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violation ; et, dans l'ensemble des choses, il est indestructible, parce que tout périroit s'il étoit détruit ; la création entière rentreroit dans le néant.
Mais l'homme ne vit pas seul; Dieu ne l'a point destiné à cette existence solitaire ; il ne se conserve et ne se développe selon sa nature que dans la société, par l'union avec ses semblables; et l'union des individus forme les peuples, et l'union des peuples forme le genre humain , ou la famille universelle, que nous devons travailler sans cesse à constituer, pour que la somme des maux dont Fégoïsme est la source impure diminue aussi sans cesse, et que celle des biens répandus par la Providence le long de notre route ici-bas augmente en même proportion •
Voyez sur les bords de la mer un ar-
bre isolé. Sans force contre les vents qui courbent sa tige , abaissent et brisent ses branches à mesure qu'elles croissent , il se dessèche et meurt bientôt. Ainsi en est-il de l'homme sur la terre. Il ne suffit pas que l'eau des nuées humecte ses racines 9 il faut encore qu'il trouve un abri , et que ses rameaux ^ en s'élevant , s'appuient sur d'autres rameaux.
Quelle que soit l'origine d'une association humaine , chacun de ses membres y apporte avec soi son droit tel que nous l'avons expliqué , et l'y conserve immuablement; car le droit, je le répète, ne peut ni se perdre ni s'aliéner; et l'ensemble de ces droits égaux, et tes mêmes pour tous , f(Mrme le droit du peuple , le droit social ; car le peuple , c'est la société, qui ne subsiste que par lui, et n'existeroit pas un seul instant sans lui.
Le peuple a donc , comme Tindividu , le àcoit de \ivre, le droit de se conserver et de se développer librement. Toute atteinte portée à ce droite est une violation des lois du Créateur ; et plus cette violation est profonde y plus les maux qu'elle engendre sont profonds aussi.
ff Et maintenant , ô peuple , dis-moi ce ' qu'est devenu ton droit en ce monde; dis-moi ce que fut jadis» ce qu'est encore ^ ta pauvre vie si chargée de labeur.
Esclave autrefois, puis serf durant de longs âges, toujours opprimé, exploité toujours , semblable au pré qu'on fauche au printemps, et qu'on livre encore à une dent avide en automne , qudL fruit as-tu r^iré de ce qu'on a, par moquerie, appelé ton affranchissement ?
Pourquoi te traînes -tu avec tant 4o
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douleur sur cette terre , donnée en héri^ tage à tous les hommes indistinctement , et que tous ils devroient parcourir en dominateurs?
Pourquoi, au milieu des productions qu'elle offre de soi-même et que multiplie ton travaily gémis-tu si souvent dans l'angoisse de la faim ?
Pourquoi n'as-tu d'abri ni contre les vents glacés de Thivér, ni contre les feux ^u soleil dans la saison brûhmte?
Pourqtt^ manques-tu et de vêtements pour recouvrir tes membres exténués, et d'un linceul pour les envelopper lorsqu'on les jette dans la fosse commune , otr rte se reposent pour b preimëre fois?
Lorsque la pluie descend des nuées,
elle rafraîchit et désaltère la plus humble plante cachée en un coin de la vallée, comme l'arbre qui, sur la montagne, étend au loin ses fortes branches et dresse sa tète altière.
Pourquoi sembles-tu plus délaissé de la Providence que le brin d'herbe?
Pourquoi, inquiet du jour présent, inquiet du lendemain, les joies de la famille se changent-elles pour toi en amers soucis ? Pourquoi , à la table où le commun Père veut que s'asseyent tous ses enfants, ta coupe ne se remplit-elle que d'un vin troublé?
Pourquoi, absorbé dès le premier âge dans les travaux du corps, ne recueilles-tu qu'avec tant de peine quelques foibles rayons de la lumière dont se nourrit l'esprit ? pourquoi l'astre de la science ne se.
lève-t-il point sur rhôrizon du monde ténébreux où Ton t'a relégué?
Notre vie sur la terre ne sauroit sans doute être exempte de douleurs. Le besoin, la souffrance même, en excitant notre activité, sont une condition du progrès commun. Sans doute encore, égaux en droits, les hommes ne possèdent point des facultés égales, ne naissent pas tous en des circonstances également favorables à leur développement ; et cette inégalité d'où résultent, avec des inclinations différentes, des aptitudes particulières aux diverses fonctions qu'implique l'existence de la société, contribue au bien général.
Mais ce bien, tous doivent y participer, et il n'est même le bien général que parce qu'il est le bien du plus grand nombre, le bien du peuple, et non de quelques individus ou de quelques classes seule-
ment. Qu'un homme en ettet regorgeât de richesses, tous les autres re^nt pauvres, appelleroit-on sa richesse la richesse générale?
Or, presque partout la jouissance de$ Inens naturellement destinés à tous a été le partage exclusif de quelqifes--uns, qui, tenant le peuple sous leur sujétion , et oubliant à son égard les sentiments que les frères doivent aux frères, Font traité comme les animaux que le jour on attelle à la charrue, et à qui on jette le soir une poignée de paille à fétable.
Et ils ont pu le traiter ainsi, ils ont pu le maintenir dans la servitude, et l'ignorance^ et la misère, et rabaissement, parce que, maîtres de la société et l^organisant à leur gré, dans l'unique vue de leur intérêt propre, ils ont ôté au peuple le moyen de défendre les siens, en le dépouillant
de ses droits politiques, en lui interdisant toute espèce de concours dans la confection des lois, dans la gestion des affaires communes/ et le réduisant -à une simple obéissance passive.
Des maux qui sont dans le monde, une grande partie vient de là ; et point de soulagement à y espérer aussi longtemps que subsistera cette inique violation de Fégalité naturelle.
vu
Peuple, écoute ce qu^îls t'ont dit, et à quoi ils t'ont comparé.
Us ont dît que tu étois un troupeau, et qu'ils en étoient les pasteurs : toi, la bru-
te; eux, Thomme. A dux donc ta toison, tonlait, ta chair. Paissousleur houlette, et multiplie, pour réchauffer leurs membres , étancher leur soif, assouvir leur faim.
Ils ont dit aussi que la puissance royale étoit celle d'un père sur ses enfants toujours mineurs, toujours en tutelle. Sans liberté dès-lors et sans propriété, le peuple, éternellement incapable de raison, incapable de juger de ce qui lui est bon ou mauvais, utile ou nuisible, vit dans une dépendance absolue du prince, qui dispose de lui et de toutes choses comme il lui plaît. Servitude encore et misère.
Quelques-uns ife reconnoissent que la force pour arbitre de la société. Au plus fort le pouvoir, au plus fort le droit. Pauvre p^ple^ on te foule, on t'opprime; c'est le sort du foible ; de quoi te plains-
tu ? Dans ta candide simplicité, tu demandes à la tyrannie ses titres. Est-ce que partout tu ne les vois pas ? est-ce que tu ne vois pas ces baïonqettes qui luisent au soleil, et ces canons braqués sur les places publiques ?
D'atitrés ont imaginé que le pouvoir appartenoit de droit à quelques racesd'une nature plus parfaite ; ou que Dieu le conféroit immédiatement soit à des individus choisis pour certaines fins particulières, soit à des familles destinées à le posséder perpétuellement. Perpétuellement donc les peuples leur devroient une obéissance entière, aveugle. Car la volonté du chef établi de Dieu étant, à T égard des sujets, la volonté de Dieu même, seroit toujours présumée juste ; et, en tout cac, aucun abus, aucun excès, ni les crimes même les plua énormes, n'autoriseroient à secouer le JQug de sa puissance oppressive.
Us ont appelé cela le droit divin.
Peuple, ferme l'oreille à ces mensonges. Laisse l'impie blasphémer le Père du genre humain, et apprends à connoître ses lois véritables , à connottre ton droit pour le conquérir.
Tous les hommes naissent égaux, et par conséquent indépendants les uns des autres : nul, en venant au monde, n'apporte avec soi le droit de commander. Si chacun originairement étoit tenu d'obéir à la volonté d'un autre, il n'existeroit . point de liberté morale, ou de choix libre dans lès actes ; il n'existeroit ni crime ni vertu, c.ar la vertu dépend du libre choix entre le bien et le mal .
Or l'indépendance personnelle et la souveraineté ne sont qu'une même chose; et ce qui fait que l'homme est libre à Fégard
de rhomme, pu souverain de lui-même, est ce qui fait de lui un être moral, res* ponsable envers Dieu, capable de vertu.
Sublime attribut de l'intelligence, la souveraineté de soi , ou la liberté , forme le caractère essentiel qui le distingue de la brute soumise à la fatalité et emportée par elle dans la sphère de son existence aveugle, comme les corps célestes dans leurs orbites rigoureusement déterminées.
Aucun homme ne peut aliéner sa souveraineté, parce qu'il ne peut abdiquer sa nature ou cesser d'être homme; et de la souveraineté de chaque individu natt dans la société la souveraineté collective de tous ou la souveraineté du peuple, également inaliénable.
Lorsque la sympathie rapproche les hommes, et que l'utilité réciproque éta-
blit entre eux une association de secours mutuel et de travail commun, de qui dépendroit cette association, si ce n'est uniiquement d'elle-même î
Tous y apportent des droits égaux, avec des facultés inégales et des aptitudes diverses. Leurs relations, fondées sur l'in- \incible instinct qui les pousse à s'unir et sur les avantages de cette union , dépendent de leur libre consentement et des règles qu'ils s'imposent eux-mêmes. Nul ne sauroit être engagé contre sa volonté ; et quand la volonté commune de s'unir à certaines conditions a créé le peuple , la volonté du peuple, ou la volonté générale de la société , en ce qui ne blesse point l'ordre moral essentiel et immuable , ou la justice et la charité, constitue la loi. Ainsi , loin de détruire ou d'altérer la liberté primitive, la loi n'est que l'exercice même de cette liberté , dirigé vers
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une fin utile à tous par la raison de tous.
Que si un ou quelques-uns tentoient de substituer leur volonté particulière à la volonté commune, leurs prescriptions, quelles qu'elles fussent , ne seroient pas des lois y mais une violation du principe même de la loi, un acte illégitime et subversif de toute vraie société.
Quand donc , renversant la base naturelle de l'égalité dans l'organisation de l'état, on investit exclusivement certaines classes privilégiées de l'autorité législative, qu'on en fait une attribution delà naissance ou de la richesse , il y a désordre et tyrannie ; car l'association véritable est changée en domination. Les uns commai^dent , et pourquoi ? les autres obéissent , et pourquoi ? Qui a soumis ceux-ci à ceux-là ? qui a dit à des frères :
Vos frères se courberont sous votre main ; soyez leurs maîtres, et disposez d'eux et de ce qui est à eux , de leur travail et du produit de leur travail comme il vous plaira ?
Toute loi à laquelle le peuple n'a point concouru , qui n'émane point de lui , est nulle de soi.
On vous parle du souverain, du prince, des pouvoirs publics : on vous abuse avec des mots. Je vous l'ai déjà dit , le souverain, c'est vous, c'est le peuple, essentiellement libre. Le pouvoir, qu'il soit exercé par un ou plusieurs, dérive de lui. Sim^ pie exécuteur de la loi ou de la volonté du peuple , ii n'a point d'autre fonction. Il est choisi, délégué uniquement pour cela, non pour commander, mais pour obéir ; et s'il cesse d'obéir au peuple , le
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peuple le révoque comme un mandataire infidèle 9 voilà tout.
ir faut encore que vous sachiez ceci.
Lorsque l'excès de la souffrance vous inspire la résolution de recouvrer les droits dont vos oppresseurs vous ont dépouillés, ils vous accusent de troubler Tordre , ils vous traitent de rebelles. Rebelles à qui ? Il n'y a de rébellion possible que contre le véritable souverain , contre le peuple ; et comment le peuple seroit-il rebelle au peuple ? Les rebelles, ce sont ceux qui se créent à ses dépens des privilèges iniques; qui, de ruse ou de force, parviennent à le soumettre à leur domination ; et quand il brise cette domination , il ne trouble pas l'ordre , il le rétablit , il accomplit l'œuvre de Dieuet sa volonté toujours juste.
Vous qui portez le poids du jour, hommes de labeur et de douleur , . pauvres déshérités de cette terre si féconde et si beUe , pourquoi , quand tout dans la
aature se réveille et sourit au matin, que les petits oiseaux ,. secouant leurs ailes humides de rosée , gazouillent sur la branche Thymne de joie que les insectes murmurent dans l'herbe ; pourquoi cette tristesse dans votre regard, ce silence sur vos lèvres? Pourquoi la douce lumière qui s*épanche de TOrieitt, lorsqu'il s'ouvre comme une fleur céleste , ne dissipet-elle jamais les ténèbres de votre front ?
L'abeille a sa ruche pour s'y retirer, et TOUS n'avez point d'asyle qui soit à TOUS ; la mite a son vêtement de soie qui la protège contre la froidure , et vos membres sont nus ; le plus chétif vermisseau trouve sur sa plante natale un abri et la nourriture , et vous manquez de Tun et de l'autre.
Ce n'est point que la Providence ait été plus dure envers vous ; mais ce que
Dieu TOUS donne, les hommes vous isolent. Que vous a-t-on laissé de ce qu*îl prodigue à tous? Même une goutte d'eau de la mer , on vous défend de la prendre; elle est au use, elle n'est pas à vous.
Vos maux , encore un coup , viennent des vices de la société , détournée de sa fin naturelle par l'égoîsme de quelquesuns, et jamais vous ne serez mieux tant que ceux-ci feront seuls les lois. Si vous aviez quelque chose à attendre d'eux, s'ils ne désiroient et ne cherchoient , selon la justice , que le plus grand bien de tous, s'éleveroîent-ils au-dessus de tous? se réserveroient-ils si exclusivement l'administration des affaires de tous ? Est-ce par zèle pour vos intérêts qu'ils vous en interdisent le soin ? est-ce pour eux ou pour vous, pour votre avantage ou pour le leur, qu'ils réclament la domination ?
Si pour le leur, à quel titre , et d'où ce^ privilège? Si pour le vôtre, ils vous jugent donc incapables de^ discerner vousmêmes ce qui vous est bon ou mauvais ? Vous êtes donc des brutes^ suivant eux?
Nous sommes tous enfants du même père, qui est Dieu, et le Père commun n'a point asservi les frères aux frèr res j il n'a point dit à l'un : Commande , et à l'autre : Obéis. Ils se doivent mutuelr lement aide et secours , et justice et char rite , rien de plus ; et la société , que les passions insensées et désordonnées , que l'orgueil et la convoitise ont rendue si pesante à la race humaine presque entière, n'est dans son essence, et ne doit être de fait , que l'union des forces et des volontés pour atteindre plus sûrement le but de l'existence, que l'organisation de la fraternité.
Y aYoit-ii des rois , des nobles y des patriciens et des plébéiens avant qu'il y eût des peuples ? Et si le peuple égal et libre préexistoit à toute distinction , toute distinction, ^i elle n'est pas le fruit de la vidence et du brigandage , dérive donc du peuple , de sa vdonté ind^ndante , de son impérissable souveraineté. Hors de là, rien de légitime. Patriciat, notblesse, royauté^ toute prérogative, en un mot , qui prétend ne relever que de soi , se. soustraire à la volonté, à la souverain neté du peuple , est un attentat contre la société , une usurpation révolutionnaire , un germe au moins de tyrannie.
Le peuple ne fait point de classes, il ne créç point de privilèges, il délègue des fonctions ; il confie tel soin à celui-ci , tel autre soin à celui-là ; il les charge d'exécuter ses décisions , ce qu'il a réglé pour le bien commun selon les formes établies
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par lui, et qu'il peut toujours modifier, changer.
Hypocrites , qui vous dites chrétiens , ouvrez la loi chrétienne, vous y lirez : c Les princes des nations dominent sur » elles ; et ceux-là sont plus grands qui » exercent sur elles la puissance. 11 n'^i » sera pas ainsi entre vous; mais que ce- » lui de vous qui voudra être le plus » grand serve les autres; et que celui » qui voudra être le premier parmi vous » soit le serviteur de tous. »
Donc , à qui que ce soit qui osera se dire votre maître répondez : Non. Ne vous laissez ni opprimer par les hommes de violence, ni tromper par ceux qui vous pirêchent la servitude au nom de Dieu, qui s'efforcent de vous plonger dans Tabrutissement de l'ignorance, et disent ensuite : Le peuple mainque de lu-
mières et de raison ; il ne sauroit se conduire lui-même; il faut, pour son intérêt , qu'il soit gouvernée
Votre droit, au contraire , est que nul ne vous gouverne, ne vous impose des lois à son gré; qu'elles émanent de vous seuls ; que le dépositaire du pouvoir public exerce un simple office révocable, qu'il soit yotM^e- serviienr, et rien de plus.
Quand vous aurez reconquis votre droit, si vous en usez avec sagesse, le monde changera de face ; il y aura moins de larmes, et les larmes seront moins amères. Peu à peu le contraste de l'opulence extrême et de l'extrême indigence cessera d'affliger l'humanité. La faim hâve et morne ne s'assiéra plus à votre foyer. Tous auront l'aliment du corps et celui de l'esprit. Partagés comme ils le doivent être entre des frères, les biens
que la Providence nous a départis se multiplieront par le partage même. Les enfants ne demanderont plus en pleurant à leur père, lorsqu'il rentre le soir exténué de fatigue, le pain qui leur manque : ils n'élèveront plifâ leurs petites mains innocentes au ciel que pour le bénir de ses dons. Le sourire renaîtra sur les lèvres maternelles; et le vieillard rassasié de jours, en voyant vers Tautomnè le soleil, à demi voilé par les nuages du couchant, dorer de ses derniers rayons les feuilles jaunissantes et l'herbe flétrie , se réjouira dans le pressentiment intime et mystérieux d'un nouveau printemps et d'une aurore nouvelle.
Il ne suffit pas de connoitre vos droits, il faut aussi connoitre vos devoirs ; car la pratique du devoir n'est pas. moins nécessaire que la jouissance du droit au
maintien de l'ordre voulu de Dieu, et hors duquel vous n'avez rien à espérer sur la terre.
Le droit est la garantie de votre existence individuelle et de votre liberté ; il est votre liberté même; il fait que vous êtes une personne , et non une pure chose dont le premier venu est maître d'user à sa fantaisie.
Mais est-ce tout que d'exister ? est-ce tout que d'être libre? Rien ne subsiste isolément dans l'univers, ne s'appuie sur soi, ne se nourrit de soi. On donne pour recevoir, on reçoit pour donner, et la vie tarirait de toute part sans ce don mutuel et incessant de tous à chacuu et de chacun à tous.
Qui pourroit se passer entièrement de l'aide et du secours d'autrui? Nous en
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avons besoin dans Tenfanc^, nous en avons besoin dans la maladie, nous en avons besoin en tout et toujours. Représentez-vous un homme seul, sans relations avec ses semblables , n'en recevant rien , ne leur rendant rien : ce seroit le sauvage au milieu des bois ; ce seroit bien moins que le sauvage, car le sauvage vit en famille , en société ; ce seroit bien moins que l'animal qui a sa femelle et ses petits dont il prend soin, et, souvent encore , est associé , soit pour la défense réciproque , soit pour un travail commun , avec des individus de même espèce.
L'homme isolé des autres hommes, dé^ pourvu dès-lors et de langage, et d* intelligence, et d'amour, seroit au sein de la création une sorte de monstre sans origine , sans lien , sans nom , un je ne sais (^uoi indéfinissable qu'on regarderoit avec effroi.
9d lE Ll-VRE
Or, si la sympathie , Finstinct rappro* ehent les animaux selon leurs lois propres, le devoir coordonne et unit les créatures libres. Il est la base de la société, l'indispensable condition de Texistencc commune. .
Le droit concentre chacun en soi, car, ayant pour but immédiat la conservation de l'individu, tout droit, par son essence, est individuel ; et le peuple , sous ce rapport, n'est qu'un individu collectif. Réclamer un droit, c'est demander quelque chose pour soi. Le pur droit, séparé du devoir, seroit l'égoîsme pur, et par conséquent, selon le vieil axiome, la suprême injustice. Qu'est-ce, en effet, que l'injustice, sinon la préférence absolue de soi aux autres ou le sacrifice des autres à soi? Commettra un meurlre, un vol, un délit quelconque , tîe n'est que cela ; <;'est sacrifier autrui à sa passion , à sa
convoitise , à son intérêt exclusivement individuel.
Le devoir, au contraire , porte chacun au dehors de soi ; car il a pour but ia conservation , le bien de tous. Accomplir un devoir, c'est faire quelque chose d'utile à autrui. Le devoir pur est le pur dévouement, ou la justice et l'amour suprêmes. Qu'est-ce en effet que la justice et qu'est-ce que l'amour, sinon la préférence des autres à soi , ou le sacrifice de soi aux autres ?
Le droit est sacré, puisqu'il est le principe conservateur de l'individu ^ élément primitif de la société et sa racine nécessaire.
Le devoir est sacré, puisqu'il est le principe conservateur de la société , hors
de laquelle nul individu ne se développeroit ni ne subsisteroit.
Oh ! que la terre seroît heureuse , et que le genre humain avanceroit rapide* ment dans la voie où il ne doit s'arrêter jamais, si le droit étoit respecté toujours et le devoir toujours accompli !
Cet ordre merveilleux, ces belles et louchantes harmonies qui nous ravissent dans la nature, d'où viennent-elles? de ce que tout y est à sa place et s y maintient invariablement. Chaque être obéis* sant, avec une ponctuelle régularité, aux lois générales et à ses lois particulières, remplit fidèlement la fonction que lui assigna le Créateur. Du soleil, d'où s'épandent d'intarissables fleuves de lumière et de vie, jusqu'à la source qui tombe goutte a goutte du rocher, tout est ordonné pour une môme fin, et tout y concourt par une
infinie variété de voies, que la pensée. ad* mire d'autant plus qu'elle les contemple davantage. Il n'est pas dans l'univers une action, un mouvement qui, de proche en proche , ne coopère à b croissance d'une mousse ; et les mondes , après avoir parcouru comme die les phases de leur développement , se décomposent comme elle, nourriture préparée pour d'autres mondes.
Nulle créature dont Texistence ne dépende des autres créatures. H faut , pour qu'elles subsistent, qu'incessamment il s'opère entre elles une transfusion de leur être. Qu'est-ce que. vivre? Recevoir. Qu'est-ce que mourir? Donner. La vie, dans sa condition première , est un sacrifice , une communion perpétuelle et universelle.
Ce que les corps bruis, les plantes, les
animaux sans raison, ci soumis dès-lors à la nécessité » font aveuglément , par une impulsion Vitale et irrésistible, l'homme doit le faire librement ; il doit, se subordonnant au tout dont il est membre y aimer ses frères comme il s'aime lui-même, vouloir leur bien comme il veut son bien, se réjouir de leurs joies,, s'atfliger de leurs peines, les aider, les servir, s'identifier à eux , se dévouer pour eux, et travailler ainsi , par une union sans cesse croissante et dès individus et des peuples^ à consommer l'unité sainte du genre humain.
Le devoir 8'étend à tous les êtres, cartous ont leur place dans l'univers, tous y remplissent , selon les vues de la Sagesse suprême , des fonctions qu'elle défend dé
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troubler, tous jouissent du don divin cl ont drqit d'en jouir. En détruire ua seul par pur caprice, ou lui infliger d'inutHesr souffrances, est un acte mauvais, un acte apposé aux lois de Tordre.
Respectez Dieu dans ses moindres œuvres , et que votre amour embrasse ,.
comme le sien, tout ce qui respire et vit.
Si , en douant Fhomme d'intelligence ,.
il a fait de lui le roi de la nature , il n'a pas voulu iqu'il en fût le tyran. Son œil,, à qui rien n'échappe , a aussi un regard de père pour le pauvre passereau qui palpite sous votre main.
Nulle société possible sans le devoir^ car sans lui nul lien entre les hommes. U comprend, comme vous l'avez vu, la justice et la charité. ,
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Ne pas faire à autrui ce que nous ne voudrions pas qu'autrui nous fit, voilà la justice*
Faire pour autrui, en toute rencontre, ce que nous voudrions qu'il fit pour nous, voila la charilé.
Un homme vivoit de son labeur, lui, sa femme et ses petits enfants ; et comme il avôit une bonne santé, des bras .robustes, et qu'il trouvoil aisément à s'employer, il pouvoit sans trop de peine pourvoir à sa subsistance et à celle des siens.
Mais il arriva qu'une grande gène étant survenue dans le pays, le travail y fut moins demandé parce qu'il n'off roit plus de bénéfices à ceux qui le payoient, et en même temps le prix des choses nécessaires à la \ic augmenta.
L'homme de labeur et sa famille commencèrent donc à souffrir beaucoup.
Après avoir bientôt épuise ses modiques épargnes, il lui fallut vendre pièce à pièce ses meubles d'abord, puis quelques-uns même de ses vêtements; et quand il se fut ainsi dépouillé il demeura, privé de toutes ressources, face à face avec la faim. Et la faim n'étoit pas entrée seule en son logis : la maladie y étoit aussi entrée avec elle.
Or cet homme avait deux voisins, Tun plus riche, l'autre moins.
Il s'en alla trouver le premier, et il lui dit : tf Nous manquons de tout, moi, ma femme et mes enfants : ayez pitié de nous. »
Le riche lui répondit : « Que puis-je à cela ? Quand vous avez travaillé pour
moi» vous ai-je retenu \oire salaire ou en ai-je différé le paiement ? Jamais je pe fis aucun tort ni à vous ni à nul autre : mes mains sont pures de toute iniquité. Votre misère m'afflige » mais chacun doit songer à soi dans ces temps mauvais :
qui sait combien ils dureront ? »
Le pauvre père se tut» et, le cœur plein d'angoisse, il s'en retournoit lentement chez lui, lorsqu'il rencontra l'autre voisin moins riche.
Celui-ci , le voyant pensif et triste , lui dit : « Qu'avez-vous ? 11 y a des soucis sur votre front et des larmes dans vos yeux. » /
Et le père, d'une voix altérée,* lui exposa son infortune.
Quand il eut achevé : « Pourquoi, lui
dit l'autre , vous désoler de la sorte ? Ne sommes-nous pas frères ? et comment pourrois-je délaisser mon frère en sa détresse? Venez, et nous partagerons coque je tiens de la bonté de Dieu* »
La famille qui souffroit fut ainsi soulagée, jusqu'à ce qu'elle pût elle-même pourvoir à ses besoins.
Plusieurs années passèrent , après lesquelles les deux riches comparurent de^ vant le Juge souverain des actions humai nes^.
Et le Juge dit au premier : « Mon œil t'a suivi sur la terre : tu t'es abstenu de nuire à autrui , de violer son droit ; tu as accompli rigoureusement la loi stricte de justice; mais, en Faccomplissant , tunas vécu que pour toi ; ton âme sèche et dure n'a point compris la loi d'amour. Et
maintenant , dans ce monde nouveau où tu entres pauvre et nu, il te sera fait comme tu as fait aux autres. Tu as réservé pour toi seul les biens qui t'avoient été départis; tu n'en as rien donné à tes frères : il ne te sera rien donné non plus. Tu n'as songé qu'à toi, tu n'as aimé que toi : va, et vis de toi-même. »
Et, se tournant vers le second, le Juge lui dit : « Parce que tu n'as point été seulement juste , et que la charité pénétra ton cœur ; parce que ta main s'ouvrit pour répandre sur tes frères moins heureux les biens dont tu étois dépositaire , et qu'elle essuya les larmes de ceux qui pleuroient, de plus grands biens te seront donnés. Va, et reçois la récompense de celui qm a pleinement accompli le devoir, la loi de justice et la loi d'amour. »
Il est des devoirs de plusieurs sortes, des devoirs généraux et particuliers.
Ceux-là forment le lien universel des hommes j ceux-ci dérivent des relations
diverses qu'établissent entre eu^ la nature et la société.
Interrogez partout la raison qu'aucun préjugé n'altère, et la conscience qu'aucun intérêt , aucune passion n'a corrompue : elles vous répondront que r homme est sacré pour l'homme; que l'attaquer dans sa personne, sa liberté, sa propriété , c'est renverser la base de l'ordre, violer les lois morales, conservatrices du genre humain; c'est commettre un de ces actes qui , dans tous les siècles , chez tous les peuples, ont reçu le nom -terrible de CRIME.
11 y a une voix au dehors de vous, im^ muable, éternelle, et une autre voix au dedans de votis-même; et ces deux voix disent :
Tu ne tueras point, tu ne déroberas
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poiat , tu ne flétriras point la vertu de r^use nr la pudeur de la jeune vierge ; ta pensée même sera pure de ces abomi-* nations.
Gdui qui verse le sang de son frère est maudit sur la terre et maudit au ciel.
Et maudit encore esft celui qui, par ruse ou violence, hii ravit soit sa liberté, soit une portion quelconque de ce qu'il possède légitimement } qui porte dans sa famille le désordre^ avec tous les maux que le désordre engendre, la honte , la discorde , les angoisses du cœur, la défiance, h haine, et la ruine souvent.
Les plantes des champs étendent l'une près de l'autre leurs racines dans le sol qui les nourrit ^toutes, et toutes y croissent en paix. Aucune d'elles n'absorbe la
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sève d'une autre, ne flétrit sa fleur, n'en corrompt le parfum. Pourquoi l'homme est-il moins bon envers l'homme?
Bannissez de votre cœur les désirs mauvais et les pensées mauvaises ; car se complaire dans la pensée et dans le désir du mal , c'est avoir déjà accompli le mal.
Il y a des paroles qui tuent : veillez donc sur votre langue, et que jamais elle ne soit souillée par la médisance et la calomnie.
L'envie, la colère, la vengeance, la haine dévorent l'âme qui les recèle, et cette âme tourmentée est perpétuellement comme en travail pour enfanter te meurtre.
Vous a-t-on offensé , pardonnez pour
qu'on vous pardonne. Qui n'a besoin de pardon ? et qui peut se dire : Nul ne sauroit équitablement se plaindre de moi ?
Ne marchez point en des voies tortueuses, et que votre parole soit toujours vraie; que jamais die n'alarme l'oreille pudique y ni ne blesse le respect que l'homme doit à l'homme et se doit à luimême.
Il se doit encore d'éviter tout ce qui le dégrade et l'avilit en le rapprochant de la brute , tous les excès des sens, les habitudes funestes qui usent le corps, hébètent l'esprit , et font qu'en le voyant , ne reconnaissant plus la créature intelligente , on détourne de lui les yeux avec dégoût.
En nous sont deux êtres , l'animal et Fange ; et notre travail est de combattre
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l'on pour que T^utre domine seul , jusqu'au moment ou , dégagé de son enveloppe pesante , il prendra son essor vers de meilleures et plus hautes régions.
Ainsi faisant, vous ne nuirez à personne, vous serez justes; mais d'autres^ devoirs encore, de grands et sacrés devoirs vous resteront à rempUr.
Est-ce que celui qui s'est simplement abstenu de mal , qui n'a fait au prochain aucun tort, aucun bien non plus, est quitte envers lui et parfait devant Dieu ? En déposant au fond de notre cœur le germe de l'amour et de la pitié , de tous les sentiments sympathiques, le Père céleste ne nous a-t-il pas commandé d'autres vertus, et plus élevées et plus fé* condes ?
Voyez cette pauvre créature humaine
gisante au coin de la rue dans la défail* lanee du besoin, ou qu'un accident vient d'atteindre. Un homme la regarde ^ la plaint, et passe. Sui#*)e cause, se dit-il^ qu'elle soit en cet état, et qui m'a chaîné d'elle ? C'est bien assez d'avoir i songer à soi. Un autre la regarde aussi, et son âme s'émeut. Il s'approche, la prend dans ses bras^ la porté en sa maison , là couche sur soo lit > et la veille et la soigne comme le frère soigne son frère et taoïiwnanli..
De ces deux hommes , leqpiel a vrailaenl accompli le devoir ?
Toujours il y aura des maux sur la^ terre , et ces maux devront être soulagés toujours.
Votre frère a-t-i4 faim : vous lui dever Ilalimeat qui lui manque; est-il nu, sans
toit i sans asile : vous lui devez le vête* ment et l'abri ; malade , vous lui devez assistance. Il est votre chair, car vous êtes tous les membres d'un ipême corps que doit animer une même âme : traiteZ" le donc comme vôtre propre chair.
11 est bien des sortes de foiblesse, et bien des genres de dénuement; et toute foiblesse réclame protection , tout dénuement secours. Que seroit sans cela, je vous le demande, la société humaine?
que seroit le monde ? Que deviendroîent ceux que l'infirmité, la pauvreté, l'isolement, Tâge, la simplicité d'esprit, Tigno-» rance livrent, comme une facile proie, aux pièges du méchant?
Repoussez l'injustice faite à autrui avec la même fermeté , la même constance que si elle Tétoit à vous-même.
Étendez votre n^ain entre Toppresseur et
DU PEUPLE. itl
Topprimé. Votre frère , c'est vous, et quand oa l'opprime n'êtes-vous pas opr primé aussi ?
Que Torphelf a trouve en vqus un père, la veuve et le vieillard un appui y l'étranger un hôte secourable ; soyez l'œil de l'aveugle et le ^jipd du boiteux.
Ayez pour les affligés de ces paroles de l'âme qui tempèrent l'amertume des pleurs 1 11 qi'est point àe souffrances que la sympathie n's^Uége. Les tristesses de la vie se dissipent aux rayons de l'amour fraternel comme les gelées d'automne fondent, le matin, quand le soleil se lève.
Qui donne à propos un bon conseil, un sage avertissement, une instruction utile, donne plus que s'il donnoit de l'or; et communiquer ce qu'on sait , répandre
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b science, c'est semer le grain qui nour-rira les générations successives.
Ne croyez jamais trop faire pour garder la paix : la paix , fondement de tout bien , en est aussi le couronnement.^ Supportez les autres pour qu'ils voua supportent. N'avons- nous pas tous nos foiblesses , nos défauts , nos moments fâcheux? La patienoe émousse peu à peu les aspérités les {dus rudes : que rien donc ne l'épuisé en vous , ni les mots irritants, ni les vivacités provocantes» Soyez eomme la vigne , dont le suc est d'autant plus doux qu'elle croit en une terre i^erï^euse.
Respecter la vie, la liberté, la propriété d'autrui;
Ai^r autrui à conserver et à dévcfop-' l>er si vie , sa liberté , sa propriété :
Ces deux préceptes conliennent en substance les devoirs de justice et de charité. Le détail en seroit infini , car ils embrassent toutes les pensées, tous les sentiments, toutes les actions de l'homme, et un seul précepte les résume tous , le divin précepte de l'amour. Aimez, et faites ce que vous voudrez , car vous ne voudrez rien que de juste et de bon. Aimez , dit le souverain Maître, et vous accomplirez parfaitement la Loi.
xu
Outre les devoirs généraux, il en existe de particuliers , et premièrement les devoirs de famille.
La famille , permanente comme la so-
cîété, en est l'élément primitif. Les relations qai la constituent, antérieures aux lois positives, dérivent directement de la nature même. Un être incapable de se reproduire est un être incomplet : la femme est donc le complément de T homme. Us s'appellent, se supposent Tun l'autre, ne forment en deux corps qu'une mêmte unité, et les ^ifants qui procèdent d'eux ne sont en réalité qu'un prolongement, une continuation de leur être commun; ils revivent en eux, comme on le dit , et , par les générations successives , se perpétuent indéâniment.
Ainsi le mariage li'est point une institution arbitraire; il est l'union physique et morale d'un seul homme airacuna seule femme, qui se com^dèient l'un l'autre en s' unissant; et toute atteinte |K>riée au iàa« riage, à son unité, à sa sainteté, est une violatîott des lois naturelles , une révolte
DU PEUPLE. m
ÎBsensée contre le Créateur, ane source de désordres et de maux sans nombre.
Plus d'une fois on a yu se répandre dans le monde d'abjectes et licencieuses doctrines, destructives du lien conjugal. Repoussez avec horreur et dégoât ees hideux enseignements de quelques esprits dépravés, qui voudroient ravaler l'homme au niveau de la brute, et même au-dessous de la brute ; car en plusieurs espèces d'animaux on aperçoit déjà comme^ une foible ombre de ce qui devient, en s'élevant, l'union sainte d'où dépend la perpétuité du genre humain .
M'ayez point à rougir devant la colombe fidèle et pudique , et ne dégradez point le sacré caractère imprimé sur votre front par le doigt de Dieu.
as LE LITRE
Entre l'homme et la femme » Tépoux et répouse y les droits sont égaux , les aptitudes et les fonctions diverses.
La femme n'est point la servante de l'homme y encore moins son esclave; elle est sa compagne , son aide , les os de ses os, la chair de sa chair. A mesure que le sens moral se développe chez un peuple, elle crott en dignité et en liberté ; en cette sorte de liberté qui n'est point l'exemption du devoir et de la règle , mais l'affranchissement de toute dépendance ser-
vile.
Mari, vous devez à votre femme respect> amour et protection ; femme , vous devez à votre mari déférence, amour et respect. En lui donnant la force , Dieu Ta chargé des plus rudes travaux ; en vous donnant la grâce, et la tendresse, et la tlouceur^ il vous à départi ce qui en allège le poids ,
et fait du labeur même une intarissable source de joies pures.
Lorsque votre main essuie son visage mouillé de sueur , toutes ses fatigues ne sont-elles pas à l'instant oubliées ; lorsque son âme est triste et sa pensée soucieuse, une de vos paroles, un de vos regards ne ramène-t-il pas le calme en son cœur et le sourire sur ses lèvres?
L'homme seul est un roseau dont les soufiles divers qui l'agitent ne tirent que des sons plaintifs.
La nature pour vous est pleine d'enseignements : ouvrez les yeux, et les plus frêles créatures vous instruiront. Quand les flots, tourmentés par les vents d'hiver, écument et grondent, le pauvre oiseau de mer et sa compagne, réfugiés au creux d'un rocher, se pressent l'un contre l'au-
tre, et s'abritent et se réchauffent mu-* tuellement. Il y a bien des tempêtes dans la vie : prenez exemple sur T oiseau de mer, et vous ne craindrez ni les vents glacés, ni les vagues qu'ils soulèyenti
Hais la fin du mariage n'est pas seule* ment de rendre aux époux la vie plus fa* cile et plus douce : son but principal est de perpétuer, par la reproduction des individus, la grande famille humaine.
Pères, mères, qui de vous pourroit exprimer l'inénarrable joie dont vous très* saillîtes lorsque , pressant sur votre sein le premier fruit de votre amour, vous vous sentîtes comme renaître en lui ?
De nouveaux devoirs viennent à ce moment se joindre aux deyoirs primitifs destinés à unir l'époux et l'épouse. Autrement que deviendroient les foibles
er^tures qui tiennent d'eux l'existence?
La mère leur doit son lait et les soins assidus et le dévouement infatigable d'où dépend leur conservation dans les pre-mières années. Le père leur doit, avec sa tendresse et sa protection vigilante, le pain et le vêtement; il doit pourvoir à tous leurs besoins jusqu'à ce qu'ils puissent y pourvoir eux-mêmes..
Or, comment y pourvoi ra-t-il s'il s'abandonne à l'oisiveté , ou si /dominé par ses convoitises, il dissipe pour les satisfaire le produit journalier de son travail ?
Celui que l'habitude et la passion entraînent à de pareils désordres , qu'est-il sinon le meurtrier des siens ? Savez-vous ce qu'il boit dans ce verre qui vacille en sa main tremblante d'ivresse? Il boit les larmes, le sang, la vie de sa femme et de
ses enfants.
Les animaux s'oublient eux-mêmes pour ne songer qu'à leurs petits : voudriez-vous descendre dans l'abrutissement plus bas que les bétes des forêts?
Quand vos enfants auront reçu de vous la nourriture du corps, ne croyez pas avoir rempli tous vos devoirs envers eux. Vous avez à en faire des hommes ; et qu'est-ce que l'homme , si ce û'est un être moral et intelligent? Qu'ils apprennent donc de vous à discerner le bien du mal, à aimer l'un et à l'accomplir, à fuir
l'autre et à le détester.
Reprenez-les de leurs fautes, mais sans colère ni violence brutale , avec une fermeté affectueuse et calme. Qu'ils ne trouvent , par vos soins , qu'amertume sur la route du vice.
Cultivez dès le plus jeune âge et dé-
veloppez en enx les instincts élevés de notre nature, sur lesquels se fonde l'existence sociale y le sentiment de la justice et de Tordre, de la commisération et de la charité.
L^enseignement donné sur les genoux d'une mère et les leçons paternelles, con* fondus avec les souvenirs pieux et doux du foyer domestique, ne s'effacent jamais de l'âme entièrement.
Et ne vous figurez pas que des discours soient tout : les discours ne sont rien sans l'exemple. Quels que soient vos conseils et vos exhortations, ils demeureront stériles si vos œuvres, n'y répondent.
Vos enfants seront tels que vous , corrompus ou vertueux selon que vous serrez vous-mêmes vertueux ou corrompus.
Gomment seroient-ils probes, compatissants, humains, si vous manquez de probité, si vous êtes sans entrailles pour vos frères? comment réprimeroiènt-ils leurs appétits grossiers, s'ils vous voient livrés à l'intempérance? comment conserveroient-ils leur innocence native, si vous ne craignez point de blesser devant eux la pudeur par des actes indécents ou par d'obscènes paroles ?
Vous êtes le modèle vivant sur lequel se formera leur nature flexible. Il dépend de vous de faire d'eux ou des hommes ou des brutes.
Et comprenez encore ceci. Nous naissons tous dans l'ignorance , et l'effet de l'ignorance est la misère et l'abaissement. Celui qui ne sait rien , qu' est-il en ce monde et qu'y peut-il être ? A quoi estil propre? 11 n'a que ses bras, il n'a qu'un
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sîfnple instrument matériel , pour lui en partie stérile ; car la force physique tfa de valeur que celle qu'elle emprunte de l'intelligence qui la dirige. L'hommç ignorant est donc à peu près une pure machine entre les mains de ceux qui l'emploient pour leur intérêt personnel.
Or, voudriez-vous que telle fût la condition, de vos enfants? voudriez-vous qu'à jamais déchus de la dignité humaine, ils végétassent dans un labeur aveugle et presque sans fruit, semblables au bœuf qui creuse son sillon au profit du maître qui l'excite et le guide ?
Encore, au retour des champs, le bœuf est-il sûr de trouver le couvert et la nourriture ; et cette assurance, l'as-tu, pauvre peuple, qui vis chaque jour du travail incertain du jour ?
Vous devez donc à vos enfants Fins-
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truction comme vous leur devez le paîiï^, l'âliment de l'esprit aussi bien que l'aliment du corps. Il est vrai que , dans le triste état de la société présente , ce devoir vous est souvent difficile à remplir. Les nécessités matérielles vous assiègent tellement qu'à peine pouvez -vous avoir une autre pensée; et trop de gens croient de leur intérêt que vous restiez , vous et les vôtres, privés de la lumière à l'aide de laquelle. vous parviendriez à vous afft*anchir de leur dépendance , pour ne pas vous en rendre , autant qu'il est en eux , fe source inaccessible..
Cependant votre devoir subsiste dans les limites où il vous est possible de l'accomplir; et avec une volonté ferme peu d'obstacles sont insurmontables. Il y a une grande puissance dans la conscience du devoir^
Pères y mères , tels sont ceux que Dieu vous impose envers vos enfants. Enfants, apprenez aussi quels sont les vôtres envers vos parents ; car vous ne serez heureux et bénis qu'en y restant fidèles.
Honorez , aimez le père qui vous a transmis sa vie, la mère qui vous a nourris dans son sein et alaUé de ses mamelles. Y a-t-il un être plus maudit que celni qui brise le lien d'amour et de respect établi par Dieu même entre lui et ceux desquels il tient le jour ?
Vous êtes à vos parents un grand sujet de soucis. iM'ontHls pas sans cesse devant les yeux vos besoins de toute sorte , ^t ne faut-il pas qu'ils fatiguent sans cesse afin d'y subvenir? Le jour ils travaillent pour vous; et la nuit encore, pendant que vous reposez / souvent ils veillent pour n'avoir pas le lendemain à vous ré-