‹ Le Livre du CompagnonageChapitre 68 sur 79 · DIALOGUE · texte numérisé non relu

DIALOGUE

MOBAL ET RELIGIEUX

8ntre LyoDiiaîs et

Un jour, Lyonnais renaît de chanter la chanson du Banquet (voyez page 139, T* partie); Bordelais le tire doucement à l'écart , et lui dit cL'un ton railleur : Je vous y prends, mon Pays! -TOUS qui tant de fois avez blâmé Tivrognerie et ^incrédulité , tous les chantez Tune et Tautre maintenant. A la bonne heure, buvons, chantons, et après nous la fin du monde t

LYonnAis. — Ami Bordelais, je chante dans un moment de gaité une chanson à boire, et m'étourdis sur l'avenir pour mieux savourer le présent. Mais la raison reprend ensuite le dessus , et je redeviens grave.

BORDELAIS. — Redevenir grave 1 mais c'est un grand mal. £st-ilq|uelqu'un de plus heureux Que l'ivrogne, le riboteur, le libertin ? 11 jouit ae la vie. et vous, avec votre gravité, avec votre conduite sensée, vous n'eu jouissez pas.

I.YOII1IÂIS. •— J'ai travaillé, ami Bordelais, avec des ouvriers d'une constitution solide et d'une habileté peu commune ; ils faisaient en un seul jour autant de travail ^ue moi en deux. Je les ai vus de près, ces ouvriers colosses, ces riboteurs fameux; eh bien! ils n'étaient pas bttureuxl

BOBMLAfS. — Expliquez-moi cela.

LYONRAis. — Ils travaillaient quelques semaines arec une rare ardeur : quand ils se voyaient une petite somme d'argent , ils se mettaient à boire, à se griser jusqu'à ce que tout fût dépensé. Le premier jour^ ils prenaient quelque plaisir; le lendemain, ils étaient déjà moins bien disposés; les jours suivants, ils ressentaient d'abord de la fati^e, puis de l'ennui et du dégfoût, et ils allaient se prMDenint machinalement comme des hommes démoralisés^ et ne sachant plosque faiireet que devenir; enfia^ quand ils n'avaient plus rien à dépenser, quasu ils ne trouvaient plus de crédit nulle pact, il faUaU bien reprendve le chemin de l'atelier. Ils V revenaient donc, mais bien lentement, avec le corps flasque, la tète peneliée et le risage sombre et défait.

BORDSI.AIS. -- £h bieni ils. travaiUaknli, et réparatest le temps, perdu et leurs bourses épuisées!

LYONNAIS. — Oui, ils travaillaient ea se

maudissant, en s'appelant lâche , fainéants, ivrognes, abrutis, sans cœur, mange-tout.,.., en parlant quelquefais d'aller se pendre ou se noyer..... Oui, ils travaillaient, mais areo colère et désespoir ; et je soufliraîs de les voir ainsi.

BORBifiKAis. -^ Les ouvriers plus sages ne tnn vaillent-ils pas également, et sont^ls pourcela beaucoup plus avancés que les autres?

LYojNNAis. — Oui. Ils travaillent avec l'àme contente et le coeur joy^ix, car leurs affiaires ne sont pas en désordre; aucun de ces créais ciers, que nous appelons anglais, ne les cha*-

ffrine. 11$ traYâilleot: mais^ tout en travaillanty ils chantent quelquefois; ils échangent de itemj^ en temps quelques mots d'amilié^ et, si lun ami vient par hasard leur faire visite^, iU iVaccueillent avec transport et le traitent coridialement, car leurs poches renferment toui jours quelques pièces de monnaie. Comme ils r se dérangent rarement, leur courte partie n'en : est que plus vive et mieux, sentie : ils chantent t I ils sautent! ils se divertissent! ils sont livrés à I la joie la plus naïve et la plus franche! et le lendemain ils retournent à Tatelier, bien satisfaits de la veille: pour eux le travail est ua plaisir, le festin un plaisir, le souvenir du festin et respérançe d^en faire un semblable plustard sont encore des plaisirs. L'ouvrier débauché ne ressemble pas à ceux-là : à son travail il est triste, il ne soulève pas un moment la tête, il n'a point d'entretiens familiers avec le» autres ouvriers, il est excessivement avare d^ son temps; il languit d'avoir achevé son ouvrage, afin d'en recevoir le prix; il pense à soa aubergiste, à ses nombreux créanciers qui le tourmentent comme des démop«. Si l'un de ses amis, si l'un de ses frères arrivé d'un pays lointain vient le voir, il ne peut se déranger ^ pour fêter son arrivée; il le reçoit froidement, tristement; il ne travaille que pour son ventre, que pour ses orgies abrutissantes ; il ne peut rien faire pour ses amis et pour ses frères qu'il méconnaît presque; il est avare à leur égard et envers tout ce qui n'est pas lui : que le pauvre qui a faim n'implore pas sa pitié, il serait repoussé durement I. Le nambocheur, comme je l'entends, se tue à force de travailler, se tue à

force de boire; Il se tue' encore par les prita* tions et la tristesse^ et, en tuant son corps, il tue aussi son intelligence et tout ce qui peut inspirer Tamour et le dévoûment. Croyez-Tous toujours au bonheur de Tivrogne?

BORDELAIS. — Nou. Tout cc quc vous dîtes n'est mie trop vrai, riyrogne n'est pas heureux. Mais votre morale n'est pas d'une austérité excessive; vous admettez qiie l'homme ne doit pas se passer de quehpes moments de récréation et de plaisirs , et je me rends à toutes vos raisons. Maintenant je tous altaauerai sur un autre point : vous criez contre l'indifférence, contre le manque de foi, et cependant tous chantez le scepticisme. Ce n'est pas que je vous en blâme; au contraire, car je ne crois ni à Dieu ni à diable.

LYONNAIS. — Je chante le scepticisme comme je chante le vin. 11 est des moments de gaité folle; mais, s'il faut tous parler franchement, le TOUS dirai que l'homme qui croit est plus heureux que celui qui ne croit pas.

BORDELAIS. — Etcs-Tous uu hommc religieux, un Trai croyant?

LYONNAIS. — Je ne m'en Tante pas. Si mon cœur aime et croit fermement, mon esprit, lorsqu'il s'enfonce au-delà d'une certaine limite, cherche, balance, s'inquiète. Et certes les philosophes les plus audacieux n'ont pas concouru seuls à me rendre ainsi; d'autres hommes, avec des idées et des doctrines inverses à celles des premiers, ont puissamment contribué au désordre actuel de la croyance publique. Mais je TOUS répéterai que celui qui croit est plus heureux que celui qui ne croit pas.

, BORDSiiiis. — Cela demande une preuve ; Àes-vous capable de me la fournir?

i<Tonii4is. — Je le crois.

BORDELAIS. — Yoyons! je suis curieux.

LYonNAis. — Je ne rentrerai pas dans des raisonnements bien savants, bien profonds, car je ne suis pas un docteur Je vais vous présenter d*abord deux exemples , écoutez-moi :

Fathée, au lit de mort, quoique persuadé qu'il a fait son devoir sur la terre ^ quoique plein 'de courage et de vertu ^ doit être désolé ; il avait des biens> des amis, une femme qu'il aimait tendrement , des enfants chéris qui

frandissaient sous ses yeux; il faut tout quitter jamais, cet esprit^ cette intelligence, tout ce qui lui inspirait les plus hautes pensées^ et lui ouvrait Timmensité, va s'éteindre à l'instant ; son corps va se dissoudre et rentrer dans la poussière, et tout sera fini pour lui; il ne reste plus rien de ce qu'il a été^ il meurt tout entier. Plus d'avenir! Comme cela est vague! comme cela est triste! n'est-ce pas, Bordelais?

BORDELAIS. — En effet.

LYonnAis. — Le croyant à son heure dernière n'est point dans une si horrible situation : convaincu d'avoir rempli tous ses devoirs, il ne redoute point les jugements de Dieu; son corps doit passer dans la terre, mais son âme, revêtue d'une forme Quelconque, doit passer dans ; le ciel. S'il quitte nés biens matériels, il en trouvera d'immatériels et de divins; s'il quitte sa ^ fip.mme, ses enfants, ses amis, ce n'est que pour un temps. Il les reverra tous dans le séjour éternel : et , relevé par la foi et l'espérance , il se ' tache de la vie avec joie et sans terre

ti*ouYez-TOifts pas cette mort préftrable à la première ?

BORDfi^4i6* ■— Je suis enciH'e fdtcé de dire

comme, vous. ,

AYoïmiAis.— Les malheurs de nos Jours, mon ami, naissent dii manque dé foi; comme on

se les procurer; arec de For, on a des palais^ de riches parures, des mets délicats, et toute» les aises de la vie;, avec de For on a aes droits^ des emplois, des honneurs, des titres et des privilèges; For est le dieu de notre temps; Tor aU tire For; For est tout; aussi les possesseurs d*or deviennent-ils de plus en plus avares, de plus en plus inhumains; For est dieu et ils sont les maîtres de For; ils sont donc plus que Dieu ; et tout doit ployer sous leur barbare puissance» Celui qui n'a pas voulu ou su atteindre à For est regarde comme un inca|)able, comme un idiot:

OUI le pauvre est méprisé de nos jours comme il ne le fut jamais; sa vie est une angoisse, un tourment, un supplice^ un enfer continuel, et tout cœur honnête doit s'indigner et s'effi*ayer d'une si détestable situation.

BORDELAIS. — La situation présente est telle eue vous venez de le dire; mais pensez-vous que rincrédulité y contribue pour quelque chose.

LYoniiAis» — Je le pense. Si les hommes croyaient vraiment en Dieu et à Fi m mortalité de Fâme; s'ils avaient toujours présent à l'esprit que ce Dieu juste et vengeur les suit à chaque pas de leur vie; qu'ils ne peuvent rien faire «ans qu'il le voit^ sans qu'il en soit Finévltable

témoiiir; bien âes ^^rimes se commettent qui ne se commeltrarent pas; les hommes seraient alors moins hypocrites, moins fsvrbes, m«ins avares, moins ambitieux; ils s^aimeraient les uns les autres, ils seraient tons frères, ils partageraient leurs rares peines et leurs nsmbreux plaisirs^ et ta terre serait un séjour de félicité.

BORDE LAIS.— Et VOUS croycz réellement qu'un peuple religieux serait un peuple heureux I

iTomvAis. — Oni.

BORDELAIS. — Pourtant les Italiens, les Espagnols sont très-dév6ts et ils ne sont pour cela

pi tre quelques éclairs d'énergie, c'est pour s'éffor-

ger ; n'allons pas si loin chercher des exemples, en est plus dévot dans les contrées méridionales de la France que dans celles <lu nord, et Ssurtant on y voit plus de haines et de désorresi car on s'y bat, çn s'y tue pour des opinions politiques mal comprises; et puis nous avons des souvenirs : on se rappelle les inquisitions, les auto-da-fé, les Saint-Barthélémy, les massacres des Cévennes, de Cabrières, de Mérindol; on se rappelle encore de bien d'autres crimes dont on pourrait parler; tout cela ne prouve pas en faveur des idées que vous émettez, et le peuple craint justement le retour d'un pouvoir fanatique, qui tant de fois désola la France, et la couvrit de sang, de pleurs et d'ossements. ^ LYONNAIS. — Ne confondons pasThomme religieux comme vous l'entendez^ et l'homme religieux comme je l'eotends : l'un ne s'attacha qu'à la forme et est t* empli de préjugés fun

tes, Tautre ne s'attache qu'au fond et ne maiïdit personne; son dieu est le dieu de Tunivers, et tous les hommes sont ses frères; sa religion a

gueilieux et le plus yîI, l'autre le fanatisme le plus aveugle et le plus barbare.

BORDELAIS. — Et pourquoî, si ce Dieu existe Yraiment, ne fait-il pas les hommes meilleurs? Pourquoi ne les (orce-t-il pas à être plus justes et plus heureux? Ou i! ne le peut pas, ou il ne le veut pas: dans le premier cas il manque de puissance, dans le second il manque de bonté.

LYonnAis. — Si Dieu forçait les hommes à agir comme ceci ou comme cela, ils cesseraient d'être libres, ils ne seraient pi us que de simples machines dont une main puissante dirigerait tous les mouvements, et on ne pourrait alors leur imputer ni vices, ni vertus. Dieu a donné auK hommes la liberté, la fbVce, l'intelligence; il dépend d'eux d'en taire un bon usage; la terre est grande et féconde et recèle ou peut receler tous les biens; le soleil brille au fii'mament et la réchauffe de ses rayons; les eaux du ciel, amoncelées en nuages, tombent, la rafraîchissent, et, s'infiltrant en elle, produisent les sources, les rivières et les fleuves, d'où mille canaux peuvent s'échapper et porter partout, selon la volonté, le tribut de leurs ondes.

Pourquoi les hommes, au lieu de se faire une guerre constante, au lieu de dépenser tant de science, d'énergie et de ruse à renverser, à détruire et à se tromper réciproquement, ne s'appliquent-ils pas à introduire la justice partout

et à cuUÎTer avec plus de soin, d'ensemble et d'amour, la terre, leur commune mère, qui donne beaucoup etaonnecait davantage encore?

Tous les hommes, sans exception, pourraient alors trouver leur part de repos et de bien-élre. Ainsi 9 si les misères, les désordres, les crimes

SuUulent en ce monde, n^en accusons pas ieu; les hommes font leur situation euxmêmes et sont seuls coupables des maux qui les affligent.

BORDELAIS. — N'en accusoùs pas Dieu. Je yeux bien pour ma part ne plus Taccuser; mais prenez au hasard quatre hommes des

ÏAus entendus en affaires publiques et adressezeur cette question : Croyez- vous en Dieu? trois d'entre eux vous répondront sans hésiter: Non. l's ajouteront même au besoin, que Pâme n'est rien de plus que la respiration , que le souffle de vie qui anime l'homme comme tous les autres animaux.

LYONNAIS. — Peut-on confondre deux créatures^ si dissemblables ? L'homme comprend et exp'ique la plupart des phénomènes de la nature; il soumet à sa ()uissance, les élémens, le» êtres animés et inanimés; il tient registre des faits divers qui ont agité les tem|>s et l'espace; il produit de merveilleuses machines qui cen~ tuplentsa fbrceet sa puissance créatrice; il invente incessamment, soit dans les arts, soit dans les sciences, et ajoute de nouvelles connaissances aux C4)nnaissances acquises.

Il n'en est pas de même des animaux : eux^ ils ne Ibnt aucune découverte, ils ne conni>>«sent aucun proçr^. Les singes, les chienj castor^, les abeilles et les espèces moins i

lîmiit«8f MkOt ce x|u^elles furent toi^fNtr»; ^k» nom pas pli^Side lumières, 4e savoir et .4*«Xr

térieace4e nos jours 4]tt*att joiur de iacréatÎ4Mk Iks B0 coQuaisseat ai leurs aïeux, ni leurs eofauts. Soyez doué d*aiie patience à t4Hrte

il ne saura rieu appendre de ce qu^il sait à sas enfants et à ceux de sa race. La race de« aaimaux m swt piaiiat de son ignorance priBiiti.¥e: chez elle, point de Té^en^nts, point de mels préparés, point d'artistes ; les siècles, les événeinejits,la rude expérience, ne lui ont rien appris, rien fait gagner en adresse et en perfectioo , tandis que rhomme ne eonuatt point de bornes au progrès et au perfectionnement qu'on peut apporter en toutes choses. Il mesure avec, toujours plus de précision, des yeux et de la pensée, riminensité de la terre, des mers et des cieux. Son imagination inquiète et vagabonde explore dans UMJa les champs des routes nouvelles, fit un pressentiment indéfinissable lui crée un Ainonde au-delà de ce monde, lui parle d'une

fuissa^ee invisible, mystérieuse, et en fait un tre tout à fait à part des autres êtres.

tORD€LM$« — Cependant les plus oélèbreB d'entre ces ^ires à pai't out ri de Pâme, ont nié ^ieu , et Ênappé à coup^ redoublés sur toutes les •MperstitioBS , sur toutes les croyances relir gieuses. Je pourrais citer «(ptre autres Voltaii» -, Dîdei«ot, d'iflembçst.

* VolUice D'aTaUcertaineneiitpaftine'âniereniçieiMe.flep«idM( qoand Praokllo i«i prnenlt^iQii peiiltll»!» lÉl.dt-

xYOïfHAis* — Je le rec(^Dai8. Uétat deja so^ ciéte» malgré lin certdîn ybruis dont elle se pare, est bieû loin d^étre satisfaisant, j^uanft aux nommés célèbres qUe tous tenez de citer, chacun reconnaît retendue de leur esprit et <ie leur savîoif. ttàis ils tbànquaient peut-être d^une âme Yratmeat nc^ble et d^un cœur tendre et compatissant, lis avaient une bissîon ded€$* tructijon à remplir, et, ^adds et utiles démolisseurs, on les a vus à rioeuvre; ils ont rempli

«t l^fWBMf «ce pfo 4e bmU : < Piea et la WherU. » Je crnii annl devoir faire pàftser umt les yetuc do lecteur, le f asutge tuf tant d^roe êpilire de Voltaire :

D!^a ne doit point pâtir des sôttiiet du frHtt : R^ronnaiàtfons ce Dt«u, <)noiqàft li^A"!»*! ««Mi.

De lëura et de rat* mon logis est rempli; Mais l'architecte eiiste, et quironque le nie ^us le itaanteab do sage eat atteint de miinle. Gi>iM«iltes Zoroastrc, et Mioos et SelcAi, £t le martgrr Soeraie et le grand Cicéron ; Ils ont adore tous nn roaitre, un jugp, un p«re t €« système subKine i l'iiomme est !it<c«ssérre \ Ctst le éaertf lite 4e Je aofci^fl, Xe premier fondement de la sainte ii^uité.

Le frein du scëiërat, respérance du juste.

Si les eieux, dépouilla de ton empreinte «nijuite, Ponvalent cmsar jamais «le le Manifeste»:

Si iNen n'imistaii pps, il fandr it Tinvenrer. Que le sage l'annonce, et que les rois le craignent! Dois, si TOUS m'opprlinex, si rbi grandeurs ciMeignCMt Lee pleurs de l'innocent* qlife ven» faftès eenler; Mon Ten^ear eét an ciel, anpreBe|( ^ inBo^blei* : Tel est au moins le fruit d une n'tile crovance.

Mais toi, riîsortne«r faux , èâiit la trtiie (mprifedenee Dens le t:hl!riilh du eritatke bsv les ridMre*-; Re Ht bcAiix ar(timettU q«el fruit 'pen4-tv ticer? Tes enfants k ta TQi\ seront*îls plus docilef ? Tes aitîis.aa bééoià. plus iûrs *t pks utile*? Ta femme plus honnéie? Et ion nou^ean fermier. Pour ne pas <roire en Pàen, va-4*il miens te p« ee,?,M. Ah ! laÎMOiu aiu humains U cr&inte et l'espérance.

leur tâche avec succès. Mais ils n'auraient pas ^té propres à construire, à organiser une vaste société, et à rendre un peuple sympathique et beureux. «

Les bienfaiteurs par excellence, Confucîus, Socrate, Jésus-Crist. Barthélémy de Las-Casa^, .Ylncent de Paule, William Penn, Fénélon, Jean- Jacques Rousseau, eurent tous en eux cjueique chose de contemplatif, de rêveur, de religieux. MM. de Lamennais et de Chateaubriand sont de nos jours sous Tempire des mêmes sentiments. Ne trouvez-YOus pas en ces hommes-A plus de simplicité, plus a^amour, plus de dé- Tournent et de véritable désintéressement, que dans tous les sceptiques que la terre a por^ tés.

BORDELAIS. — Ou uc pcut qu'admircr tous ceux que vous avez nommés, et ne toîs n'en chez leurs antagonistes de haut parage qui puisse leur être comparé. Mais de;scendons un peu plus bas : ne trouvez- vous pas que la fleur de la génération présente, que nos jeunes démocrates, en un mot, font preuve, quoique peu religieux, du même dévoûment, en sacrifiant également, si l'intérêt de tous le demande, leurs personnes et leurs biens.

LYONNAIS. — Il s'en trouvent parmi eux oui possèdent de bien hautes qualités ; mais les meilleurs valent-ils bien les premiers chrétiens

âui supportaient mille tortures sans se plainre, sans se détracter jamais? Ont-ils cette foi ardente, cette persévérance calme et inébranlable ?

BORDELAIS. — Pourquoi non ?

LYONNAIS.-^ Mais si un fait politique pou-*

▼ait les compromettre, si rinstrument des sap- I pliees se dressait formidable devant euiL, de I matérialistes ne deviendraient-ils pas spiritualistes, n'appelleraient-ils pas, à leur moment j suprême, leurs ennemis devant le tribunal de I ce Dieu auquel ils aTaient refusé de croire jusi qu'alors ?

B BORDELAIS. — Mais je ne sais.

i LTonn Aïs. — Etudiez le passé ; le courage qui t ne se dément jamais est dans la foi. Ceux donc I q[ui élèvent leurs pensées au-dessus de la ma- } tière brute et des jouissances terrestres, et I sentent en soi quelque chose de religieux , de ( sympathique, peuvent rallier les hommes, leur inspirer de nobles sentiments et Tamour des uns pour les autres. Mais ceux xiui nient Dieu hautement, ceux qui n'ont dans le cœur que de la sécheresse, ne peuvent, quel que soit le degré de leur savoir^ que détruire les institutions, bonnes ou mauvaises, diviser les hommes » les rendre subtils, froids . impérieux ; ils pourraient encore, par un. enet de tactique, imposer une sorte de despotisme d'une rudesse extrême, mais sans dignité et sans racine, que le peuple lui-même arracherait bientôt : qu'on le sache, l'homme a besoin d'aimer et de croire , détruire sa croyance en Dieu c'est détruire en son cœur la foi et l'espérance, deux biens universels. Si nous sommes sur une mer en furie, tout prêts à nous briser sur des roches sauvages; si nous sommes égarés dans des déserts arides et silencieux ou dans des bois toufPus et remplis de hurlements affreux et menaçants; si, dans ce monde si brillant pour quelque»-uns, si lamentable pour im

— no —

d'autres, notre covf^ s'affaisse et languît; si,

dans ces cas divers, n0ùs seatOQS notre dernière heure approcher^ notre pensée se relère aussitôt, nous ne TOuléns pas mourir ^ôut en-

des plus précieux.

BORDELAIS. — Màis , cncore uu coup, ètes- Yous un Yrai croyant?

LYOiiiiAis. — Je vousTai dit, ami Bordelais, pas aussi bon que j,e voudrais Vétre*

BoapBLAis. — En ce cas Vous voulez faire croire aux autres ce que tous ne croyez pas Yous-méme P

lyouhais. — Je ne vous ai point dit que je ne croyais pas, et puis fût-il vrai qu^un mil m'eût effleuré, je ne désirerais pas podr cela ^e ce même mal p;ût effleurer les autres.

BORDELAIS. — Je VOUS Comprends ; et je suis ravi qu'une chanson à boire ait donné lieu à un tel entretien. Mais si vous vous étiez montré trop orthodoxe, si vous m'aviez parlé comme parlent beaucoup dé prêtres , je ne vous aurais point écouté et vous ne m'auriez convaincu en aucune manière. Allons, amusons-nous encore un moment, chantons, folâtrons comno^e des enfants, et pi,iis soyons sérieux et sobres, travailloDS, raisonnons et aimons.

* LTQIf AAIS. — (Test CÇl^.

C£ QUE LE GOMPAGNONAGE

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