‹ Le Livre du CompagnonageChapitre 9 sur 79 · CHARPENTIERS · texte numérisé non relu

CHARPENTIERS

Les charpentiers, se disant de nos jours ompagnons de Liberté, se disaient autrefois

iBenards de Liberté; ce qai prowerait qa'ilt Mmt été dans des temps plus anciens aspirants 'des Gompag^ns Drilles, contre lesquels, se Toyant traités en esclaves, Us se seront réyol* tés ; ils auront ({uitté Thabitation commune pour Tivre et faire mère à part. S'étant ainsi 'affranchis de leur servitude et vivant sans maîtres, ils auront ajouté à leur nom de /26« nard le mot liberté. Ils ne tardèrent pas à se donner un Devoir et à se faire Compagnons. Ils se dirent alors Compagnons de Liberté et Enfants de Salomon. ils ont^ sans doute, pour former leur Devoir, fait des emprunts à aau* très Sociétés, principalement à celle d*où ils sortaient : les nurlemenls qu'ils poussent le font présumer. Us n'ont point de rapports avec les anciens Enfents de Salomon. Leurs hurlements, comme on peut le penser, portercmt toujours obstacle à une franche union.

Les charpentiers. Compagnons de Liberté, habitent à Paris la rive gauche de la Seine; les charpentiers , Compagnons passants ou Drilles , habitent la rive droite. Ils sont tenus, les uns et les autres, d'après une certaine convention, à travailler du c6té du fleuve où leur domicile est faé : ce qui ne les empêche pas de se livrer souvent de rudes combats.

AdJmictto«i ftvx En AmtMi Ae maître

ÉTATS DITERS.

J^ai déjà dit que les menuisiers avaient reçu les tourneurs, les serruriers et les vitriers. L»

Tnciens ne hurlent pas. Les tourneurs et lei^ Titriers hurlent. Je ne replacerai pas ici leâa noms de toutes les sociétés engendrées immé^ diatement après celle-ci. J'observerai qu'elles se ressemblent toutes sous beaucoup de rapports» Quant aux hurlements, quant au topage, elles, en usent presque toutes; quant aux longues cannes, quant aux couleurs, on en porte par-> tout; quant aux divisions par classes, ce sont toujours des Compagnons et des Aspirants.

Les Cloutiers ont quelque chose de particulier; ils suivent encore les plus vieilles coutumes : ils commandent leurs assemblées, ils font leurs grandes cérémonies en culotte courte et en chapeau monté. De plus, ils ont des che-i^ veux longs et tressés sur leur tête. Si un mem-* bre de leur Société vient à mourir, ils Quittent leurs chapeaux, défont, délient leurs longues tresses, et vont l'enterrer avec les cheveux en désordre et leur couvrant presque tout le visage. Les cloutiers sont nombreux à Nantes, et l'on peut dire d'eux qu'ils se soutiennent comme des frères.

Les Forgerons aussi se parent de culottes courtes et de chapeaux montés.

Je parlerai de quelques sociétés moins an-* ciennes.

Les Compagnons Tisserands datent de 1775; un menuisier traître à sa Société leur vendit le Devoir.

Les cordonniers n'ont guère gue trente ans de Compagnonage. Voici leur origine : Un gendarme, ayant été ouvrier et Compagnon coproyeur. vendit dans Angouléme son Devoir à un coraonnier nommé Carcassonne Le Turc,

^i le communiqua à ceux de sa {>rofession. Les eordonniers se rormèrent en société et deyinrent trè&-forts; ils soutinrent pendant huit

Ïiurs une bataille affreuse contre les corroyeurs. y eut des blessés et des morts. A la suite de cette aSaire y Mouton Cœur-de-Uon , cordon* nier des plus courageux, fut mis aux «galères de Rocherort , où il mourut , sans doute de chagrin et d'ennui. Les cordonniers vénèrent la mémoire de ce Compagnon, et dans un de leurs couplets on trouve les vers suivants :

Provençal rinvincible , Bordelais rintrépide , Mouton Gœur-de-Lion Nous ont fait Compagnons.

Le Devoir fut porté d'Ançouléme à Nantes, et de là se répandit dans d'autres villes. Les Compagnons cordonniers sont nombreux et d'une bravoure remarquable. Us se battent (fréquemment , et je dois avouer qu'ils sont souvent attaqués.

Les cordonniers portent d'abord deux couleurs, une rou^e, une bleue; puis dans chaque ville de Devoir où ils passent, ils prennent une couleur de plus^ Ce qui fait qu'en terminant leur tour de France, ils en ont un grand nombre.

J'ai dit que les cordonniers ne comptaient

Îu'une trentaine d'années de Compagnonaçe. ^pendant on trouvera dans l'Histoire de Pans, par Dulaure, que le 27 septembre 1645, les Compagnons cordonniers, appelés Compa--

* Ce» coolenrt qae Ton prend de plas et dont plosienri oorpi d*éUU font oiage, $*appeUent des ftweurt.

gnons du Devoir, furent dénoncés à la fan culte de théologie à cause des pratiques dé Pinitiation d'un apprenti au gradie de Compa*gnon. etc., etc. Il est probable que cette Société ftit dissoute, et que son Devoir se perdit; car -il est bien positif que la Société actuelle des cordonniers est peu ancienne.

Les Boulangers comptent une vingtaine d'ao-i nées de Compagnonage, ils tiennent le Devoir; des doleurs, et ils se sont formés en société à Nantes, à La Rochelle, puis à Bordeaux.

Les Ferrandiniers, ou ouvriers en soie, se sont formés en 1832 en Compagnonage; ils ont essayé, il y a peu de temps, de rentrer dans la famille des Enfants de maître Jacques. S'ils n'ont pas obtenu cette faveur, ils ont au moins reçu de bonnes raisons.

Quelques associations de Compagnons, telles que celles des Bonnetiers, des Potiers, des Épingliers, etc., se sont effacées; elles ont été remplacées par d'autres; de nouvelles associations se forment encore, tant le besoin de s'associer se fait sentir aux ouvriers.

Adjonction aux Bnfants dia père ^

lioaMse*

COUVREURS ET PLATRIERS.

Les charpentiers ont reçu les Coui^reurs et les Plâtriers; ils diffèrent peu les uns des au-' très dans leurs arrangements. Chez les cou-l vreurs,le non-Compagnon est di^^i Aspirant J et chez les plâtriers Bouquin.

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lIVUXIOHS.

Les Enfants du père Soubise, comme les Enfants de maître Jacques, se disent Compagnon» du Devoir. Les Compagnons du Devoir seraient très-forts sMls étaient d'accord entre eux , mais ils ne le sont pas.

Ainsi , les menuisiers , amis des charpentier» et des tailleurs de pierre, sont ennemis des ma<» récbaux que ces derniers accueillent.

Les maréchaux tiennent le Devoir des forge* rons 9 et en sont repoussés.

Les maréchaux repoussent les bourreliers.

Les forgerons ont reçu les charrons sous la condition que ceux-ci porteraient les couleurs à une boutonnière basse; les charrons promirent tout , mais ils n'ont pas tenu leur promesse; ils portent les couleurs aussi haut que les forgerons : voilà la cause de leur haine et de leurs^ querelles.

Les charpentiers portent les couleurs d'une manière, les tanneurs veulent les porter de la même manière, c'est ce qui les rend ennemi»

jurés.

Les charpentiers sont souvent en contestatK»

avec les tailleurs de pierre au même sujet.

Enfin, presque toutes les discordes entre k»

Compagnons du Devoir viennent des couleurs et du droit de préséance. Chacun veut avoir le pa» sur les autres.

Les vanniers , les doleurs , les tisserands, les sabotiers, les cordiers, vivent dans une sorte d'isolement.

Les boulangers, les cordonniers sont absolu-

ri

jr 0i<ent repousses de tous les autres corps d'états, "^ qui ne les jugent pas dignes d'être Compagnons.

Je ferai remarquer que les tisserands, les cordonniers, les boulangers, les maréchaux, etc., etc. , sont ennemis des Compagnons menuisiers et serruriers du Devoir , et que si, malgré cela, un membre de ces Sociétés avait un frère menuisier ou serrurier, ce frère se mettrait plutôt avec les Compagnons du Devoir qu'avec les Com- I pagnons du Devoir de Liberté ; et cela se conçoit, car il dirait : Mon frère est Dévorant, je veux être Dévorant aussi! Voilà ce qui fait que les Compagnons du Devoir dans chaque état sont

S lus nombreux que les Compagnons du Devoir e Liberté.

Je pourrais parler d'un schisme survenu entre les Compagnons menuisiers du Devoir qui les oartaçe en deux partis, les vieux et les jeunes. jLes vieux , connus sous le nom de Damas et de Benéeats, sont peu nombreux; les jeunes ont toute la force de leur Société.

Je pourrais donner aussi quelques détails sur les Drogains chapeliers, sur les Gamins mor* réchaux y sur les Margajas tanneurs et cor^ donniers, ennemis des Compagnons de ces deux métiers; des Rendurcis boulangers, etc.; je me rappelle qu'à Lyon, en 1828, les Rendurcis et Compagnons du même état, se livrèrent dans une rue étroite, une bataille à coups de cannes ; la garde vint nombreuse , en arrêta plusieurs , i les combattants se rapprochèrent alors, tombèrent Vigoureusement sur la garde, reprirenti leurs prisonniers et se sauvèrent tous. A Paris, en décembre 1839, dans la rue du faubourg

Saint-Martin , est arrivé un fait à peu près sem-* blable.

Soelété de rCJnlon ou de»

dant» » dits les Bêvoltési

£n 1823 et non en 1830, comme je Pavais dit par erreur, des Aspirants Menuisiers et des Aspirants Serruriers se révoltèrent à Bordeaux contre leurs Compagnons, et formèrent entre eux le noyau d'une Société nouvelle. Depuis^ à Lyon, à Marseille, à Nantes, d'autres Aspirants .se sont encore révoltés et formés en société, à l'exemple de ceux de Bordeaux. Ces diverses Sociétés ont correspondu entre elles , et la Société de V Union ou des Indépendants s'est trouvée constituée. Que les Compagnons du Devoir disent tant qu'ils le voudront que cet effet a eu lieu sans cause, je ne le crois pas, ear les membres de la nouvelle Société sont très-nombreux, et tant d'individus ne se révoltent jamais pour rien. Ils font la guerre aux Compagnons du Devoir comme Spartacus [la faisait à la vieille et injuste Bome; les Compagnons les. appellent les Révoltés; eux se nomment les Indépendants, Il n'y a chez eux aueun mystère, aucune initiation, aucune distinction. Leur chef ou président est nommé par «élection; sa présidence dure plus ou moins, c'est-à-dire autant que cela convient soit à lui, ~*it à la Société. Tous les membres de la Société nt égaux; malgré cette égalité, l'ordre et la lix sont loin de régner chez eux , ce qui prou-* rait peut-être qu'une hiérarchie bien enten-

luit pas dans une associalioa de Jeunet at i peu près m£ine fortune, même in»- , et pouvant par conséquent arriTer Ht à tous les ordres et à toutes les plar K retirer ensuite de celte société d ouo^ageurs, se tiier quelque part, et delembre d'une plus grande ;société , la k-ancaise.

it que les Sociétaires (c'est ainsi qu'il»

lent, pour abr^er), n'avaient point d'ii; cependant la Société des C^ortfon/iiers idants, après s'être formée sous l'invole Guillaume Tell, a fini par adopter les et des couleurs et par se rapprocher les du Compagnonage; d'autres sociétéa encore son exemple.

ourne à la masse du Compagnon âge ^ur connaître les généralités et les particular articles détachés, répéterai quelquefois; mais ces répétiendront très-peu d'espace dans ce livre it quelque utilité. Cest pour cela que je ermsttrai.

LA MËRE 1.

1 on compagnon va à la maison oîi la oge, mange et tient ses assemblées, il vais chez la mère. Si l'aabei^istecnes a Société est établie n'avait point de

indBiniDCDt de la min, oa a chez la cbirpeiillert 1 anlrei corp» d'élali, ia rartniui. Cr wnt àx* inléa vrd dei diaDilcn, oA lei Compagnon! Iraiallam luqnciiei lU vodI prcwin Iran Npu et tenir

femme, on dirait également en allant chez lui : Je vais chez la mère. On le voit , le mot mère foit non-seulement penser à la maîtresse de la maison, mais à la maison elle-même. Cela connu, je dirai : L'aubergiste est le père des Compagnons, sa femme est leur mère, les enfants de Fh^telier et les domestiques sont leurs frères et leurs sœurs. Tous les membres de la Société sont solidaires les uns des autres envers la mère jusqu'à un certain degré. On a yu des pères et des mères aimer les Compagnons comme s'ils étaient leurs propres enfants.

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