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DU TRAVAIL

Pendant que vous êtes à recelé, mes petits amis, vos parents se demandent pour chacun de vous : Que ferons-nous de nos enfants ?

Plus tard il vous faudra travailler, avoir un métier, une profession.

Il faut travailler pour vivre : c'est la condition commune.

Quelques hommes, qu'on appelle les privilégiés de la fortune, trouvent en naissant un patrimoine qui les dispense de rien faire pendant leur vie : c'est le petit nombre. Encore ces heureux du monde ont-ils à s'occuper de leur fortune, à faire valoir leurs terres, leurs capitaux ; la vie de ces riches n'est pas tout à fait sans emploi.

D'autres hommes, sans avoir la fortune, ont joui d'une aisance qui leur a permis de recevoir une instruction complète. Grâce à la position de leurs

parents et à leurs études, ils deviennent notaires» avocats, ingénieurs, médecins, magistrats, fonctionnaires, officiers, écrivains, artistes, professeurs : ce sont là les carrières libérales. Souvent elle causent

{Ans de peines, plus de fatigues, plus de soucis que es travaux manuels.

Le commun des hommes est appelé â travailler de ses mains, à exercer un métier, à avoir une industrie, un commerce quelconque.

Il y a comme vous le voyez, des inégalités de condition dans la société.

Ces inégalités sont des nécessités. Les unes tiennent à la naissance, les autres aux circonstances.

Vous comprenez que les hommes naissent plus ou moins riches, plus ou moins forts, plus ou moins intelligents.

Il ne dépend de personne de naître d*une manière ou d'une autre ; personne ne peut rien changer non plus à ces inégalités qui résultent de la naissance.

Voilà, par exemple, le forgeron ; c'est le plus fort du bourg, il est né comme cela : on n'y peut rien. Il faudrait pour l'empêcher d'être plus fort que les autres lui couper le bras, mais ce ne serait

Kas juste, n'est-ce pas ? De même, pour le fils de [. de Saint-Charand, qui est né le plus riche du pays : il ne serait pas plus juste de lui prendre une partie de sa fortune.

Les circonstances déterminent aussi des inégali* tés parmi les hommes. J'ai connu M. Lagrange, notre médecin, quand il était jeune; nous allions à l'école ensemble. Ses parents étaient pauvres, maîsil était très intelligent. M. le curé le remarqua parmi tous les enfants du catéchisme ; il parla de lui à M. le maire et tous deux décidèrent qu'il fallait lui faire faire des études. Grâce à la générosité de ce bon maire, de M. le curé et de quelques per* sonnes, on le mit en pension à la ville, et il y fit de brillantes études; de là il alla étudier la médecine

là Paris, non pas comme tant de jeunes gens qtà

f>erc[ent leur temps et Targent de leur famille et eur santé même, dans les plus vilains plaisirs, mais avec conscience, avec ardeur, pour reconnaître la bonté de ses bienfaiteurs et se rendre utile un jour à la société. Après avoir longtemps appris et pratiqué à l'école des plus célèbres professeurs de PariSi, il est revenu s'établir médecin au pays. Telles sont, vous le savez, son habileté, son expérience, sa réputation qu'on vient à lui de tous les environs., et s'il n'était pas si bon pour les pauvres il serait riche aujourd hui.

Ses anciens camarades d'école sont restés, pour la plupart, dans la condition de leurs parents, ouvriers et petits marchands comme eux. Ce sont là des inégalités qui tiennent aux circonstances et qu existeront toujouis.

G)mme vous avez déjà compris ce qu'est la société, vous comprendrez aussi que ces inégalités de condition, contre lesquelles se récrient des hommes peu avisés, sont nécessaires pour les échanges de services réciproques sans lesquels il n'y aurait pajs de société. Supposez notre bourg isole de tout et formant à lui seul un petit monde. S'il ne s'était pas trouvé des personnes plus riches que les autres pour faire les frais d'éducation de notre médecin, nous n'en aurions pas eu ici ; et alors, qui aurait soigné les malades ? Si le boulanger, jaloux du médecin, ne voulait plus travailler, qui est-ce qui ferait le pain ? Et si le tailleur voulait être lui aussi notaire, comment nous habillerions-nous ?

Il faut cette inégalité de conditions, résultant des inégalités de la naissance, de la fortune, des forces et des aptitudes, pour que la société subsiste çt fonctionne. Sans elles personne ne travaillerait: chacun étant, je le suppose, aussi riche que son voisin, voudrait jouir de son bien à ne rien faire ; mais comme les autres seraient dans la même condition que lui,

il ne trouveraît personne pour préparer sa nourriture, confectionner ses vêtements, bâtir sa maison ; en sorte que tous ces hommes également riches seraient également dénués de tout. Vous comprenez qu'avec cela il n'y aurait plus de société, plus de vie possible.

C'est donc par une sage disposition de la Providence qu'il y a des conditions différentes. Ce sont ces inégalités qui provoquent le travail et c'est par le travail que la société existe.

Chacun, en effet, a besoin des services d'autrui pour la nourriture, le vêtement, le logement et les autres choses de la vie : c'est là le principe de la société. Une peut trouver ces services qu'autant que les autres ont intérêt à les lui rendre. Pour cela il est nécessaire que les autres aient aussi quelque besoin de lui, et que tous, par conséquent, soient inégaux en quelque manière. Prenons un exemple. Paul est riche, mais il ne sait faire aucune des choses nécessaires à la vie ; Jacques, au contraire, est pauvre, mais il a appris le métier de boulanger ; Guillaume, pauvre comme lui, s'est mis à être tailleur et André, qui n'est pas plus riche qu'eux, exerce l'état de maçon. Paul a besoin de Jacques, de Guillaume, d'André pour avoir du pain, un habit et une maison. Si Jacques, Guillaume et André étaient aussi riches que lui, ils ne voudraient pas travailler pour lui, mais comme ils sont pauvres, ils consentent à travailler pour Paul qui, en échange de leurs services, les paiera de son argent, et alors chacun d'eux, ayant gagné quelque chose à travailler pour Paul , pourra à son tour se servir des autres pour ses propres besoins : le tailleur paiera le boulanger avec le prix de l'habit qu'il a fait à Paul, et le maçon se fera habiller par le tailleur avec le salaire que Paul lui a payé pour sa maison.

L inégalité des conditions fait que les hommes travaillent les uns pour les autres et s'aident dans leurs différents besoins.

Sans rinégalité il n*y aurait pas de travail, et sans travail il n'y aurait pas de société.

Le besoin porte les hommes à recourir les uns aux autres ; Fintérêt les excite à se rendre mutuellement service.

Chacun travaille en vue de son avantage, soit pour gagner un salaire, soit pour acquérir un bien.

Quand un homme a travaillé, « il est d*une équité évidente, que le résultat de son travail lui pro-' fite à lui, non à un autre, devienne sa propriété, sa propriété exclusive*. »

L*homme renoncerait à tout travail, s*il nVvait la certitude d*en recueillir les produits. Vous comprenez bien cela, n*est-ce pas r Le boulans^er fait du pain pour les autres; il n*en ferait pas s'il ne devait

Sas être payé de sa peine. Ce n'est pas tout pour lui e recevoir de l'argent, en échange de son pain ; il faut que cet argent lui appartienne, à lui exclusivement et pour toujours, sans que personne puisse le lui prendre ; autrement il ne lui servirait de rien de le gagner, et alors il ne travaillerait plus.

di chacun n'était pas maître de son bien, personne ne se donnerait la peine de travailler. Le travail est donc le principe du droit de pao«

LE DROIT DE PROPRIlfTé.

Si je vous demandais : qu'est-ce que la propriété? vous n^auriez qu'à penser à la pomme que votre maman a mise dans votre petit panier, pour me répondre de vous-même : La propriété, c'est ce qui appartient en propre à quelqu'un et dont il peut disposer à son gre. Et, en effet, cette pomme est à vous et non pas à votre voisin, et tout à l'heure,

Thiers, De la propriété, ch. t«

334 LE LIVRE DU JEyNE FRANÇAIS.

VOUS allez faire acte de propriétaire en la croquant à pleines dents.

Vous aimez votre pomme parce qu'elle est à vous et que vous pouvez la manger : tout le monde aime la propriété : pomme, jardin, maison, champ, usine.

Etre propriétaire, c'est le but des désirs de chacun, Tobjet immédiat du travail.

Rien de plus légitime. A l'obligation de travailler, correspond pour chacun le droit de posséder des biens matériels et d'en user à son gré.

Le droit de propriété est un droit naturel, néces-» saire à l'homme, nécessaire à la société ; il est consacré par la loi.

Le code civil e définit : « Le droit de jouir ou disposer des choses de la manière la plus absolue,

f pourvu qu'on n'en fasse pas un usage prohibé par es lois ou par les règlements. »

Il faut que vous sachiez, mes petits amis, ^ue ce droit de posséder certaines choses à Texclusion de tout autre, et d'en user de la manière la plus absolue, est contesté par certaines gens.

Quand vous vous mêlerez de politique, car vous serez électeurs un jour, vous entendrez dire de tel écrivain, de tel candidat à la députation : c'est un COMMUNISTE, c'cst uu SOCIALISTE. En vous-mêmes» vous penserez que l'un et l'auti^e sont surtout des fous. Ce sont ces gens-là qui contestent le droit de propriété. r

Les uns disent: Tous les biens sont communs' aux hommes, ils appartiennent à la grande famille humaine tout entière. Dès lors, un particulier qui s'approprie un objet quelconque, est un voleur,

Puisqu'il prend pour lui ce qui est à tous. C'est ans ce sens-là qu'un communiste fameux a dit : « La propriété, c est le vol. »

Les biens, dit-on, sont communs ; oui, tant qu'ils ne sont pas occupés par quelqu'un. C'était ainsi à l'origine des sociétés. La terre étant sans proprié-^

taire appartenait également à tout le monde, et par conséquent au premier occupant; mais une foi» occupée, la terre, et toute chose en général, appartient à celui qui se Test appropriée, quand elle était disponible, et qui par son travail lui a donné une nouvelle valeur.

», Vous allez le comprendre. Les poissons de la . mer appartiennent à tout le monde. Je suppose qu'un pêcheur monte dans une barque et s'en va jeter son filet au large. Il prend un gros poisson et le ramène au rivage. Survient un promeneur qui prétend s'emparer du poisson que le premier a pris. A qui doit appartenir le poisson? N'est-ce pas à celui qui se l'est approprie le premier par son travail? S'il n'en était pas ainsi, d'ailleurs, le pêcheur ne se serait pas donné la peine de le prendre et il n'y aurait pas eu de poisson.

Mais, disent encore les communistes, tout le monde travaillera et l'on partagera les bénéfices. Comment cela? Ou chacun recevra une part absolument égale, ou chacun recevra une part proportionnée à son travail. Dans le premier cas, chacun étant sûr de recevoir autant que son voisin travaillera le moins possible et finira par ne plus travailler du tout. Dans le second cas, comment s'y prendre pour donner à chacun en proportion de son travail ? Comment faire la part du temps, de l'intelligence et de l'activité du travailleur? Comment attribuer exactement à chacun ce qui lui est dû ? .Vous voyez bien que tout cela est absurde.

Remarquez, d'ailleurs, que dans les deux cas, puisqu'il y a partage, le communisme cesse et la propriété commence. Alors qu'arrivera-t-il ? C'est que celui qui est plus actif, plus intelligent, tirera meilleur parti de son lot que le paresseux et l'incapable ; celui qui est plus sobre, plus économe, le conservera, pendant que le prodigue et l'intempérant le dissiperont, et forcément l'inégalité se rétablira

entre les uns et les autres. Les plus habiles, les plus laborieux arriveront bientôt à posséder plus que les négligents et les sots ; les économes posséderont encore quand les dissipateurs n'auront plus rien. Vous voyez qu'on retombe toujours dans la propriété, même après le partage. Or, on ne peut pas partager tous les jours, à chaque instant. Ce serait impraticable.

On ne peut pas non plus, en vertu du communisme, laisser les uns entreprendre sur le travail des autres, ni les derniers se substituer aux premiers, soit pour refaire le travail, soit pour s'en attribuer le produit. Ce serait la confusion, la guerre, la destruction de tout.

Voilà un champ qu'on a partagé, sous prétexte qu'il appartenait à tout le monde. J'en ai reçu ma part. Je le laboure, je l'ensemence; j'attends la récolte. Arrive le voisin qui prétend avoir droit sur cette part, comme sur le champ primitif et qui, au lieu d une moisson, veut une forêt ; mais un troisième arrache les plantations, comme le . second a détruit la^ semence, et se met à bâtir, jusqu'à ce qu'un quatrième se présente pour renverser les constructions et faire encore autre chose du terrain. Cela ne pourrait pas être, n'est-ce pas ?

Donc il faut admettre qu'il y a un droit de propriété et que la propriété s acquiert par l'occupation et par le travail.

Mais à côté des communistes, il y a encore les socialistes, autres gens qui contestent la propriété. Voici la différence entre les uns et les autres. Les premiers disent : Tout est commun à tous et chacun a droit sur chaque chose. Les seconds disent :Tout appartient à la communauté des hommes, mais aucun n'a droit sur aucune chose, la société seule a droit sur tout.

Ce système n'est pas moins absurde ni injuste que le premier. Avec le socialisme, il faudrait que

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chacun travaillât pour les autres et attendît de la société sa rétribution. Au lieu de travailler librement pour lui, à sa convenance, il travaillerait sur commande, pour TEtat. L'autorité partagerait.

Si les parts sont égales, à quoi bon, se dira rhomme actif et intelligent, prendre de la peine pour faire mieux et plus que mon voisin le paresseux ou Timbécile qui, en faisant beaucoup moins et mal, aura tout autant que moi ? Et alors, il n'y aura plus de travail, ni par conséquent de bénéfices à partager. Ce sera la misère, la faim pour tout le monde.

Si les parts doivent être proportionnées au travail, comment encore une fois s'y prendra l'autorité pour donner au juste à chacun ce qui lui revient pour son travail ? Comment, s'il s'agit de travaux manuels, apprécier l'industrie, l'activité, la probité de chaque ouvrier et lui donner en conséquence ? Dans les travaux d'art, dans les choses de la science, comment apprécier la valeur de chaque œuvre, le mérite de chacun ? Un partage équitable serait absolument impossible et le fût-il qu'il ne satisferait personne, chacun croyant avoir moins reçu qu'il ne lui était du.

Le bon sens, comme le droit, veut donc qu'on reconnaisse à chacun le droit de travailler pour lui et de recueillir le produit de son travail. C'est la raison de la propriété.

Mais la propriété doit pouvoir se conserver et se transmettre comme elle s'acquiert; autrement, ce ne serait pas la propriété. C'est ce qui a lieu dans toutes les législations.

LES DIFFÉRENTES MAlflÈRES d'aGQUÉRIR LA PROPRIÉTÉ:. LES SUCCESSIONS.

La propriété se transmet de plusieurs manières principalçs : par succession, par donation ou testa-

ment, par vente ou achat. Elle s'acquiert de la même façon.

Entendez bien ce que je vous dis là. Un propriétaire, un homme qui possède une terre, une mai* son, une forêt, du bétail, ou toute autre chose, peut transmettre sa propriété, par Tune des manières que je viens de vous indiquer, à un autre qui l'acquerra

f)ar Feffet du même acte, a Ou bien en mourant on aisse à ses héritiers les biens que Ton a possédés f)endant sa vie; ou bien, avant de mourir, on en ait don à des personnes que Ton affectionne, ou bien encore on les cède moyennant de l'argent ou des biens d'une valeur équivalente. »

Vous apercevez-vous, mes enfants, que vous connaissez déjà à peu près une des manières prin* cipales de transmettre et d^acquérir la propriété ? En parlant de la famille, et de l'hérédité qui en est la condition nécessaire, nous avons vu, en effet, ce qui concerne les successions. Rappelez-vous ce que e vous ai dit des divers ordres d'héritiers, des ligpies de parenté, de l'acceptation ou de la répudiation des successions, enfin du partage, dont je vous ai montré les inconvénients, quoiqu'il soit aujourd'hui consacré par la loi.

Mais je veux insister sur la manière dont les successions se partagent entre ceux qui sont appelés à les recueillir. C'est là le point pra« tique.

D'abord il y a le partage que le père, la mère ou autre ascendant fait de ses biens entre ses enfants, soit dans la forme d'un acte de donation, soit par son testament. Celui-là est le meilleur. Etant fait par les parents, qui sont plus en mesure d'apprécier ce qui convient à chacun de leurs enfants, il règle les parts au mieux et prévient les querelles qui s'élèvent trop souvent entre eux à 1 occasion du partage du patrimoine.

A défaut de ce « paatagb d'ascendant », il y a le

partage amiable ou judiciaire de la succession qui est fait par les héritiers eux-mêmes.

Supposons que le père Aube, le fermier du hameau où nous avons été boire du lait le jour de notre grande promenade à la forêt, ce bon père Aube à qui nous devons souhaiter une longue vie, vienne à mourir. Il a deux £;rands fils, Philippe et André, établis cultivateurs dans les environs; son troisième fils Guillaume est marchand ici et vous avez pour camarades dans la petite classe ses deux jeunes enfants. Je suppose donc la succession du père Aube ouverte.

£n principe, le partage peut toujours être demandé par ceux qui y ont droit. Nul n'est tenu de . rester dans l'indivision. Quand il n'y a pas de mineurs, comme c'est le cas ici, les héritiers peuvent s'entendre pour jouir en commun de la succession et s'engager à rester cinq années sans partager. Au bout de ce temps ils devront renouveler leur convention.

S'il y a des mineurs, ou des interdits ou des absents, ou bien si les héritiers ne sont pas d'accord, il faut procéder au partage.

Pour Philippe, André et Guillaume l'indivision ne serait guère possible, puisque les deux premiers sont cultivateurs et le troisième marchand. Leurs intérêts, leurs états sont trop différents pour qu'ils s'arrangent pour jouir en commun des biens du père Aube. Philippe et André pourraient se contenter des produits de la ferme, mais Guillaume a besoin surtout d'argent pour son commerce. Ils devront donc partager. Comme tous les trois sont majeurs et que ce sont de bons frères, il n'y aura pas de difficulté. Us peuvent faire un partage AMIABLE. C'est plus simple et moins coûteux.

Le mieux sera de s'en rapporter à un notaire en qui tous les trois auront confiance, de lui laisser hquider la succession, faire les lots, et arranger les dimcultés. Mais pour éviter les procès qui peuvent

toujours s'élever même entre les parents, ils feront bien de s'engager sur l'honneur à accepter le règlement du notaire, ou la décision du sort pour la part de chacun. Autrement, il faudrait plaider. Et à quoi bon, puisque le plus souvent le tribunal ne ferait que consacrer le règlement du notaire ?

Dans bien des cas même, lorsque la succession est facile à liquider, peu considérable, que les lots peuvent se composer aisément, on peut se passer du concours du notaire, ce qui est toujours une économie de temps et d'argent.

Si vous êtes jamais appelés à recueillir une succession, gardez- vous par-dessus tout des hommes d'affaires ou des hommes de loi qui ne manquent jamais à la campagne de circonvenir les héritiers. Ils vous accosteront les jours de foire et de marché» ils vous vanteront leurs services, ils se feront payer leurs belles paroles par des petits verres et vous compteront autant de vacations qu'ils auront fait de pas; ils vous engageront dans des frais, vous feront perdre du temps, de l'argent et finalement votre héritage ou votre procès. Méfiez- vous d'eux et de leurs conseils. En général, si vous êtes embarrassés, remettez-vous en du soin de vos affaires à un notaire honorable et consciencieux, comme il y en a encore beaucoup, Dieu merci. Mais tachez d être assez instruits pour les faire vous-mêmes. C'est encore le mieux.

Le partage amiable se fait entre les héritiers majeurs et consentants dans les formes qu'il leur plaît.

Le partage judiciaire est soumis à plusieurs for« malités légales.

Si Guillaume Aube, dont les fils sont vos petits camarades, était mort avant ses frères, Philippe et André n'auraient pas pu faire un partage amiable, même en traitant les enfants de leur frère aussi bien que lui. La loi qui veille aux intérêts des mi«

neurs ne l*eût pas permis. Dans ce cas, il faut recourir à la justice. Et voici comme les choses se passent. Les héritiers majeurs ou le tuteur des mineurs font mettre les scellés par le juge de paix ; un notaire, commis parle tribunal de Tarrondissement, fait Tinventaire des biens de la succession ; l'estimation en est faite ensuite par un expert nommé par le tribunal; puis on forme autant de lots égaux qu'il y a d'héritiers, suivant les règles déterminées par le code, et les lots sont tirés au sort. Le notaire doit rédiger toutes les opérations du partage.

Dans le cas dont je vous parle, on ferait trois lots égaux, comme si les trois nls du père Âubé étaient tous vivants ; puis, le troisième lot échu à Guillaume serait l'objet d'un nouveau partage entre ses deux enfants.

Retenez bien que le partage une fois fait est définitif. Cependant, toute espèce de partage, que ce soit un partage d'ascendants, un partage amiable ou judiciaire entre cohéritiers, peut être rescindé, c'est-à-dire anéanti pour une de ces deux raisons : 1® si l'un des héritiers a été victime de violence ou de dol, c'est-à-dire de fraude, 2® s'il a été lésé de plus du quart de la valeur de sa portion hérédi** taire.

LE TESTAMEI7T.

Vous savez comment la loi règle les droits entre les différents héritiers ; mais vous avez aussi entendu parler de légataires. Rappelez- vous ce neveu du meunier Girard qui avait été institué légataire, c'està-dire qui avait été appelé par le défunt à recueillir une partie de sa fortune à titre de legs, en concurrence avec ses fils.

Le LEGsc^estce qu^on laisse, par testament, aune ou plusieurs personnes.

Un homme qui a des enfants, ou héritiers que la loi appelle réservataires, ne peut disposer au profit d'autres personnes que de la quotité disponible; s*il n'en a pas, il peut faire de sa fortime ce qu'il veut, la laisser à qui il lui plaît. Dans les deux cas il doit faire un testament.

Le TESTAMENT est Tacte par lequel une personne dispose, pour le temps où elle ne sera plus, de tout ou partie de ses biens. Bien des gens n'aiment pas qu'on leur parle de testament. Croyez-vous pourtant que cela fasse mourir? Non, n'ayez pas de ces sottes idées-là. Quand vous serez en âge de penser à ceux qui viendront après vous, ne différez pas, par une sotte crainte de la mort, à régler vos anaires. Faites votre testament quandilen est temps. C'est le moyen que les choses soient après vous comme vous le voulez et comme il convient.

Rien de plus simple que de faire un testament. On peut le faire soi-mên^e. Pour cela, on prend une feuille de papier timbré, et on y écrit ce qu'on veut en ayant soin de bien mettre la date et de signer.

Retenez bien cela : le testament que l'on fait soimême doit être tout entier écrit, dat^, et signe par le testateur.

Pour la rédaction, dites simplement et clairement ce que vous voulez dire Ne cherchez pas à employer des termes de droit dont vous ne comprendriez pas bien le sens et qui donneraient un autre efifet à votre volonté. Par exemple, si n'ayant pas d'enfants, vous vouliez donner votre fortune à un ami, au lieu de la laisser aller à un cousin que vous ne connaissez pas, vous risqueriez de vous embrouiller dans les termes de légataire universel, de légataire A titre universel et de légataire particulier, ce qui n'est pas du tout la même chose.

Si vous voulez donner tout à votre ami Jacques,

dites que vous lui léguez tous vos biens meubles et immeubles, présents et futurs. Vous l'aurez fait ainsi votre LÉGATAIRE UNIVERSEL, c'est-à-dire qu'il sera

f)our vous à la place d'un fils unique ; mais recueilant toute votre fortune, il aura aussi toutes vos dettes à payer, à moins qu'il ne renonce à votre succession ou ne l'accepte que sous bénéfice d'inventaire, comme pourrait le faire un enfant.

Si vous avez deux amis que vous instituez ensemble vos légataires universels, ils recueilleront ensemble votre succession, en partageant, comme feraient deux enfants ; et si l'un prédécède ou renonce à la succession, Tautre aura tout. Mais si au lieu de léguer tous vos biens conjointement à Charles ou à François, vous donnez à Charles une moitié et à François 1 autre, ils ne seront que vos légataires A TITRE UNIVERSEL, cu sortc quc SI Charles meurt avant François ou s'il renonce à la succession, ce n'est pas François, comme dans le cas précédent, qui en profitera, mais la part de Charles reviendra à vos héritiers naturels, à ce cousin à qui vous n^ vouliez rien laisser.

Les légataires particuliers, ce sont ceux à qui on donne non pas une quotité, comme la moitié, le tiers, le quart, mais une ou plusieurs choses déterminées, une somme d'argent, une maison, un cheval, un bijou. La différence entre les légataires particuliers et les légataires a titre universel, c'est que les premiers ne sont pas tenus, comme les seconds, des dettes et charges de la succession. Faites-y bien attention si vous voulez avantager quelqu'un sans qu'il lui en coûte rien.

Le testament n'a d'effet, bien entendu, qu'à la mort du testateur. On peut donc toujours de son vivant le changer, le révoquer. Quand on fait plusieurs testaments successifs, c'est le dernier en date 3ui compte ; il annule les dispositions des précéents qui sont contraires aux siennes.

Je vous ai parlé du testament que Ton fait soit même, et qu on appelle olographe, mot qui veut dire î écrit en entier de la main du testateur. On peut aussi dicter son testament à un notaire qui Técrit en présence de quatre témoins. C'est ce qu'on appelle le testament public. Enfin, il y a le testament MYSTIQUE, écrit par le testateur ou par un autre, mais remis clos et scellé par le testateur à un notaire qui constate la remise sur l'enveloppe même. Ceux qui ne savent pas écrire peuvent user de cette forme de testament, sans avoir à craindre les indiscrétions des témoins dont la présence est exigée pour le testament notarié.

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