I. Babeau, Le village sous V ancien régime
Que serait-ce aujourd'hui, malgré Tégalité de tous devant la loi, si Ton admettait Tagriculture, le commerce, rindustrie, la propriété et le capital à faire entendre leurs doléances sur l'impôt! Le père Na» quart lui même se plaindrait.
Voulez-vous savoir en quoi, sous le rapport de l'impôt, le présent diffère du passé et ce q^^ue l'on doit à l'égalité devant la loi? Je vais vous le dire. Tout compte fait, l'impôt est aujourd'hui plus élevé
3u'autrefois ; seulement, il est à la fois plus régulier ans son assiette et sa perception et moms apparent. Il semble aussi moins odieux, depuis qu'il a perdu son caractère de redevance personnelle ; on ne l'acquitte pas envers une personne déterminée, comme les taiues seigneuriales et les dîmes, on le paie à l'État, c'est-à-dire à tout le monde, sous toutes les formes et le plus souvent sans que l'on s'en aperçoive. On le t^oit, on le mange, on le respire, on en est, pour ainsi dire vêtu, et on loge comme dedans. Car la nourriture, la boisson, le vêtement, le logement et jusqu'à l'air et la lumière du ciel, tout est assujetti à l'impôt.
Vous n'êtes plus obligé de donner la dîme de vos gerbes, mais votre blé va de lui-même payer l'impôt là où vous l'envoyez ; vous ne payerez plus de droit de mouture au moulin banal, mais le pain que vous mangez est pétri d'impôts ; vous n'acquitterez plus de droits de péage pour passer sur les ponts et les routes, mais vdbs êtes un impôt ambulant. La grande affaire, c'est que l'on ne sait pas le plus souvent à qui on paie. L'impôt sur les objets de consommation, le plus lourd de tous, se confond avec le prix des denrées : il passe presque inaperçu, parce qu'il existe sur presque toutes les choses dont on use, et qu'on ne peut reconnaître ce qui est de l'impôt et ce qui est du bénéfice du marchand.
Le Français est de tous les peuples de l'Europe celui qui paie le plus d'impôts. La moyenne est
d'environ 100 fr. par personne ; or, il s'en faut que le revenu moyen de tous les Français soit de 1000 fr. Cest donc plus du dixième du revenu général qui est perçu pour l'impôt.
Je vous ai dit que Timpôt est nécessaire et juste en principe. Il faut donc l'acquitter ; seulement il
impôt
voyez bien que j'avais raison de n'être pas de l'avis du père Naquart.
« Mais, dit-on encore, en outre des impôts dus aux seigneurs il y avait les impôts dus au roi pour les services généraux de l'État. Il y avait toute sorte détaxes, la gabelle, les aides, la taille, sans compter la CORVÉE DU ROI. Eucorc sî tout le monde avait payé également ! Mais non, le pauvre peuple seul
Sayait pour la. terre ; les nobles et le clergé , rien u tout, et ils possédaient les deux tiers ou territoire. A-t-on jamais rêvé une injustice pareille ? 11% écrasaient leurs paysans d'impôts qui doublaient ceux du roi et ils n en payaient pas eux-mêmes M » Cest tout à fait comme l'article de journal que lisait le père Naquart, mais ce n'est pas tout à fait comme la vérité,
La GABELLE, Ics AIDES étaient quelques-uns de nos innombrables impôts indirects, ils atteignaient tous les consommateurs, nobles et prêtres, comme les autres*. La taille ne frappait que les biens ROTDRi£RS, mais ce n'est pas à dire pour cela qu'elle ne frappait pas les nobles ; car ceux-ci possédaient beaucoup oe ces biens qu'on appelait roturiers par opposition aux fiefs seigneuriaux. Le clergé, en pnncipe, était exempt de la taille ; mais il avait particulièrement à sa charge 1q culte, l'instruction