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LA SÉCURITÉ ET LE FELLAH

Les qualités du fellah. — Associations agricoles.

161. La sécurité et le fellah. — Nous vous avons montré la nécessité de tirer meilleur parti de vos terres : dans ce but, nous vous avons fourni les connaissances qui vous permettront d'exercer mieux votre métier de cultivateur. Mais ces connaissances ne vous seront d'un réel profit que lorsque, ayant pris l'habitude de compter sur vous-mêmes, vous serez résolus et ardemment désireux d'améliorer votre situation, capables de persévérer dans l'effort nécessaire pour transformer votre manière d'exploiter la terre, et décidés enfin à travailler de concert avec nous Francais, pour mettre l'agriculture indigène dans les conditions les plus favorables à son développement.

Ne l’oubliez pas : Quiconque fait des efforts, les faits pour son propre avantage (sourate xxix), et ces efforts seront suivis rapidement d'heureux résultats si une parfaite sécurité règne au milieu de vous; c'est la condition essentielle de tout progrès.

En effet, si l’on n’est pas sûr de conserver le bien acquis par le travail, si chacun ment, trompe, si l'on ne peut se fier à personne, nos moindres efforts seront paralysés, annihilés : nous

resterons dans la misère et la vie ne sera plus qu'une longue inquiétude.

Tout ce qui contribue à diminuer la sécurité doit donc être éliminé; le vol sous quelque forme qu'il se présente ne doit pas exister, plus de bechchar : le bechchar n’est pas, comme on le nomme à tort, un porteur de bonnes nouvelles; lorsqu'il va offrir à l'indigène, au colon de lui désigner contre une somme d'argent l'endroit où se trouvent les bêtes volées, il commet le plus souvent une mauvaise action, parce qu'il est presque toujours complice du voleur et partage avec lui la somme ainsi extorquée. D'ailleurs le Koran proscrit énergiquement le vol. Quant au voleur, a-t-il dit, vous lui couperez les mains, comme rélribulion de l’œuvre de ses mains, comme châtiment venant d'Allah (sourate v, verset 42). Aujourd'hui on ne coupe plus les mains du voleur, mais on l’enferme en prison d’où il ne sort parfois qu'après de longs mois, déshonoré et bien plus pauvre qu'avant.

Donc pas de vols, pas de fraudes. Malheur à ceux qui faussent la mesure el le poids et qui, quand ils mesurent ou pèsent pour le compte de lacheteur, le trompent (sourate Lxxxu, versets 1 et3}. Soyons honnêtes et faisons de notre mieux pour acquérir les qualités plus particulièrement nécessaires à l’agriculteur. É

161 bis. Les qualités du fellah. — Il faut être /ravailleur, 1 faut être actif, l'agriculture n'aime pas les bras croisés ; dans une exploitation vous trouverez toujours à vous occuper, vous exécuterez d'une facon aussi parfaite que possible vos opérations culturales, vous recueillerez des engrais, vous ferez provision de fourrage et de bonnes semences, vous soignerez votre bétail, etc.; pendant les mauvais temps, vous construirez des abris, vous réparerez vos instruments de travail, ete.

Il faut être exact ; les travaux de l'agriculture sont variés et demandent à être faits en temps voulu, sous peine de s’exposer à des pertes; il ne faut donc jamais remettre au lendemain ce qui peut être fait le jour même. Il faut avoir de l’ordre, chaque chose doit avoir sa place; ainsi on ne perdra pas de temps à chercher. « L'ordre ménage le temps et l'argent, »

Il faut être économe; cela consiste à savoir dépenser utilement et à conserver ses ressources. Le Prophète a dit : Ve dé- VOTEZ pas entre vOUS VOS TeSSOUTCES en les dépensant en choses vaines; ne les portez pas non plus aux juges dans le but de consumer injustement le bien d'autrui. Soyons économes de notre temps et de notre argent, ne perdons pas en parlottes inutiles un temps précieux chez le kaouadji, au souk. Parmi les proverbes arabes Ibn-al-Awam cite celui-ci, « Le champ dit à son maître : Fais-moi voir ton ombre et cultive. » N'achetons pas des choses futiles, mais sachons faire des sacrifices quand il le faut : par exemple, sachons nous munir d'une bonne charrue afin d'exécuter de meilleurs labours; ce sera de l'argent bien placé qui se retrouvera sous forme de bonnes récoltes.

Il faut être prévoyant; il ne faut pas vous laisser vivre sans penser aux conséquences de vos actes. Certes il ne vous viendra pas à l'idée de faire manger à votre bétail votre blé, votre orge, lorsqu'ils sont sur le point d’être récoltés, car vous n’auriez plus rien à moissonner, et pas de grains, c’est la famine. Vous agissez pourtant de semblable facon lorsque vous faites manger à votre bétail l'herbe abondante sans en faire de provisions ; agissez pour vos animaux comme pour vous, faitesleur des réserves de fourrages comme vous faites provision de grains pour vous-mêmes.

Vous agissez encore en hommes imprévoyants lorsque vous

laissez vos troupeaux paitre dans les forèls; quelques pousses, quelques feuilles font sans doute le bonheur de votre bétail, mais c'est la mort des forêts, et un pays sans forêts, c'est un pays voué à la sécheresse, à l’inondation, à la mort. Imprévoyants vous êles encore, lorsque au lieu de le greffer vous abattez un olivier pour en vendre le bois, etc. Lorsque vous serez fellahs, dans tout ce que vous ferez, songez à l'avenir qu'il ne faut jamais sacrifier; vous penserez que la maladie pourra vous atteindre, que le malheur pourra vous frapper, et vous n’hésiterez point à faire partie des sociétés indigènes de prévoyance.

162. Sociétés indigènes de prévoyance et syndicats agricoles. — Vous savez comment sont constituées ces sociétés. Librement vous versez une cotisation annuelle en nature (grains) ou en argent. Vos versements en nature sont placés dans des silos dits de réserve. Ces réserves en grains et en argent servent à prêter assistance aux indigènes qui sont dans le besoin : on leur rembourse d’abord ce qu'ils ont versé, puis si cela est nécessaire ils sont secourus dans la mesure du possible et suivant les indications données par les notables du douar ou de la tribu. Mais le rôle de ces sociétés indigènes de prévoyance ne sé borne point là; celles-ci permettent aux fellahs intelligents de se préparer un meilleur avenir en accordant des prêts annuels en nature ou en argent, grâce auxquels ces fellahs ou kammès peuvent améliorer leurs cultures, améliorer et augmenter leur outillage, leurs troupeaux. De votre plein gré faites donc partie de la société indigène de prévoyance la plus proche, et dès que vos versements vous le permettront, seul ou uni à vos voisins, comme vous sociétaires, empruntez à votre sociélé et non à des usuriers pour

acheter une bonne charrue, un matériel de moulin à huile, un trieur, un tarare, etc., qui seront votre propriété et mis à la disposition des associés.

Faites partie également des syndicats agricoles : ces sociétés rendent de grands services aux cultivateurs.

En groupant les commandes de ses membres, le syndicat achète en gros, à de meilleurs prix, avec garanties de toutes sortes et avec moins de frais de transport, des grains, des semences, des instruments de culture, etc., qu'il revend ensuite au cultivateur à des prix inférieurs à ceux pratiqués par les commerçants de la région.

Le syndicat ou la société coopérative peuvent aussi organiser dans les meilleures conditions la vente en commun de tous les produits de ses membres, figues, huiles, œufs, raisins, etc. Vous voyez donc que l'intérêt immédiat du fellah est de conslituer des syndicats agricoles. Soyez assurés que peu à peu, gràce à vos connaissances, à vos qualilés et par la force de l'as-

socialion vous arriverez à l’aisance.

RÉSUMÉ

Pour que le tellah avec l’aide de la France améliore sa condition, il faut qu'il jouisse de la sécurité, que les vols, les fraudes disparaissent. Le fellah sera juste, honnête ; il acquerra les connaissances agricoles dans l’école française, il y prendra aussi certaines qualités qu'il aura soin de conserver et de développer lorsqu'il sera livré à lui-même. Il sera travailleur, eæact, économe, prudent, prévoyant. W ne manquera pas d'utiliser les sociétés indigènes de prévoyance el les syndicats agricoles pour améliorer ses cultures, pour perfectionner et augmenter son outillage, ses troupeaux, etc., et tirer meilleur parti de ses produits.

QUESTIONNAIRE

Comment le fellah peut-il améliorer sa situation? Pourquoi la sécurité est-elle nécessaire? Où acquerra-t-il les connaissances et les qualités nécessaires au bon fellah? Quelles sont ces qualités? Qu'est-ce que les sociétés indigènes de prévoyance? Les syndicats agricoles? Comment le fellah doit-il utiliser ces sociétés?

ENSEIGNEMENT PRATIQUE

Montrer les graves dangers du défaut de sécurité.

Montrer les avantages retirés par les fellahs faisant partie des sociétés indigènes de prévoyance et des syndicats agricoles.

Achat de charrues améliorées, de moulins et presses à huile (en association), etc.

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