HOTE
» Et fentrepréïids le tout de Frante.
Jeune Affilié, qui entreprenez le tour die France^ quoique votre esprit et votre bon sens ne vous par» lent qu*en laveur des choses utiles, permettecHuoi de vous donner un conseil pour tous fortifier da-vantage , s*il est possible. Tous ip^artez : mais, «land vous reviendrez , soyez satisfait de remploi que TOUS aurez fait dé votre temps. Beaucbi^ de jeunes gens , oubliant le but qu'ils s*étaient proposé 'd'atteindre en commençant leur tour de France , ne peu* sent plus , comme lis disent eux-niéme& , qu*à se di» vertir; mais plus tard, sentant une confusion dans leur cerveau-, se trouvant einbarrassés en tant de circonstances, ils se font mille reproches, et cela ne peut leur procurer les connaissances qui leur manquent. Tâchez de ne point vous trouver dans un pareil cas ; ftiites en sorte que le four de Fi^anee soit une école profitable pour vous, apprenez-y à ^vre et à travailler, faites-vo^s y homme, et devenez , — • tout dire, mentoistèr dans la fèv€(B' Ai terme»
Mais, potir en veMr là, travaillez, tfâtafflez 4âi mas et de la tête. Savoir couper son bolis , avoir, comme on dit, une bonne main-d*opiïvrej c*est beaucoup pour rouvrier, et c'est bien peu pour le inaitre!
Oui , rhomme placé à la tète d'un atelier de me*fittiserie est certainement forcé de refuser |ilusienf$ sortes d'outrages , s'il ne connaît le dessin linéaire appliqué à son état. Donc occupez-vous du dessin Iméaire , prenez de bonnes notions des cinq ordres d'architecture , et vous formerez ainsi votre goût isar les proportions les plus justes et les plus belles* Acquérez la connaissance ae la géométrie descrip* tîVe appliquée à la menuiserie , c'est-à-dire du trait de Vescalier, de l'arêtier des voussures et d'un grand nombre d'autres coupes de bois. Alors vos idées seront claires, vous aurez la conception des ou* vrages , quels qu'ils soient , et vous pourrez les exécuter avec goût et facilité. Mais si vous voulez acgiiérîr ces connaissances, n'écoutez point ceux f}Ui chercheront à vous décourager. l)es hommes vous diront : — Vous perdez votre temps , vous dépensez votre argent, vous vous cassez la tête mal à propos ; le dessin n'est bon à rien, laissez donc ça là, et faites comme nous! —Je vous le répète, jeune Affilié, n'écoutez point les hommes qui vous donneront de tels consuls. €es hommes' se plaisent xlans l'iignorance ou dans l'abrutissement , ou dans la non» cliàlance , et pourtant l'orgueil est concentré dans tout leur être, et s'ils voient quelqu'un chercher à s'instruire et à s'élever, le venin de la jalousie les parcourt et les tourmente; ils voudraient que tout te monde restât comme eux , pour n'avoir à rough;. pour n'être humiliés devant personne. Il est aussi n*aiitres hommes d'un esprit plus sage et d'un caractère plus élevé , et qui par négligence ou f^Ute 'de moyens pécuniaires ( car l'homme sans fortune Ile sMnstruit pas toujours au gré de ses désirs), ou ivair toute autre cause enfin, n'ont pu s'initier aux tonnaûssances que je vous cite comme essentlen^
Mais ces derniers ne parlent pas comme ceux que J*ai cités plus haut, et vous n^aurez rien à redouter de leurs paroles; au contraire, ils appuieront le conseil que je vous donne , et dont il me reste en* core quelque chose à dire. Oui , j'ai à vous dire que celui qui retourne dans son pays , sans avoir profité de son tour de France , n'est point tran-^ quille , et pour vous le prouver^ je vais vous raconter le discours qu'un de mes anus me tint ; le voici : « Après avoir, en cinq ans, fait mon tour de France, J'arrivai au pays et rentrai dans la maison paternelle. Gomme je suis seul dans la famille exerçant la profession de mon përe ; comme mon père com* mence à prendre un âge avancé , je pensais lui suc« céder bientôt dans la direction, dans la conduite des travaux; je pensais avec raison devoir être placé par lui à la tête de son établissement , et cela me donnait du chagrin , et cela m'inquiétait beaucoup, et je me disais : J'ai dessiné de l'architecture et du Irait ; mais je suis peu avancé , peu approfondi , peu savant sur l'une comme sur 1 autre de ces bran* chesde dessin, dont je sens aujourd'hui toute l'utilité, et je crains de rester quelquefois en afiront. Si par exemple , un joiur, on venait me commander un escalier tournant , ou la boiserie d'une niche avec sa calotte, ou un autel à tombeau, ou une chaire à prêcher compliquée, réunissant à elle seule tous les
Srincipes du trait, ou autre chose d'aussi difficile , 'aussi délicat , que réi>ondre , que faire ?.... Dois-je entreprendre? Biais si j'entreprends, n'entendrai-je pas au fond de ma conscience une voix effrayante qui me criera : Ne crains-tu pas de ne pouvoir achever? Dois-je refuser? Mais pour lors que dira-t-on de moi? A coup sûr on dira : — Voilà un homme qui a fait son tour de France , qui est retourné au pays réputé comme bon ouvrier; nous lui confions un travail, et il le refuse, ne se sentant point la capacité de le faire. Ah I valait-U la peine qu'il fit son tour de France .qu'il y restât si long-temps pour ne rien apprendre? C'est une iionte pour luit — Et cef
réflexions , et ces coosidérations me faisaient trembler, me faisaient frémir. Enfin, peu de temps après, feus quelques difficultés avec quelqu'un qui pourtant m'est bien cher, et j'en profitai pour m éloigner de la maison. Je partis , je pris la route d'une Srande ville en disant : Le dessin nous donne la hariesse d'entreprendre toutes sortes d'ouvrages , et la facilité de les mener à bonne fin par les moyens les
Î>lus courts et les plus sûrs ; le dessin nous attire *estime et la considération des habitants de notre cité, ainsi que le respect et la bienveillance des ouvriers que nous occupons ; le dessin, en un mot, est l'âme de la menuiserie , et je m'en occuperai. En eifét je m'en suis occupé ; on avait beau me dire : Cela ne vous servira jamais, vous perdez votre temps; je dessinais toujours et je m'en trouve bien , et cela m'est journellement d'une grande utilité.
Tous venez d'entendre , jeune Affilié , ce que ja vous ai dit par moi-même ; vous venez d'entendre ce que je viens de vous raconter de mon ami, et qui a quelque rapport avec mon passé , c'est-à-dire avec les sensations que j'éprouvais jadis. Maintenant je vous laisse tout à vous en vous recommandant, pour toute conclusion , de méditer sur mes paroles et de penser à l'avenir.