I. Taine, Let origines de la France contemporaine
l'égalité. 279*
Voilà quel usage les seigneurs faisaient souvent de leurs droits.
Aujourd'hui, mes petits amis, les gens des villages et des bourgs ne payent plus de tailles ni de BANALITES au seigueuT, ni de dîme au curé et à Tabbaye; mais quand une paroisse veut un autel, des vitraux, un orgue, une bannière, une chasuble^ une cloche, il faut que la fabrique trouve de l'argent pour cela et qu'elle en demande ; quand une commune veut rebâtir son église, avoir une école, un hôpital, il faut qu'elle emprunte et qu'elle s'impose de lourds centimes additionnels qui valent bien les DÎMES et les banalités.
Répétez cela au père Naquart quand vous le rencontrerez. Vous pourrez lui dire encore que tous les droits seigneuriaux, y compris ceux que l'État s'est mis apercevoir de son côté, à mesure qu'il se substituait à la féodalité, n'étaient pas l'équivalent des impôts d'aujourd'hui et que, somme toute, mieux valait encore les privilèges supportables de la noblesse que l'égahté de charges beaucoup plua lourdes.
Au fond de tout cela qu'y a-t-il? L'impôt, quelque forme qu'il ait eu, a toujours paru onéreux. On maudit aujourd'hui le percepteur et les employés des contributions indirectes comme on a pu maudire autrefois le seigneur. Dans l'ancien régime, les
Î)opulations furent plus d'une fois appelées à exposer eurs griefs ; au siècle demie)' surtout, on constate des plaintes dans les cahiers des Etats généraux. Il faut s'en défier un peu. Les paysans à qui Ton a demandé de rédiger leurs réclamations et leurs doléances ne s'en sont pas fait faute , ils ont naturellement cherché tous leurs griefs, ils ont étalé tous leurs maux^
C'est là-dessus souvent qu'on juge tout le passé»