‹ Le livre du jeune françaisChapitre 95 sur 116 · Babeau^ Le village^ etc · texte numérisé non relu

Babeau^ Le village^ etc

poser pour payer des maîtres et des maîtresses d'école là où il n'y en avait pas. Des congrégations religieuses, notamment l'admirable institut des Frères de la doctrine chrétienne, se fondèrent pour l'enseignement du peuple. Sous Louis XVI, 1 instruction était répandue jusqu'au fond des campa« gnes. On constatait alors que : « Il y a peu de paroisses qui n'aient un maître d'école ^ » .

Sans doute, il ne faudrait pas comparer nos écoles à celles d'autrefois. Les nôtres, sont en général plus belles, mieux construites, mieux tenues. C'est un progrès. Aujourd'hui on tient plus au bien-être, on regarde davantage à l'hygiène. L'instruction est aussi plus étendue, plus variée. Est-elle meilleure ? Je ne voudrais pas le dire pour le moment ; espérons qu'il en sera ainsi plus tard.

Jadis, le peuple n'apprenait aux écoles que les choses dont il avait besoin pour son usage : la lecture, l'écriture, le calcul, le chant, le catéchisme. On y a ajouté aujourd'hui tout ce que vous savez. Mais l'instruction du peuple se complétait en dehors de l'école par des moyens que nous ne possédons plus. Par exemple, les sculptures, les vitraux, les peintures des églises étaient un livre toujours ouvert et accessible à tous. Les enfants, les bonnes femmes, les petites gens , mieux instruits qu'aujour d*hui des choses de la religion, de l'histoire de l'Eglise et de la vie des saints, savaient y lire, a C'étaient, comme l'a dit le sculpteur David d'An-

Îfers, les archives du peuple. » Ce grand et beau ivre populaire est à peu près fermé pour nous aujourd'hui ; on ne le comprend plus, on ne le regarde plus.

Le peuple avait encore pour l'instruire les grandes représentations des mystères qui l'initiaient à

I. Perreau, Instruction du peuple, dans Des EtsartSi Dictionnaire de fwlice.t.yilU

riiistoire * religieuse et nationale et à la théologie, puis les nombreuses prédications des moines de tout ordre, à l'église et en plein air, où il se formait aux notions de la morale chrétienne, à la pratique des vertus ; enfin ces poèmes grandioses, appelés CHANSONS DE GESTE, qui chautaicut les exploits de Charlemagne et de ses douze pairs, de Roland, du roi Arthur, de tous les anciens héros, et qui étaient pour la foule avide d'entendre les ménestrels et les troubadours comme une école perpétuelle de patriotisme, de vertus civiques et de candeur morale.

Dans le passé, Finstruction pubhqùe donnée gratuitement, libéralement, a été un fruit de la charité. L'enseignement des ignorants était compté parmi les œuvres de miséricorde spirituelle, et tout chrétien, on peut le dire, depuis les grands docteurs des Universités jusqu'à la plus humble bonne femme de village, s'en acquittait par esprit de religion et dans la mesure de ses moyens.

Comme la charité, l'instruction est devenue aujourd'hui une affaire administrative. La fraternité chrétienne n'y a presque plus de part, au moins ein ce qui concerne l'enseignement public, où tout est salarié.

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