‹ Le livre du fellahChapitre 85 sur 104 · CINQUANTE-QUATRIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

CINQUANTE-QUATRIÈME LEÇON

Accidents et maladies.

154. Le médecin francais. — Maladies. — La variole. — Lorsque le fellah est malade il fait appel aux médecins indigènes (tebib, ampaout); mais à côté de ceux-là, le fellah ne doit pas oublier qu'il y a le médecin français, autrement instruit, autrement expérimenté que les atebba et IMDAOUIEN. La France soucieuse de votre bien-être, de votre santé, a placé près de vous ce médecin, qui est chargé de donner gratuitement ses soins au fellah indigent; vous avez déjà pu le voir dans les marchés que vous fréquentez, visitez-le plus souvent, appelez-le lorsqu'une maladie grave vous atteindra, frappera autour de vous; ne manquez pas de l’avertir lorsque vous apprendrez qu'une maladie contagieuse à fait son apparition parmi vous : ce sera peut-être la rougeole, la scarlatine (TABOUZOUGGAR’TH) que vos atebba et imdaouïen confondent entre elles, le choléra (bou chellal, louba), la variole (djedri, rAzZERZAIT), ete. À propos de cette dernière maladie vous avez une pratique fort dangereuse dont il faut vous débarrasser absolument. Lorsque l’un des vôtres a la variole, de gré ou de force, vous ouvrez les boutons du varioleux pour y prendre du pus que vous inoculez aux habitants du village; de cette facon vous risquez de propager la maladie qui cause

ainsi beaucoup de ravages. Le seul moyen de se préserver de la variole est de se faire vacciner, petite opération absolument sans danger que vous fera l'instituteur ou le médecin français.

155. Autres maladies. — D'autres maladies sont également fréquentes parmi vous. Il y à tout d'abord la fièvre intermittente (nafed, rnaouLa); cette maladie se développe surtout dans les lieux humides, marécageux, mal aérés; elle nous est transmise surtout par les piqûres d’un moustique. Aussi est-il nécessaire de combler tous les endroits où l’eau croupitet de ne pas s'installer à proximité des eaux stagnartes, car c'est dans ces mares que les moustiques se multiplient. Pour se guérir de la fièvre intermittente, on use d'une plante, la centaurée (nerraret el hanech, KeLiLoU) prise en infusion, et surtout d'un remède énergique, le sulfate de quinine, que vous trouverez près des médecins, des administrateurs, de vos maitres.

On remarque parmi les indigènes beaucoup de maladies d'yeux, beaucoup d'indigènes sont aveugles; cela provient d'ophtalmies (AT’AN BOUALLEN) essentiellement contagieuses. Il faut avoir grand soin de ses yeux. On ne portera jamais des mains sales aux yeux, on ne laissera pas les mouches se poser aux coins des paupières, on lavera ses yeux journellement avec de l'eau ayant bouilli, on évitera le contact des gens ayant les yeux malades, car la promiscuité propage la maladie : on évitera aussi la fumée du foyer, les émanations des fumiers qui font pleurer les yeux, les poussières qui les irritent, Quand on a mal aux yeux il faut consulter le médecin français.

Beaucoup de fellahs ont aussi des maladies de peau, de la gale (djerab), de la teigne (teferteça, guer’â). Le plus souvent ces

maladies proviennent de ce que vous ne tenez pas votre corps assez propre. La peau couverte de crasse s'irrite et il se forme des boutons. La gale est produite par une sorte de petit insecte qui s'introduit sous la peau où il circule en produisant de terribles démangeaisons. Pour se guérir de la gale il faut tenir son corps dans un état de propreté rigoureux, se laver énergiquement pendant plusieurs jours à l’eau chaude et au savon, il faut changer complètement de vêtements, et après s'être huilé le corps aux endroits où cela démange, on étend aux mêmes endroits de la fleur de soufre (kebrit) sous forme de pommade. Les malades atteints de gale, de teigne doivent consulter le médecin francais.

C'est par la propreté, en évitant la promiscuité, le contact et les attouchements suspects, la cohabitation dans un espace étroit avec des individus infestés, l'usage en commun d'objets de ménage jamais lavés, cuillères, tasses et vases à boire (1), ete., que l’on évite deux maladies qui sont fort communes dans la population indigène ; la phtisie (sohâf) et la grande maladie (AT'AN AMEK’ K'ERAN.) Pour la première il faut empècher les individus atteints de crachats dans le gourbi; et pour la seconde il faut recourir au médecin qui possède des remèdes d’une efficacité remarquable.

156. Accidents. — Avant d'entrer dans un silo, une cuve à vin, il faut y descendre une lumière; si la lumière s'éteint il y a danger, l'air est impur, irrespirable et il ne faut pas y pénétrer.

Quand on se brüle, il faut imbiber la brûlure d'huile mélangée avec de l’eau de chaux.

(1) Dicton arabe : Bois à la bouche d’une vipère, mais jamais à la bouche d'une outre.

Lorsqu'il y a fracture d’un os, on transporte le blessé avec de grandes précautions, et l'os brisé doit être maintenu dans la plus grande immobilité et arrosé d’eau en attendantle médecin.

En cas d'empoisonnement par des substances quelconques, on fait vomir le malade, en attendant l'arrivée du médecin francais. Les enfants peuvent s’'empoisonner avec les fruits de la jusquiame, de la belladone, avec le suc de l'addad, tiré de la racine d’un chardon et que les enfants utilisent pour Ja fabrication de la glu (eulk, lazouk). Il faut y veiller.

Lorsque l'on s'écorche, se blesse, il faut avoir grand soin de ne toucher la plaie qu'avec des mains très propres: il faut débarrasser cette plaie de toute souillure et la protéger par un pansement d'une rigoureuse propreté. Le plus souvent en effet les plaies sont très mal soignées, les indigènes les couvrent avec un bout de burnous, de haïk sale, avec du poil de chameau, de la laine, de la terre glaise, etc. Une écorchure ordinaire ainsi traitée peut se transformer en plaie dangereuse.

On cautérise avec un fer rouge les piqüres d'insectes et les morsures de serpents.

Si l'on est mordu par un chien que l'on suppose enragé, il faut s'emparer du chien suspect, de préférence à l'état vivant, en informer le maire ou l'administrateur, qui le fera visiter par le vétérinaire, et si le chien est enragé l'indigène sera envoyé à l'Institut Pasteur pour y être soigné.

157. L'hôpital. — Conclusion. — Enfin lorsqu'un des vôtres est malade, il faut lui réserver le meilleur coin de votre habitation et le laisser reposer dans un calme absolu. Malheureusement c'est dans ces moments pénibles que vous vous apercevez combien les habitations sales, sans air, sans

rois =

lumière, remplies de fumée et de mauvaises odeurs sont malsaines. I est plus difficile de guérir dans ces conditions, aussi ferez-vous votre possible pour transformer, améliorer votre demeure; en attendant vous Ja tiendrez aussi proprement que possible, puis vous ferez venir le médecin francais, vous suivrez strictement ses conseils et ne craindrez pas de lui demander de nombreuses explications afin de donner les remèdes convenablement. Si cela est nécessaire, le médecin enverra le malade à l'hôpital. L'hôpital est la maison de tous les malades, que par une sollicitude toute maternelle la France vous a ouverte. Dans cette maison vous trouverez les soins gratuits, dévoués et éclairés du médecin français à qui vous devez donner toute votre confiance, et soyez assurés que votre santé ne peut être en de meilleures mains.

RÉSUMÉ

Lorsque le fellah ou l’un des siens est malade, il devra voir le médecin français, plus #nstruit, plus expérimenté que les atebba et imdaouien. Le fellah avertira le médecin lorsqu'une maladie contagieuse viendra à se déclarer. Pour se préserver de la variole il faut se faire vacciner. On guérit la fièvre intermittente avec du sulfate de quinine. Il faut tenir ses yeux propres et se les laver avec de l’eau bouillie. Lorsque le corps est malpropre on prend des maladies de peau. Lorsqu'un accident arrive il faut aller chercher le médecin. En toutes occasions il faut suivre rigoureusement les conseils donnés par le médecin français et aller à l'hôpital s’il le commande. Le fellah doit avoir une confiance absolue dans le médecin français.

QUESTIONNAIRE

Que doit faire le fellah lorsqu'il est malade ? Par qui le médecin français a-t-il été placé près du fellah ? Que doit faire le fellah et que ne doit-il pas faire pour se préserver de la variole? Comment soignet-on la fièvre intermittente ? Quels soins exigent les yeux ? La peau? Que fait-on en cas de brûlure? De fracture? D’empoisonnement? De piqûres? De morsure de chien enragé ? Qu'est-ce que l'hôpital ? A qui le fellah doit-il l’hôpital? Comment soigne-t-on un malade.

ENSEIGNEMENT PRATIQUE

Vacciner les indigènes. Leur faire sentir la nécessité de faire appel au médecin français. Leur indiquer quelques remèdes très simples. Insister sur les avantages de la propreté.

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