LA PAIX
jiir de ma Bretagne.
c Barde du travailleur, viens , me dit TEspérance; « Gtiante aux faibles lueurs du crépuscule éteint : « La nuit s'est endormie , et Taurore s'avance <c Sur son char, et la paix auprès d'elle revient.
« L'horizon se colore
« De ce feu précurseur ;
« Un beau jour doit éclore
« Sur ce sol de douleur. » %
Aht ma voix vous implore , Accourez , messagers du bonheur 1
11 en est temps encore ,
Dissipez notre erreur, {bis).
Par la douce pitié tout à coup éveillée , Notre âme , souriant au progrès qui Tinstniit , S'émeut au jour naissant , contemple , émerveillée ^ Les faveurs de la paix qu'enfin elle comprit.
Plus de sanglante arène
D'exécrable renom;
Plus de lutte inhumaine
Dégradant notre nom.
Toi , seule souveraine , Guide-nous , immuable raison ,
Sous tes règi^>eiitf&tii6 • V im mê U e Côoif agoon.
Oublions nos discordsc de sa brAlante haleine* - L*aveugle préjugé , somlre enfant de la nuit;, Guidé par. h Vieux temps.) attisa cette haine , Dont 1 amour frateirnel tropt long-temps a gênais
Reste impur du vieil âge,
N otjre 'lucide esprit
Désormais* se dégage
De ton lien maudit;
A la paix, notre hommage!
Compagnons frères , Français, amis,
Sevroos-neus^, ear Torage
Menace le pays«
Par la voix du passé , le» mânes de nos frères , Au culte de Terreur en cent lieux immolés :
« Repeussez> disent'^ls, ces Cains sanguinaires , Fiers à bras trop, fameux dans des temps reculés :
Cette sève de< vie i
Dans vos corps vigoureuse >
Stimulant Ténergie ,
Les élans généreux ,
Est sacrée , et Timpie Qui 4a verse est coupable, odieux^
Gardez pour 1» patrie
Votre sang préeleux» *
L'humanité grandit,; le jeune âge la bcroe-,- D'un visage serein semble apaiser son cri ; Dans ses bras caressants, les larmes qu'elle verse Ne tombent pas en vain sur son cœur attendri»
Quand la presse ensemence
Dans ee sillon «nonveau ,
Préparant Tabondance,
Un avenir plus beau ;
D'utiles connaissanoes* »%....
De nos maux font échapper le seee»^
Arrière , ignorance^
Fuis avec toft bandeau»
SitroMS paSf égarés ]a raisoo illumine ; j&oin <le nous , Compagnons , sottes préveittjoas ; Aimons-nous ici-bas , suivons la loi divine : mos plus gran^ds ennemis , ce sont nos passions.
Fratefrnelle tendresse,
Assainis à jamais
Le cœur de la jeunesse
Par ton baume parfait;
Ou'une sainte allégresse , ItoD du ciel, et régnant désormais,
Nous présente sans ces^e
limite dé la paix.
t^ar Ben ARDEAu, dit tourangeau. Affilié menuisier du Pevoir de Liberté.
DULOGDE SUR LA TERSmClTM
E^TTEE NANTAIS ET BEXKOIS«
BBNROis. — Sayez- TOUS, pays Nantais, que TOUS passez pour uq Traî poète?
ifÂNTAis. — k cause, pays Rennois?
rehiiois. — A cause des chausons que vous 9Tez composées en Thonneur de notre heUt société.
HAUT Aïs. — Il est vrai qu'elles sont faites à peu près suivant 1^ r^les de la versification; mais il ne suit pas de là quMles soient vraiment poétiques et me puissent mériter le titre de poète.
RENNOIS. •» Est-ce que tout ce qui est écrit en vers n*est pas de la poésie?
HANTAIS. — A la rigueur, non ; et Ton trouve bien souvent plus de poésie dans la prose que dans les vers.
RENNOIS. — Ce n'est pas l'avis de Voltaire.
NANTAIS. •— Je le sais; mais lisez la prose de Bernardin de Saint-Pierre, celle de Chateaubriand, de Lamennais, de George Sand, et vous sentirez à la grandeur des descriptions, à l'expression de la pensée et du sentiment, quelque chose qui touche, charme, transporte, et qu^on ne peut définir. La poésie est là avec sa puissance et son entraînement; on la voit, on la touche, on la sent, mais on ne peut pas l'expliquer et la faire comprendre à celui qui ne la comprend pas de lui-même.
RENNOIS. *— Mais , si i'oû veut faire une
^anson, il ne faut pas, f espère, récrire en prose.
HANTAIS. — Non.
renhois. — En ce cas, si je n*ai pas fait de la poésie, yai fait des vers.
n autais. — Vous ?
. REiiNois. — Moi, je TOUS apporte une ring* taine de chansons de ma composition; elles s(Hit bien nouvelles, elles n'ont jamais tu le jour, les Toilà... Je tous prie de me dire ce que tous en pensez.
Nantais prend le manuscrit et le parcourt d'un bout àVautre ; puis, s'adressant à nennois, lui dit : Faut-il tous dire la Térite ?
RERNois. — • Oui , parlez, et ne craignez pas de me fâcher. Je ne suis pas comme les autres poètes.
n ANTAis.— £h bien! ami Rennois, tous aTCz ce qui fait le poète, je tcux dire les idées, Timag^ination et le sentiment naturel et profond; mais il TOUS manque un peu d'étude. Vos Ters sont trop longs ou trop courts, presque tonjours mal cadencés, et souTcnt entrelacés sans aucun ordre; tous faites rimer les pluriels aTec les singuliers, et quelquefois le masculin aTec le féminin. Vous aTCz d'autres défauts, dont je ne parle pas. Ne soyez cependant pas surpris de ce que je Tiens de tous dire : je faisais aurtrefois tout comme tous, je me suis aperçu de mes défauts, et je me suis corrigé en partie. Vous pourrez faire de même.
^ RERiTois.— Je ne demande pas mieux» Faci-- Utez-moi le moyen de faire ce que tous aTez fait; faites-moi connaître toutes les difficultés à combattre. Si je me sens trop faible pour les
aborder et les yaincre , je cesse à Tinstant d'ér erire;'dans le cascootriiire, je me r^nieta -à Pœuvre, et poursuis ma carrière avec Tiguenr et perséTérance. Lesexplications que jedeiâande, Tdus devez les donner non-seulement â TOtre ami Rennois^ mais à tous les Compagiiodié.'Je suis bien pei*suadé c^uMls en tireront ai^aàtage, scfit en rersifian) mieux qu'ils ne le i&àt i^tùinairement, soit en ne^Tersifiant pltts ^u tout* Yoyons, oomBieat faut-îl mesurer lesVeps ?
ha-ntais. —«Les vers se mesurent -par syllabes , et leur longueur varie depuis une fusou^i dott^e; il y en a mène de plas Ipnj^s. Ceù^ de douze syllabes ont un repos ou césure qui coupe le vers en deux parties. Ces parties ou moitiés 4e vers sont appelées bénristicbes ; les yers de dix sylladoes ont leur repos à la quatrième. Exemple :
'Sans è-tre al-më du dieu de rHar-mo-ni-e, 12 3 4 5 « 7 « « 10
; Peut-on chitHter oom-nie eban-ta Ja-dis 1 .9 3 4 5 6 7 8 9 10
Vous voyez que ces vers sont de dix syllabes, et qiu*Ks ont à leur quatrième un repos on césure, c?est-à-dire que le mot s'y" trouve achevé. Tous ^vez le remarquer, le premier de c6s deux vers a une syllabe de plus que le second; inais cette syllabe, étant miiette, ne doDne aucun son, et constitue la rime féminine. Lisez le couplet tout entier (page 141 du !•' volumie), vOus Terrez qu'il se compose de quatre ▼ers à^ rimes masculines, dé quatre vers à rîmes féminines, et que ces derniers ont tous liîie syllabe de plus que les autres, syllabe qui ne compte pour rien. Remarquez donc bien Paf^
rai^eme^t de ce couplet. \CDi^i^y.si yyou^ T^r léz raine uxie chanson sur lejunéme àif* faites en sorte que tous vos c^^uplets aiqit le mém/& npibbre ae vers et tous vos vers le môme noji^ brë de syl-abes; U faut, de plus, que vos ïijiiit Vers soient entrelacés cpoiine ils le sont là.
REiirNoi$.~Et,si je voulais faire une cba^ifw $Tur Vair: Laissez reposer le tonnerre,. ^^ Ters d'un mdme couplet ^^raient-jJts twfi M même niesjuré ?
liARTf is. — Non , et voici uif. exemijple :
A-près a-voir pen-clant cina ç^s 1 23 4â '9 7 '8
Chers Com-pa-gnoiis,vo-ya-gé4ans la Fran-ce.
Je vois ap-pa~rat-4re le teaps I 2 3 4 5 « 7 B
De ren-trer sa-tis-lait au lieu de ma naiSf^san-ee. 12 3 4^0 7 3 9 t<) H 12
Vous le voyez, le premier et le troisième verç ont'huit syllabes chacun; le second en a di^^^ ^t le quatrième dou;je. Le vers de douze syllabes a son repos à I9 sixième, celui de dix à l^ quatrième; ceux de huit et d'une moindre ^9117 goeuT n'ont pas besoin d'avoir de repos. Si vous voulez faire une chanson sqr cet air,' faites d'abord un couplet qui ait le même arrangement que celui que je vous cite. {Fo/ez lé couplet entier, page 169 du 1**' volume).' Faites en- 8,uite vos antres couplets d'après votre premier.
' RENi;iois.-^C'e$t entçpdu. parle^-woj paainteirànt de la rime.
NANTAIS. — Je nepuis you3 en parler lonr guemeilt. Il me s\0ta de von^ dixre q^e f^
deTons, nous autres Compagnons, nous attacher plus à la précision ae la mesure qu^à la richesse de la rime; car, sans cette précision, on ne peut chanter une chanson convenablement. Je crois devoir tous avertir, quant à la rime^ qu'elle est un {)eu négligée dans mes compositions; je ne fus jamais sévère à cet égard, je n'ai plus qu'un conseil à vous donner. Lisez des vers, et vous comprendrez facilement lorsque la rime est valame et lorsçiu'elle ne Test pas; et puis, si vous pouvez mieux faire que moi, faites mieux.
RBnnois. — C'est bien. Dites-moi maintenant ce que c'est qu'un hiatus.
nautais. — Deux voyelles qui, en se rencontrant,, forment un son désagréable et embarrassent la prononciation; comme, par exemple : fonda un,iy ^iy f^joi aussi, vérité éternelle, sera applaudi, etc., forment des hiatus. Le premier a u, le second/ a^le troisième /a^ le quatrième é e, le cinquième a a. Vous le le sentez , toutes ces rencontres de voyelles produisent un effet mauvais qu'il faut éviter. Dans ce qui suit, par exemple: faire imprimer, pauvre enfant, peine amère, etc., c'est trèsbien, car il y a élision. et non hiatus.
RENiiois. — • Vous m'avez indiqué à peu près toutes les difficultés, n'est-ce pas?
nARTAis. — Ecoutez encore un moment.
Quand vous emploirez les mots terminés par de doubles voyelles , comme armée^ idée^ etc., il faudra qu'ils soient suivis de mots dont la première lettre soit une voyelle. Si les mots , armée, idée, étaient au pluriel, comme les arméeSf les idées, il faudrait les rejeter forcé-'
ment à la fin des yers, pour en former des rimes. On ne pourrait, en aucune façon, les placer dans le corps du vers.
Voici une autre observation, et ce yers me servira d'exemple :
Sous ta fe-né-lre, ob-iet que je ré-vè-re.
Si le mot qui termine le premier hémistiche à la quatrième syllabe était au pluriel, il ne pourrait former élision avec le mot qui commence le second; on ne pourrait pas dire : sous tes fenêtres f objet, etc., sans déranger et gâter le vers, tandis que, dans le premier cas, la dernière syllabe du premier hémistiche et la première du second s'élisent et n'en forment qu^une, qu'on prononce d'une seule émission de yoix. 11 ne faudrait pas non plus, dans la place où il se trouve, que le mot fenêtre soit suivi d'un mot dont la première lettre serait une consonne, % car l'embarras deviendrait alors le mâme. Cadencez donc bien vos vers, entrela^ cez-les les uns avec les autres comme l'air ou la musique le commandent; faites usage de rimes valables, évitez les hiatus et tout ce qui est dur à la prononciation et à l'oreille, et vous aurez fait ce que les règles ordonnent. Je ne vous parlerai pas des différents genres de poésie, nous ne devons point ici sortir de notre sujet; mais je vous le recommande, lisez des chansons et d'autres pièces de vers des bons auteurs que la France a vus naître ; repassez bien dans votre tête les courtes observations que je viens de vous faire, et vous comprendrez parfaitement tout ce que vous avez désiré comprendii