‹ Le Livre du CompagnonageChapitre 21 sur 79 · REMERCIEMENT · texte numérisé non relu

REMERCIEMENT

Dans beaucoup d'états, quand un Compagnon a fini son tour de France et qu'il veut se fixer dans un lieu quelconque, il remercie sa Société, e'est-à-dire qu'il s'en retire muni d'un certificat, à lui délivré dans une grande réunion, par ses confrères, certificat attestant la moralité et la conduite sage de celui qui l'obtient : ce cer-* tificat est une sorte de congé. Celui qui a remercié n'appartient plus à la Société active, il n'f doit plus rien, il est indépendant ; il reste cependant attache de coeur a cette Société et l'amie comme un bon soldat aime son régiment et ses vieux compagnons d'armes, avec lesquels il a souffiBrt et combattu long-temps; il l'aime m^me à un d^^ré supérieur, car son attachement fut toujours linre et ne dura qu'autant qu'il le voulut : aussi cette Société pourrait eneore dans une grande occasion compter sur ses secours pécuniaires et sur sa personne.

Il est des Sociétés où l'on ne remercie jamais; celle des Compagnons étrangers tailleurs de pierre, est de ce nombre.

Dans beaucoup de villes, on voit des Compagnons retirés du Compagnonage actif, former entre eux une sorte de société de secours mutuels qu'ils ne quittent qu'avec la vie^ Cette dernière Société commence à se pratiquer dans

chaque corps d*état, et s'étend insensiblement sur plusieurs points. Les hommes sentent lie jour en jour davantage le besoin de s'unir par des liens doux et durables.

PÉLERI7IAOE.

Il était autrefois peu de Compagnons oui fissent leur tour de France sans faire un péle^ rinage à la grotte de la sainte Beaunie, ea Provence; ils en revenaient munis d'images symboliques et de rubans ou couleurs embellis de dessins mystérieux. Tout ce qui venait de là était réputé, sur le tour de France, comme chose sacrée. Une partie des Compagnons qui

Sassent en Provence visitent encore la sainte «eaume, lieu où la Madeleine, après le supplice de Jésus-Christ, se retira, dit-on. et mourut. Malgré la marche <lu temps, le culte et le pèlerinage ont conservé de leur sainteté et de leur poésie. Cette grotte humide et sombre, ces montagnes imposantes chargées d^un bois que les Compagnons appellent sans pareil, produisent toujours sur Tàme des pèlerins qui les visitent une impression profonde : on n'a jamais yu, dit-on, clans le bois sans pareil, le moindre vestige d'animal.

Les Compagnons partent de ce lieu avec des rameaux de ce bois, passés tout autour de leurs chapeaux^ et une branche à la main ; ils por* tent aussi sur eux le carquois ou rouleau de ferblanc qui contient les précieuses couleurs, le saint pilon et le chapelet d'ivoire. On nomme tout cela réunit jeu ou pacotille, et coûte 40 francs.

évèremeuts.

En 1834, à Marseille , un Compagnon Étranger, tailleur de pierre, nommé Montescaut, et Îiar les siens, la prudence de Marmande, fut âchement assassiné par un sergent de ville; les Compagnons des différents Devoirs en furent paiement affligés, aussi se rapprochèrcnt-ils, et accompaenaèrent en bon ordre le défunt jus- ({u'à la tombe qui le reçut âge de trente ans : ce jour fut un jour de deuil , d^union %t de sym-^ pathie dont le souvenir ne s^effacera jamais de la mémoire des Compagnons.

Immédiatement après cet événement le corps des sergents de ville fut dissout, et depuis il n'est plus reparu dans la ville de Marseille.

En 18^, a Auxerre, plusieurs Compagnons furent écrasés sous la chute d'un corps pesant; les Sociétés firent encore cause commune pour s'acquitter d'un dernier et pénible devoir.

Les malheurs > la tristesse, la vue du néant rapprochent souvent les hommes : puissent-ils se rapprocher un jour sans y être sollicités par la crainte et la terreur!

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