outre la classe de ceux qui ne sont pas encore reçus et que Ton. nomme Affiliés. Quand un jeune homme se présente et demande à être membre de la Société, on înterr<^e ses sentiments; s^il fait des réponses satisfaisantes, on Pembauçhe* A la première assemblée g^énérale, on le fait monter en chambre, et, en présence de tous les Compagnons et de tous les Affiliés, on lui fait quelques (questions pour savoir s^il ne s'est pas trompe, si c'est bien dans cette Société et non dans une autre qu'il a voulu entrer; car, comme on le lui fait observer, il y en a plusieurs, et chacun est libre dans son cnoix. Enfin, on lui fait lecture du règlement auquel tout Compagnon, tout Affilié doivent se soumettre; on lui demande s'il peut s'y conformer : s'il répondait non, il pourrait se retirer; s'il répond oui, il t^i Affilié et placé à son ranç de salle. S'il est honnête et intelligent, il arrivera successivement à tous les ordres du Compagnonage et à tous les emplois de la Société. Les Compagnons se parent de petites cannes et de rubans bleus et blancs qu'ils attachent à la boutonnière de l'habit, et qu'ils font flotter au côté gauche. Le chef de la Société est nommé premier Compon ^non, s'il est du second ordre, et Dignitaire, s'il est du troisième. Dans le premier cas, ses jrubans, qu'il porte comme les autres Compal^ons. sont embellis de franges en or ; il est paré, les jours de fête et de cérémonie, d'un bouauet a deux épis dorés : dans le second, il est aécoré d^une écnarpe bleue, passant su"
paille droite et pendant au e6té gauehe, ornée sur la poitrine d^une équerre et d'un compas entrelacés, et à ses extrémités inférieures, de franges en or. La Société change de chef deux fois par an; tous les Compagnons, tous les Â^ flliés concourent à l'élection; le vote est par bulletin. Le candidat qui obtient la majorité des suffrages est proclamé Premier Compagnon ou Dignitaire, selon l'ordre auquel il appartient; on le pare des insignes de sa nouTelle dignité,, et il est pendant six mois à la tête de la Société. Il accueille les arrivants, dispose du Eou-leur à son gré; il fait embaucher, lever les acquits; il convoque les assemblées. Mais il a des devoirs à remplir et a besoin de marcher droit pour n'être pas révoqué. Il y a un Secrétaire et des Anciens chargés de surveiller journellement la direction des affaires. A la Société appartient le contrôle de toute chose. On voit qu^une hiérarchie est établie dans cette Société,, ce qui néanmoins n'en exclut pas l'égalité entre tous ses membres. Les Compagnons et les Affiliés sont mêlés dans les ateliers, dans les chambrées et aux mêmes tables; ils se reunissent aux mêmes assemblées. Un Compagnon n^a pas plus de pouvoir sur un Affilié que celui-ci n'en a sur un Compagnon. Le règlement étant positif et les droits étant communs, on peut se prendre réciproquement en défaut. Un chef delà Société pris en défaut subit double peine, et cela pour lui rappeler qu'il doit servir d'exemple à tous. Les lois de la Société défendent le topage. Ces deux mots vous et toi, ont paru se faire la çrimace; il en fallait proscrire un, on a prosent le toL Tous les membres de la Sa-
— Société, jeunes et vieux, doivent se dire réciproquement vous. La propreté et le respect sont de rigueur. Les Compagnons portent aes surnoms tels que ceux-ci : Languedoc La Prudence, Bordelais La RosCy etc.; le mot Pafs est à la place du mot Monsieur; on ne connaît '^as les Hurlements.
On trouve vraiment de très-bonnes choses .dans cette Société ; il y a cependant un point qui excite quelquefois des réclamations. Si des Affiliés venaient s'en plaindre à moi , je leur répondrais: « Cela' vous paraît mauvais et cause votre mécontentement; examinez-le avec attention, penseï-y, méditez-le sans cesse, mais ne soyez point poussés par des sentiments égoïstes; soyez laborieux, soyez sage» et prudents, bientôt vous serez Compagnons; ators^ si ce qui vous parut mauvais vous le parait encore, tentez de le réformer. Pour être justes et généreux^ il faut faire pour les autres ce que vous auriez voulu que Ton fit pour vous.
« Si vous proposez un jour une réforme qu'on ne voudra pas accueillir, gardez-vous bien de vous retirer pour cela de la Société ; vous feriez présumer par là que vos intentions n'étaient pas pures.
« De plus, si ayant tenté plusieurs fois d'introduire une réforme, vous n'avez pu y réussir,n'en sovez point blessés, mais soyez jusqu'au bout les nommes de la St)ciété. Après vous, soyez-en convaincus, d'autres Compagnons s'empareront de vos idées, ils les pousseront plus avant, et finiront enfin par les faire triompher en votre absence même!
« Il faut agir avec sagesse, avec prud''
pour faire le bien. Ceux qui agissent autrement n'engendrent que désorcure et bouleyersement. Les sociétés ont deux genres d'ennemis : ce sont ceux qui, attachés aux yieilles formes, ne tiennent aucun compte de la marche des temps, et ceux qui, avec des idées opposées, les deyancent et yeulent faire impérieusement, brutalement, ce qu'ils appellent la yolonté de tous. Je ne yeux rien dire sur les intentions, mais j'ayouerai que les rétrogrades et les trop yiolents sont également dangereux.
« Voulez-yous seryir une bonne cause, procédez ayec douceur, ayec perséyérance, et que jamais rien ne yous rebute. »