LES ÉLECTIONS
€ Après tout, mon parrain, nous sommes sortis de Saint-Jean-Brévelay sans y penser. Nous avons bien ici un juge de paix, mais nous n'avons ni tribunal de première instance, ni cour d'appel, etla cour de cassation est à Paris. Je voudrais bien à présent connaître les chefs qui donnent des ordres au maire, au percepteur, aux officiers, au maître d'école et à tous les autres, car tous ces fonctionnaires de l'État ou de la commune ont nécessairement des chefs et des supérieurs, comme le juge de paix; et je voudrais savoir aussi comment et par qui ils sont nommés aux emplois qu'ils occupent.
— Je vais le dire, mon cher enfant. La première distinction à faire est très importante : c'est que
xis ae parier, ii y en a qui sont eius, ei a autres î sont nommés.
-—Mais d'abord, mon parrain, qu'appelez-vous malt rats?
—J'appelle magistrats tous les titulaires de fonctions iles qui donnent des ordres, ou prennent des arrê- 5, ou rendent des décisions auxquelles les citoyens »ivent se soumettre. Le maire est un magistrat; le ge de paix est un magistrat. Le percepteur et les auîs receveurs de finances sont seulement des foncmnaires publics. Il en est de même d'un ingénieur, rce qu'il ne donne pas d'ordre aux citoyens, en at que citoyens ; il ne commande qu'à ses ouvriers. » Je disais donc que parmi les magistrats et les fonc- ^nnaires dont je t'ai fait connaître les attributions, y en a qui sont élus parles citoyens, et d'autres qui nt nommés par l'autorité supérieure.
» Le maire et ses adjoints sont élus parles conseil- :s municipaux dans les communes ordinaires. Daîns j communes qui sont chefs-lieux de canton, ils sont mméspar le chef de l'Etat; mais ils ne peuvent re pris que parmi les membres du conseil muni- )al. Or, les conseillers municipaux étant élus, il en suite que, même dans les chefs-lieux de canton, ; maires sortent de l'élection. On peut dire que les acteurs de la commune, en nommant un conseiller iinicipal, nomment en même temps un candidat x fonctions de maire ou d'adjoint.
tionnaires publics ? ■ - O
— Pas du tout. Us n'ont aucun ordre à donneTeAi p vertu d'une autorité qui leur soit propre. Ils foAx. seulement partie d'un conseil, dont les décisions som— exécutées parle maire et ses adjoints. Il n'est piwo: même correct d'appeler le maire et ses adjoints deskA* fonctionnaires publics ; car cette qualification doill e être réservée à ceux qui exercent un emploi rétribué, Il ' auquel on est nommé par l'autorité supérieure. U Ic: maire et ses adjoints sont plutôt des magistrats, parce k 1 qu'ils exercent une autorité. Le juge de paix, qui est I nommé et salarié, et qui en même temps exerce une K autorité, est à la fois un magistrat et un fonctionnaire l: public. I
— Mon parrain, je comprends bien que les habitants se réunissent pour élire les conseillers municipaux, et qu'après les avoir élus, ils se soumettent à leurs décisions, puisque précisément ils les ont choisis pour cela. Je comprends bien aussi que le juge exerce son autorité en vertu d'une nomination faite par une autorité supérieure ; et cette, autorité supérieure peut aussi avoir été nommée par une autorité encore plus élevée. Mais il faut qu'il y ait quelqu'un qui soit la première autorité, et qui institue toutes les autres; et celui-là,mon parrain, je voudrais savoir d'où lui vient le pouvoir dont il jouit, et pourquoi on est obligé de lui obéir.
— Veux-tu, mon eivîaiftX., q^ax^ \^ v^ dk^ d'à-
^d comment on entendait cela avant la révolution? —Comme vous voudrez, mon parrain ; je suis sur- X pressé de savoir comment on l'entend à préit.
^ A la bonne heure ; mais il peut être utile de faire comparaison. Et pour commencer, tu sais sans ite ce qu'on appelle la révolution française? > feannic, récitant : < C'est la révolution de 1789,
a eu pour but et pour effet de remplacer le privie par le droit, et la loi arbitraire par la loi fondée
la raison et la justice. >
— Avant 4789, la France était une monarchie hérélire. On disait que le roi était maître de la nation, ' la grâce de Dieu. Il faisait la loi, la justice était due en son nom, et quelquefois avec son interition très directe ; il disposait arbitrairement de la îrté des citoyens, il donnait les rangs, les dignités ;ous les emplois; enfin, il frappait les impôts.
— C'est-à-dire qu'il était maître et souverain abu. Cela, moin parrain, c'est le despotisme.
— Certainement, et un despotisme d'autant plus rd, qu'il y avait au-dessous de lui une classe de vilégiés, qui ne lui était pas moins soumise que 'este de la nation, mais qui exerçait sur lespay- Ls un pouvoir plus vexatoire, sinon aussi étendu, î le pouvoir royal. De sorte que les sujets ou vas- IX avaient, tout près d'eux, un maître insupporte, et bien loin d'eux, un maître tout-puissant, i ne les connaissait pas.
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