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LE CAPITAL

Je vous ai énuméré les agents naturels et les richesses naturelles que Dieu a mis à la disposition de l'homme pour la satisfaction de ses besoins. C'est avec cela que Thomme^ par son travail, produit à son tour d'autres richesses et pourvoit à toutes ses nécessités.

Tout ce qui provient de ses mains, comme tout ce qui sort de la terre, est une richesse.

Mais l'homme tout seul serait le plus souvent incapable de produire. La transformation de la ; matière première en vêtement, habitation, meuble, ' ustensile, en produit quelconque de l'industrie, demande de nombreuses opérations auxquelles un seul individu ne pourrait pas suffire. Avant que la toison d'un mouton djevienne l'habit que vous portez, que d'opérations successives il a fallu !

Les hommes ont dû se réunir à plusieurs pour fabriquer un même produit auquel chacun coopère pour sa part. Mais il faut une unité de direction dans cette division du travail, sans q^uoi chacun opérerait à sa manière et on ne ferait rien de bon. Aussi y a-t-il un entrepreneur à la tête de chaque industrie qui requiert le travail de plusieurs ouvriers à la fois. Sa fonction est de rapprocher les divers éléments de la production, de fournir la matière première, de mettre en œuvre Tagent naturel ou l'instrument de travail et de distribuer la besogne entre les divers collaborateurs.

Ce rôle de l'entrepreneur exige un capital, c'està-dire l'argent ou les instruments de travail nécessaires à la production, depuis le moment où l'on se procure la matière première jusqu'au jour de la vente du produit qui rémunère le travail.

Le capital est donc nécessaire au travail.

A l'âge d'homme vous entendrez les révolutionnaires, les socialistes parler contre le capital. C'est une manière d'attaquer la propriété. Mais je vous ai déjà montré que sans la propriété, il n'y aurait pas de travail. Il en est de même du capital.

L'homme qui ne voudrait pas travailler s'il n'était assuré de la possession de son gain, ne le pourrait pas, s'il ne trouvait un concours dans autrui. Que feraient la plupart des ouvriers, s'ils ne trouvaient une usine, un atelier, la matière première, des outils pour travailler, en d'autres termes, s'il n'y avait pas quelqu'un qui eût les ressources suffisantes pour les mettre en mesure de travailler?

Il faut donc des patrons pour fournir le capital industriel.

Si le capital ne peut pas se passer du travail, le travail non plus ne saurait exister sans le capital.

Il est de l'intérêt du patron et de l'ouvrier de s^entendre. Sans cette entente, il n'y a pas de bonne organisation du travail.

Le capital se forme et s'accroît par l'épargne. L'épargne est formée de ce que Ton retranche à ses besoins et à ses plaisirs ; ce sont les profits que Ton ne consomme pas.

Un filateur gagne douze mille francs par an. S'il se contente de dix mille pour sa dépense, il économise deux mille francs sur ses profits et il en augmente d^autant son capital. L'année suivante, avec «on épargne il achètera une plus grande quantité de matières premières qu'il façonnera par son industrie, il emploiera plus d'ouvriers. Au lieu de gagner douze mille francs il en gagnera quinze. Ne dépensant pas plus, il épargnera cinq mille francs qu'il emploiera au même usage, et ainsi il accroîtra d'année en année son industrie et son capital. Au bout de vingt-cinq ou trente ans il aura acquis une fortune qu'il laissera à ses enfants.

En employant son épargne en avances produc- • tîves, on augmente son capital et par là même ses profits. C'est la règle de l'industrie et du commerce.

L'ouvrier aussi doit épargner pour ses enfants, pour^ ses vieux jours.

Quelques sous retranchés au gain de chaque jour font à la fin de l'année une petite somme. Cette somme placée à la caisse d'épargne rapporte des intérêts; chaque année elle s'accroît de la même quantité et produit de plus gros intérêts. En augmentant la somme, on peut laisser les intérêts s'accumuler. Au bout d'un certain nombre d'années la somme amassée sou à sou aura doublé.

La caisse de retraite pour la vieillesse assure à l'ouvrier, au petit marchand, une rente à la fin de sa vie. Moyennant un versement annuel plus ou moins fort effectué à la caisse d'épargne à partir d'un certain âge, il a droit à une retraite qui va jusqu'à i5oo francs. En cas de mort prématurée, les sommes versées par lui sont restituées à sa famille.

L'ouvrier s'il ne peut devenir riche, peut du moins, par son travail, sa sobriété, son économie, procurer plus d'aisance à sa famille et s'assurer une honnête existence pour la fin de ses jours.

Il me semble, mes enfants, que vous avez maintenant une connaissance suffisante de votre pays, une idée assez exacte des choses de la famille et de la société.

Vous savez dans quel monde vous entrez, sous quelles lois vous êtes appjelés à vivre, quels avantages vous pouvez tirer de cette société dans laquellevous êtes placés.

Je vous en ai dit assez sur les devoirs de citoyens, îl me reste, pour finir, à vous parler de vos devoirs d'hommes.

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