‹ Le livre du fellahChapitre 84 sur 104 · CINQUANTE-TROISIÈME LECON · texte numérisé non relu

CINQUANTE-TROISIÈME LECON

Hygiène. — Habitation. — Vêtement, ete,

150. Le corps. — Une bonne santé est absolument nécessaire au fellah et à sa famille. Un homme malade ne peut travailler, il ne peut gagner sa vie et celle des siens. En prenant certaines précautions propres à assurer le fonctionnement régulier des organes du corps, on a beaucoup de chance de se bien porter. Vous connaissez ces organes : l'estomac, les intestins digèrent les aliments. Du cœur part et revient le sang circulant dans de petits canaux appelés veines ou artères. Le sang porte la nourriture dans les diverses parties de notre corps. Nous respirons par les poumons et c’est aussi dans les poumons que le sang vient se revivilier; enfin notre peau est percée de petits trous appelés pores par où s'échappe et doit s'échapper la sueur. Il nous appartient de nous placer dans les conditions les plus propices au développement et au bon fonctionnement de nos organes.

151. L’habitation. — Le fellah vit soit sous la tente, soit dans le gourbi ou dans des maisons.

La tente est surtout utilisée par le fellah qui voyage avec ses troupeaux (fig. 106); cet abri est à la merci des orages, de la grèle, il est impossible de s’y préserver du froid en hiver ou de

la chaleur en été. Comme les habitants sont entassés les uns sur les autres, la contagion des maladies est plus à craindre: aussi pour les éviter, le fellah doit tenir l'intérieur de sa tente rigoureusement propre.

Le fellah sédentaire doit choisir avec soin l'emplacement où il va établir son habitation. Il ne construira jamais sur un terrain humide, l'humidité amène une foule de maladies; il faut

Fig. 115. — Habilalion indigène. Gourbi couvert de diss.

choisir une terre ne retenant pas les eaux à sa surface, un sol rocheux de préférence. Il ne faut pas bâtir sa demeure, gourbi oumaison, à proximité des mares d’eau, dans le lit des rivières dont les crues soudaines sont toujours à redouter; il faut la placer sur un endroit élevé, aéré et l’orienter de facon à éviter les vents violents.

La maison kabyle (fig. 116) et le gourbi (fig. 115), manquent d'air et de lumière; il faudrait des fenêtres, une porte plus haute, plus large, une cheminée par où s'échapperait la fumée. Trop souvent aussi dans la pièce unique du gourbi et de la maison kabyle, vivent ensemble bêtes et gens; les excréments du bétail, ses émanations, la fumée du foyer, rendent

Fig. 116. — Village kabyle. Maisons couvertes en chaume.

l'air irrespirable et peu favorable à la santé. La place du bétail n'est pas sous le gourbi ou dans la maison ; il faut lui réserver un abri couvert, dans la cour entourée habituellement d'une haie d'épines sèches, de jujubiers. L'intérieur de la maison et la cour doivent être d’une rigoureuse propreté; dans un coin éloigné de l'habitation, le fellah installera sa fosse à fumier de facon à n’en pas sentir les émanations.

152. L'alimentation. — Une nourriture suffisante et saine est nécessaire au fellah. C'est la farine de blé et surtout celle d'orge qui constituent la base de l'alimentation chez les indigènes (fig. 118). Le fellah pourra vivre plus largement lorsqu'il saura mieux travailler sa terre; celle-ci lui paiera généreusement ses soins. Le fellah peut encore améliorer el

Fig. 117. — Village kabyle, Maisons couvertes en terre.

varier son alimentation avec sa volaille et les légumes obtenus dans son jardin. I] faut éviter l'usage prolongé et presque exclusif de la gesse (djilbana) qui amène parfois de la paralysie. En faisant bouillir la graine et en rejetant l'eau de cuisson on atténue le danger de cet aliment.

Boisson. — La meilleure boisson est l’eau, mais il faut qu'elle soit limpide et pure. Lorsqu'on n’a pas d'eau pure à sa dispo-

sition, on la fait bouillir puis refroidir avant d'en faire usage. Le fellah devra veiller à ce que les abords de la source où il fait provision d’eau ne soient pas salis par toutes sortes d’immondices, que la pluie peut entrainer; il ne laissera pas piétiner les animaux dans la source : il ne faut pas non plus

Fig. 4118. — Moulure du grain. Le moulin se compose de deux meules dont celle du haut seule est mobile autour d’un pivot fixé au centre de la meule dormante. Le grain est introduit par le centre de la meule supérieure qui est mise en mouvement au moyen d’une cheville en bois fixée sur le côté; il est écrasé entre les deux meules. La farine est recueillie sur une peau de mouton placée sous les meules.

que l’eau destinée à la boisson circule dans des fossés à ciel ouvert (seguias) où le vent, la pluie jettent toutes espèces d'impuretés; quelquefois même ces fossés traversent des lieux habités dont ils recoivent les déjections, des cimetières méme : celte eau est dangereuse à boire.

C'est avec raison que les colons captent l’eau aussi pure que possible; ils l'enferment dans des travaux de maçonnerie et l'amènent par des conduits dans les endroits où ils en ont besoin. Le fellah devra bien se garder de détruire ou de laisser détruire les travaux de captation, les tuyaux et les robinets par lesquels l'eau est amenée pour satisfaire aux besoins de tous.

Il ne faut pas boire froid quand on a chaud, c’est s'exposer à de graves accidents; il ne faut pas boire avec excès et surtout n’avalez jamais une goutte d'alcool. Mangez et buvez, mais sans excès (sourate vi).

153. Les vêtements. — La propreté. — Le vèlement doit être ample et léger, il doit garantir de la chaleur et protéger d'un refroidissement brusque. La coiffure du fellah est bonne, Le fellah se couvre d’abord la tête d'un tissu léger (arraguiya), puis de plusieurs calottes de feutre, d'une chéchia rouge et enfin du haïk, sorte d’étoffe qui, liée autour de la tête par des cordes de chameau (brima, kheit), retombe sur le front et le cou. Cette coiffure protège très bien contre la chaleur, le froid, mais il faudrait que les différentes parties, les calottes de feutre principalement, soient toujours d'une propreté irréprochable.

Une sorte de chemise (gandoura, THADJELLABT), le burnous, le pantalon (seroual), les chaussures (sabbat) constituent un vêtement parfaitement approprié à notre climat, mais chaque partie doit être changée souvent et lavée.

Propreté. — Nous ne cesserons de le répéter, il faut être propre, c’est une des premières conditions pour se bien porter et l’on n'est vraiment homme et digne de ce nom que lorsque l’on est d’une propreté irréprochable.

En vous levant faites vos ablutions, que votre bouche, vos dents, vos yeux, vos oreilles soient d'une netteté parfaite, étendez vos ablutions, lavez-vous le corps; lorsque votre digestion sera faite, prenez des bains. Que votre corps soit propre, vous vous en porlerez nueur.

RÉSUMÉ

Le fellah doit prendre certaines précautions pour conserver la santé qui lui est nécessaire pour travailler. Le gourbi, la maison indigène manquent d'air, de lumière; des fenêtres, des portes larges et hautes, une cheminée sont nécessaires. Les bêtes ne doivent jamais habiter avec les gens; l’intérieur de l'habitation, la cour doivent être rigoureusement propres, Le fellah a besoin d’une nourriture suffisante pour travailler : en cultivant convenablement la terre, il se la procurera facilement. La meilleure boisson est l’eau, mais il faut qu'elle soit pure. I ne faut jamais détruire ou laisser détruire les ouvrages qui servent à capter et conduire l'eau. Il faut avoir le corps propre, ses vêtements propres, sa maison propre. La propreté est la mère de la santé.

QUESTIONNAIRE

Pourquoi la santé est-elle nécessaire au fellah? Comment peut-on conserver la santé? Quels sont nos principaux organes? Où s’abrite le fellah ? Parlez de la tente? Où le fellah sédentaire doit-il fixer sa demeure? Parlez du gourbi? De la maison kabyle? Quels sont leurs défauts? Comment y remédier ? Où doit-on mettre le bétail? Comment doit être tenue la cour de l'habitation? Comment doit se nourrir le fellah ? Quelle est la meilleure boisson ? Comment fait-on pour avoir l'eau aussi pure que possible? Quel est le vêtement du fellah? Pourquoi faut-il être propre ?

ENSEIGNEMENT PRATIQUE

Faire ressortir les défauts des habitations indigènes. Montrer comment le fellah pourrait y remédier sans grands frais. Montrer comment on se lave. Comment on peut être facilement très propre dans sa maison, sur ses vêtements, sur soi.

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