‹ Le livre du néantChapitre 5 sur 9 · D'AL-GAZALI · texte numérisé non relu

D'AL-GAZALI

I UELi.E*réalité donner à ce monde, i dont !a vie n'est qu'une suite de ] phénomènes succédant à des phénomènes, de visions chassant des visions?

OMBiEN de temps dureront-ils encore les paysages du ciel et de la terre?

* Le célèbre philosophe Abou-Hamed-Mohammed- Ben-Mohammed-Al-Gazali , qui professait à Bagdad , naquit l'an 450, ec mourut l'an ;)a de l'hégire.

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Combien de temps encore s'ouvriront les roses, chanteront les oiseaux, fleuriront les aurores, brûleront les étoiles, et les cœurs des hommes?

QUELS abîmes de temps avant nous!

Après nous, quels abîmes encore!

Tu n'aurais pas créé le' monde, le ciel s'en fût-il aperçu? Tu voudrais détruire ce monde, manquerait-il à l'infini?

/' \ u A N D la terre sera comme une vieille, V^ dont le temps a flétri la peau, quand toutes les roses du firmament seront dispersées par le vent des siècles, quand le soleil et la lune, comme des têtes c oupées.

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La sagesse d'Al-Gajali. 87

seront jetées dans le sac du néant. 6 Temudjin, qui se souviendra de ta gloire, qui saura où est ta poussière?

LE lendemain du jour où ce monde sera mort, qu'aura-t-il servi de l'avoir créé? L'éternité est un cimetière, où pourrit si vite la mémoire des morts !

REGARDE le désert : il ressemble au néant de ce monde. Combien d'êtres traverseront ce néant , sans y laisser aucunes traces ; que d'êtres l'ont traversé déjà, dont les traces sont effacées!

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SUR le damier de l'existence !e Ciel se joue avec les êtres: et, la partie finie, il les replace dans la sombre boîte du néant.

J' É T A I s le plongeur de l'océan de l'être ; j'allais, à travers les abîmes, chercher la perle de ton amour : pourquoi tant de monstres, o Allah, sont-ils venus m'épouvanter?

PO u R le sage, les réalités de la vie finissent par apparaître comme des visions, et dont il a peine à saisir le sens.

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; d'Al-Gajali.

ALLAH est "comme un magicien qui évoque des fantômes : ces fantômes marchent, se regardent, se parlent, et pendant une heure croient qu'ils vivent.

CE monde n'est qu'une jonglerie ; et le Jongleur divin s'amuse des surprises de nos yeux.

Mais le Maître des mondes jongle avec des étoiles, et nous, misérables, nous ne jouons qu'avec des mots bariolés.

SAis-TU pourquoi l'Infini soupire?

C'est qu'il comprend que sa vie n'est qu'un jeu, un amusement de la pensée d'AlUh.

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DU haut des minarets du monde invisible les Anges m'ont crié dans la nuit : Le monde matériel n'est qu'une imposture, qu'un fantôme sans réalité ; le monde n'est qu'un océan illusoire ; le monde est un filet trompeur, où s'est pris l'oiseau de ton âme.

LA Nature sans cesse change de costumes, comme une danseuse qui veut plaire. — A qui veut-elle plaire avec ses mensonges?

CONTEMPLE la Création comme une danseuse, qui tourne devant les yeux d'Allah, pour les distraire de leur ennui ; contemple -là comme une danseuse, qui

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lentement déroule les splendeurs de sa chevelure et de son jeune corps frissonnant, sous la lente musique des étoiles.

Tu as jusqu'à toi élevé la Matière ; Tu as contemplé ses seins adorables ; mais, comme un maître épris de son esclave, n'es-Tu pas tombé dans ses liens?

TOUT ce monde est imaginaire.

N'est-il pas autre chose qu'une suite d'images créées par la Pensée divine, et que reflète la pensée de l'homme !

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MATIÈRE, d'où vient ta beauté? Qui a fait germer dans les profondeurs du sol la fleur mystérieuse du diamant, les rubis rouges, les bleues turquoises? Par quelle magie de la boue fangeuse la rose compose-t-elle la pourpre de ses lèvres !

IJ ui peut, o Allah, dévoiler tes secrets?

^^ — Dans Adam dormait Judas près de Jésus, Nemrod et Abraham, le Pharaon et Moïse. La même terre nourrit la rose, et près d'elle la plante vénéneuse. Le sucre que le papillon vient boire sur la lèvre des fleurs et le venin du serpent Naja litaient unis d'abord dans la même goutte d'eau.

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ALLAH se parle sans cesse, comme un homme seul dans la nuit et que l'ombre épouvante.

O Allah, chaque âge du monde manifeste une de tes puissances, une de tes formes, un de tes noms.

Tous les Dieux, o Allah, sont postérieurs à Toi : chacun d'eux n'est qu'une de tes splendeurs entrevues, un de tes reflets dans les choses.

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J'ai médité sur le mystère de tes nais-r sances, sur le jeu de tes incarnations; et j'ai vu la souffrance dont Tu te meurs sans cesse, ô Toi, qui ne peux mourir, et te retrouves toujours face à face avec l'horreur de ton néant.

Tu es le sacrificateur et la victime; Tu jouis et Tu souffres ; pour te sentir vivre, Tu recherches jusqu'aux voluptés de la douleur.

LA rose nous révèle ta beauté ; le cèdre, ta force ; la lune et le soleil , ton amour : — les vents et l'Océan nous révéleraient-ils l'éternel tourment de ton âme ?

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La sagesse d'Al-Gaiali. pj

/■^ UAND tout désir sera-t-il éteint dans V^ton cœur? Quand laisseras-Tu dormir au fond de ta substance tous ces éléments suhtils, dont la réunion a produit les êtres?

J'ai vu sur le sein de la Mort les têtes des Dieux anciens, suspendues comme un collier de perles. J'ai vu les métamorphoses du Néant. J'ai médité sur toutes choses. Je sais que tout doit périr, le ciel, cette mostjuéeaux coupoles semées d'émail bleu, et le soleil, ce pieux derviche, qui toiu-ne dans une perpétuelle extase. Je sais que ce monde n'est qu'une folie, un fantôme sans réalité : pourquoi s'étonner alors que mon cœur soit dans la tristesse?

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COMME l'araignée qiii s'enveloppe de sa toile, par la magie de ta Pensée, tu t'enveloppes des créations : et dans le mensonge de ces apparences, tu prends nos âmes, qui y meurent.

LE monde, cette folie, nous a bien tompés: mais nous avons vu passer des formes, de beaux fantômes devant nos yeux, et nous avons fait des rêves en les contemplant.

TA Pensée cherchant à se connaître a créé l'univers. Et quand elle s'est contemplée en ce miroir profond, n'a-t-elle pas tremblé de s'y voir?

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POUR renaître sans cesse tu te meurs sans cesse. Allah, ta vie étemelle serait-elle un supplice renouvelé sans fin?

SI tout est néant, et que la vie d'Allah soit la vie du tout, elle n'est donc ellemême que vide et néant.

CETTE création est comme une bulle d'eau pleine de vide, gonflée par le souffle d'Allah.

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LES choses créées, Dieu vit le néant des choses, et les choses hélas! virent le néant de Dieu.

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