‹ Le livre du jeune françaisChapitre 72 sur 116 · I. Le Manuel d'instruction publique de "SIU Paul Bert · texte numérisé non relu

I. Le Manuel d'instruction publique de "SIU Paul Bert

l'an 1000 ou tlOO. Cette attache du serf à la glèbe fut le dernier acheminement de la servitude à la liberté.

L^esclave autrefois était attaché à la personne;, il appartenait à son maître corps et àme. Sous Tinfluence de la féodalité, l'esclave déjà moins malheureux est attaché à la ten*e, c'est-à-dire qu'il en dépend. Mais là, la loi féodale le protège. En l'attachant au sol, elle l'arrache aux caprices d'uu maître, et il était aussi difficile d'arracher un serf de sa te-^ nure qu'un seigneur de son fief. C'est pour son bien que le serf était attaché à la glèbe ; cette glèbe c'était une bonne terre, une tenure, comme l'on disait, qu'il cultivait à son profit, comme colon,^ moyennant certaines redevances au seigneur. Que de pauvres gens aujourd'hui, malgré Ja qualité de citoyen libre et d'électeur que leur confère pompeusement la loi, voudraient bien être ainsi attachés à la glèbe !

Mais voici mieux. Peu à peu, par suite de cette occupation indéfinie de la terre par le serf qui cultive le sol et y demeure malgré tous les chang^ements de propriétaire, il s opère a son profit une appropriation de la terre. De colon permanent il devient propriétaire et s'élève jusqu'à la condition d'homme libre.

D'un autre côté, une multitude de serfs sont successivement affranchis par les seigneurs ecclésiastiques et laïques, et reçoivent des terres à cultiver qu'ils possèdent moyennant redevances.

Un mouvement général d'ÉMAwciPATioN se produit en même temps que s'établissent les associa^ lions de la paix d'où devaient sortir les communes avec leurs libertés. Du commencement du dixième siècle à la fin du treizième, le servage disparaît à peu près complètement de la France. Des affranchissements individuels et en masse enlèvent la dernière restriction qui existait à la liberté et à la propriété.

La liberté est déclarée de droit naturel en 1 3 1 ô et 1318 par Louis X et Philippe V. Remarquez que c'était cinq siècles environ levant la « Déclaration des droits de rhomme ». Je >ous parle d'après nos plus savants auteurs *• Il faut les en croire : ceux-là ont compulsé tous les vieux documents du moyen âge où la plupart de ceux qui accusent le passé ne • pourraient même pas lire.

Ecoutez seulement Tun d'eux :

De bonne heure, les pajsans sont rendus à la liberté; dès le onzième siècle le servage a disparu de nos campagnes ; à partir de cette époque il subsiste bien encore quelques redevances et quelques services personnels , mais le plus grand nombre est attaché à la jouissance de la terre. Dans tous les cas, les obligations tant réelles que personnelles sont nettement définies par les chartes et les coutumes. Le paysan les acquitte sans répugnance, il sait qu'elles sont le prix de la terre ; il sait aussi qu^il peut compter sur Taide et la protection de son seigneur.

Mais enfin, ces serfs dont Voltaire a fait tant de bruit, ces fameux serfs au nombre, dit-on, « d'un million et demi », libérés par la Révolution, où étaient-ils donc ? Mettons qu'il y en avait quelques milliers. C'étaient de petits groupes de serfs, point du tout misérables d'ailleurs, qu'on trouvait en Franche-Comté, en Lorraine, dans les contrées qui étaient réunies à la France depuis moins d'un siècle et qni n'avaient point participé au bénéfice de Témanci- 'pation. Les mainmortables qui restaient ça et là n'étaient pas des serfs comme on l'entend aujourd'hui.

I. B. Gaérard, Poijrp tique de Pahlé Irminortf id. Cartulaîre de saint Père de Chartres; liatalis de Wailly, Cartulaiie de saint Ficior de Marseille; Mazure, Fors de Béarn; H. Doniul, Cortulaire de Brioude / L. Delisle, Etudes sur la condition de la classe agricole en Normandie: Tardif, Cours de droit féodal ; Littré, Les barbares et le moyen âge ; de Beaurepaire, Notes <$/ documents couceinant Vétat des campagnes dans la Haute- Normandie dans les derniers temps du moyen âgef etc., etc.

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