CHAPITRE II
UHOMME.
LES DEYOIRS EUVERS DIEU.
Vous êtes venus au monde, mes enfants, par votre père et votre mère; c'est par eux que vous vivez. Eux-mêmes tiennent l'existence de leurs parents, et ceux-ci d'autres encore , et toujours ainsi de génération en génération, jusqu'au premier homme qui fut créé par Dieu.
Il fut un temps où vous n'étiez pas. Pour tout homme, comme pour vous, le néant a précédé l'être. Le genre humain ne serait pas sorti du néant sans le Créateur. C'est Dieu qui nous a faits, ce n'est pas nous qui nous sommes faits nous-mêmes. ^
Vous savez déjà cela ; mais pensez-y souvent : c'est le point capital de la vie.
Puisque nous venons de Dieu, nous sommes à Dieu. Nous avons tout reçu de lui, donc il a tout droit sur nous.
Je vous ai déjà parlé de cette charte des principes de la Révolution qu'on appelle la « Déclaration des Droits de l'homme. » Il y est dit : « Tous les hommes naissent libres, d
Non, les hommes ne naissent pas libres; en naissant ils appartiennent à Dieu. Est-ce que le vase n'appartient pas au potier qui l'a fait?
Les premiers droits sur l'homme sont les droits
l'homme. 377
DB Dieu et les premiers devoirs de Thomme sont
ses DEVOIRS ENVERS DlEU.
Ne cherchez pas à en savoir davantage sur ce qui est bien et mal. Rien de plus simple pour une conscience droite.
Ce qui est bien, c'est ce qui mène à Dieu; ce qui est mal, c'est ce qui en détourne.
Vous voulez savoir s'il est bien ou mal de s'abandonner à ses passions, à ses convoitises, d'être gour* mand, paresseux, débauché, avare? Répondez vousmêmes : la gourmandise, la paresse, la débauche, l'avarice, ont-elles Dieu ou rhomme pour objet? C'est à l'homme, n'est-ce pas, qu'elles se rapportent : donc là n'est pas le bien.
Si l'homme était à lui-même sa propre fin, rien ne lui serait plus permis et plus naturel que de satisfaire sa passion et de s'attacher aux biens corporels. Est-ce qu'on reproche aux animaux d'être gourmands et paresseux? Pourquoi donc les mêmes choses qui sont permises aux animaux sont-elles considérées comme mauvaises pour les hommes?
C'est qu'elles ne sont pas en rapport avec la fin de l'homme.
Comme il est le principe de l'homme, Dieu est aussi sa fin ; c'est-à-dire que l'homme qui vient de Dieu a été créé pour Dieu : de là ses devoirs envers le souverain créateur et maître.
Si les hommes ne perdaient pas de vue leur fin dernière, ils seraient plus sages.
Entre la naissance et la mort il n'y aurait pour eux que Dieu, et considérant le terme de leur existence, ils dirigeraient toutes leurs actions vers ce but suprême.
Alors leur vie serait vraiment raisonnable. II faut être fou pour oublier que l'on vient de Dieu et que l'on va à Dieu.
Mais comment se diriger dans la vie vers ce but final?
Ecoutez bien, mes enfants. L'homme a reçu de Dieu lui-même la règle de ses actions « Quelle règle ? direz-Yous. Celle que nous donne la loi morale gravée d'abord par Dieu dès Torigine dans le cœur de rhomme, puis promulguée expressément au peuple juif, et enfin complétée et transformée par Jésus-Christ.
Cette loi nous enseigne ce qu^il faut faire pour aller à Dieu.
L'homme n'a pas besoin qu'on lui dise que c'est mal de se livrer à l'intempérance, à la luxure, à l'avarice, à la colère; il y a au dedans de lui-même une voix qui l'en avertit. Cette voix c'est la conscience.
La conscience dit à l'homme qu'il est mal de s'abandonner à ses mauvaises passions, parce que la conscience juge de ce qui est bon ou mauvais à la lumière de la loi morale.
Ainsi nous ne pouvons pas nous tromper sur nos actions. Nous avons en nous-mêmes un moyen infaillible de nous conduire dans la vie.
En faisant le bien et en évitant le mal, nous allons sûrement à Dieu, notre fin dernière.
Toutefois nous avons la liberté du choix. Dieu en nous créant nous a laissés maîtres de nos actions, arbitres de nos destinées.
Mais si nous sommes libres, nous sommes aussi responsables.
Il n'y aurait pas de mérite s'il n'y avait pas de liberté, et pas de liberté s'il n'y avait pas de responsabilité.
Ce qui donne de la valeur au bien que l'on fait, c'est que l'on était libre de faire également le mal. Je pouvais m'enivrer, me rendre semblable à la brute ; je ne le fais pas, je m'abstiens de boire avec excès, je reste homme : voilà le mérite.
L'acte n'est bon ou mauvais que par la volonté de celui qui le fait. Je m'enivre volontairement : je
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fais mal ; on me contraint par force à boire outre mesure : je ne fais pas mal.
Mais puisque Thomme a la faculté de faire le bien ou le MAL, qu'est-ce qui le détermine à faire Tun plutôt que Tautre? Sa conscience lui dit de faire le bien et de s^abstenir du mal. Mais pourquoi écouterait-on la conscience, sHl est plus agréable de faire le mal que le bien, si F intérêt l'emporte sur le BByoïR ? Pourquoi s'abstenir de ce plaisir q :c la conscience condanmc, mais que la nature sollicite? Pourquoi obéir à la conscience plutôt qu'à la nature?
Ni la conscience qui dicte le bien, ni la loi qui Tordonne ne suffiraient à déterminer l'homme, si cette loi au nom de laquelle parle la conscience, n'a* vait une sanction.
Qu'est-ce qu'une sanction? c'est la récompense ou la peine attachée à l'accomplissement ou à la violation de la loi, c'est ce qui en assure l'exécution.
Pour me priver du plaisir ou des avantages que peut me procurer le mal, il &ut un motif supérieur qui m'en détourne.
Ce motif n'est pas en moi. L'homme est porté naturellement à satisfaire ses désirs, à chercher des jouissances; s'il n'écoute que son penchant, il le suivra. La satisfaction de conscience qui accompagne la bonne action, le remords qui suit la mauvaise, ne suffiraient pas non plus à faire préférer le bien au mal; car on pourrait trouver plus de jouissance à satisfaire son désir, sa passion, qu^à obéir à sa conscience, préférer le mal avec le remords, au bien avec la paix de l'âme : c'est ce qui arrive à bcau- <soup d'hommes.
I^ bonne opinion des hommes, la crainte des gendarmes et des tribunaux seraient encore bien souvent des motifs insuffisants pour faire préférer le devoir à l'intérêt, la vertu au vice. On peut faire le mal sans être vu, on a chance souvent d'échapper
à la justice et Ton peut toujours faire impunément le mal qui ne tombe pas sous le coup de la loi humaine.
Cette loi est impuissante à eng^ager les hommes à bien faire et à les détourner de mal faire. Elle punit la faute, mais elle ne peut empêcher de la commettre. Encore ne punit-elle que la faute extérieure, celle qui nuit à autrui, mais elle n'atteint ni les actes secrets, ni les fautes cachées et encore moins les intentions.
La loi humaine ne fournit donc pas une sangtiov efficace et complète aux obligations de la conscience.
U n*7 a qu'une sanction qui puisse en tout et toujours déterminer les hommes au bien plutôt qu'au mal, c'est la crainte des peines et Tespoir des récompenses dans une autre vie où le souverain maître de toutes choses, celui qui a créé les hommes et qui les jugera, rendra à chacun selon ses œuvres, c'est l'attente des jugements de Dieu, la perspective du bonheur ou du malheur étemel.
Dieu donc est la suprême sanction de la loi morale. Sans lui les obligations de la conscience n'auraient pas d'autorité.
Ainsi Dieu domine toute la vie de l'homme; il est son principe, il est sa loi, il est sa fin.
Ayez toujours, mes enfants, cette vérité gravée dans vos esprits et dans vos cœurs. Elle vous rappellera les droits de Dieu sur vous et vos devoirs envers lui; elle réglera toutes vos actions, et vous fera remplir l'objet de votre vie sur la terre.
Puisque Dieu est tout pour l'homme, Thomme doit tout à Dieu. Il lui doit son respect, son obéissance, son amour; il lui doit l'hommage de tout son être.
Ici vous n'avez qu'à vous rappeler les enseignements du catéchisme.
Le culte que l'homme doit k Dieu est un culte de reconnaissance, d'adoration et de prière.
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L*ÉgIise, qui parle au nom de Dieu, nous apprend à remplir complètement nos devoirs envers lui en nous enseignant à observer en toutes choses sa loi et à lui rendre le culte qui lui est dû. Vous devez récouter.
Voici ce que je vous dirai seulement. Pénétrezvous bien dès votre enfance de la pensée de Dieu. Que cette pensée remplisse votre vie.
Dieu est présent partout, il nous voit, il nous entend, il pénètre au plus profond de notre cœur, il connaît nos intentions et juge tous nos actes.
Il remplit tout : nous sommes, nous vivons, nous nous mouvons en lui.
Considérez sans cesse la grandeur de ce Dieu infi« niment parfait et tout-puissant, créateur du ciel et de la terre, mattre souverain de toutes choses, et voyez en même temps le peu que vous êtes devant cette majesté infinie.
Craignez Dieu par-dessustoutes choses, et vous éviterez le péché : « Celui qui craint Dieu fera le bien. »
Ayez horreur de blasphémer son saint nom et même ne le prononcez jamais qu*avec respect.
Ce nom est au-dessus de tous les noms. Les bourreaux qui torturaient le saint martyr Attala de Lyon, lui demandèrent par dérision comment Dieu s'appelait. « Dieu, répondit Théroïque chrétien, n-a pas de nom comme nous autres mortels. » Son nom est au-dessus de tous les noms.
Aimez Dieu plus que tout le reste, vous rappelant ce qui est dit dans TEvangile :
« Vous AIMEREZ LE SeiGNEUR VOTRE DiEU DE TOUT VOTRE COEUR, DE TOUTE VOTRE AME ET DE TOUT VOTRE
ESPRIT. C'est le plus grand et le premier précepte. »
Aimez Dieu avec vénération, aimez-le aussi avec tendresse. Que ce Dieu infiniment bon soit pour vous le père du ciel.
Pensez à lui toujours ; priez-le en vous éveillant
priez-le en vous couchant. Associez-le à votre vie ; qu^il soit avec vous dans votre travail et dans votre repos, dans vos peines comme dans vos joies. Qu'il vous dirige dans toutes vos actions.
Le bien, c*est ce qui tious rapproche de Dieu; le mal, ce qui nous en éloigne. Yoilà la règle souveraine du devoir pour T homme.
Rappelez-vous qu'il faut obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes, y allât-il de votre vie.
Vous diriez, s'il le fallait, comme saiiit Maurice» le vaillant chef d'une légion de soldats chrétiens que Tempereur Maximien voulait employer dans les Gaules à la persécution de la foi chrétienne :
« Empereur, nous sommes tos soldats, mais en même temps * et nous nous faisons gloire de le confesser b|btement, nous sommes les senriteurs de Dieu. A vous nous devons le service militaire; à lui l'hommage d'une vie sans péché. De vou» nous recevons la solde de nos travaux et de nos fatigues; de lui nous tenons le bienfait de la vie. C'est pourquoi nous ne pou* vons, 6 empereur, vous obéir jusqu'à renier le Dieu créateur de toutes choses, notre maître et notre créateur, qui est aussi le vôtre, que vous le vouliez ou non. Ne nous contraignez pas à Toffenser, et vous nous trouverez comme nous l'avons toujours, été, prêts à suivre tous vos ordres. Autrement, sachez que nouslui obéirons plutôt qu'à vous. »
Que ces paroles restent gravées dans votre esprit. Vous devez avant tout servir Dieu, le Maître des maîtres, et ne jamais transgresser sa loi, la première des lois.