I. Bossueti Politique tirée de P Ecriture sainte
Je vous ai dit ce qu'il faut aimer dans la patrie : la terre, le pays natal, la famille, les traditions, les souvenirs, tout le passé; il faut encore aimer les ancêtres, ceux que 1 on n'a pas connus, et les descendants, ceux que l'on ne connaîtra jamais ; ils sont notre race, notre sang; il faut aimer le nom de son pays, France la douce, comme disaient nos vieux poètes; il faut aimer son bien, son honneur et le drapeau qui en est le symbole. Toutes ces choses sacrées, il faut et l'on peut les aimer toujours, malgré les épreuves auxquelles les misères du temps et les torts des gouvernements exposent le patriotisme des meilleurs citoyens. La France est audessus des injustices et des hontes que peuvent lui faire subir des pouvoirs de rencontre, elle mérite d'être aimée pour elle-même, toujours et par tous.
Quand je vous ai expliqué comment se sont formées les sociétés politiques qu'on appelle les nations, vous avez compris que la première condition pour qu'elles subsistent, c'est que chacun de ceux qui la composent y mette du sien. Il est donc nécessaire, en premier lieu, de se soumettre au pouvoir qui maintient l'union entre les membres de la société et fait de la multitude des individus et des familles une nation, un peuple. Ce pouvoir, quel qu'il soit, de quelque nom qu'il s'appelle, royauté, empire ou république, s'exerce au moyen de la loi.
La loi, c'est la règle des actions établie par l'autorité légitime pour le bien général. Il faut obéir à la loi : c'est notre premier devoir public. « La loi civile oblige donc la conscience, non en vertu de la volonté du souverain, car les hommes ne peuvent lier les consciences, mais en vertu de la volonté de Dieu qui, voulant la société civile, veut par là même l'observation de la loi civile, sans laquelle la société civile ne saurait subsister*. »