‹ Le Livre du propháete DanielChapitre 243 sur 318 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Messie » {Ibid., p. 554). Il n'est pas nécessaire de nous étendre longuement, pour rappeler à ce critique, que nous avons dissipé toutes les fausses difficultés amoncelées, par lui et par toute l'école rationaliste, contre la prophétie des soixante-dix semaines. Les fantaisies de tous ces ennemis du surnaturel restent des fantaisies. Nous avons vu que l'interprétation anti-messianique de cet Oracle a contre elle la lettre du texte, et qu'elle se trouve en opposition avec la chronologie et avec les événements qui s'y trouvent indiqués. Il est prouvé que cette prophétie tout à fait historique ne peut se mettre à l'optique des romans du rationalisme. Les critiques de cette école ont essayé de tout; et ils n'ont abouti qu'à substituer des interprétations de fantaisies aux exégèses similaires de leurs collègues. Ils ont fait de cette prophétie une énigme qu'ils se sont déclarés impuissants à résoudre et au sujet de laquelle ils ont pitoyablement échoué. C'est en vain qu'ils ont essayé de faire aboutir cette prophétie à Antiochus. Ils ont montré seulement que le désir de trouver Antiochus partout et spécialement dans le chap. IX, les ankylose et les stupéfie. Mais il ne leur a pas été possible de faire aboutir les soixante dix semaines à l'époque de ce monstre. Ils ont eu beau, pour les besoins de leur thèse, torturer le texte, prendre pour point de départ des époques qu'il n'indique pas, exagérer et interpréter inexactement un accent musical et, par cette opération inepte, dénaturer la prophétie ; ils ont eu beau négliger les articles et en mettre là où il n'y en a pas, donner à certains mots et à certains membres de phrases une interprétation qu'ils ne comportent pas, ils ont eu beau, disons-nous, se livrer à tous les tripatouillages, que nous avons relevés, ils sont obligés de reconnaître que la réalité ne laisse debout aucun de leurs arguments. Nous avons donné au lecteur les moyens de vérifier les falsifications dont ce texte a été l'objet de la part des rationalistes. Qu'il nous suffise de rappeler qu'ils n'ont pu faire accorder leurs systèmes avec la chronologie angélique : de quelque manière qu'ils aient voulu entendre les soixante-dix semaines, ils n'ont jamais pu les amener à égaler l'intervalle, compris entre l'époque qu'ils prennent pour point de départ, et la persécution d'Antiochus. En vain ont-ils essayé d'escamoter les sept premières semaines, d'accuser Daniel d'ignorance et recourir enfin à tous les subterfuges ; il est prouvé qu'ils n'ont abouti qu'à patauger dans un inextricable gâchis. Kuenen a dû lui-môme jeter sa langue aux chiens. Néanmoins il a encore osé se vanter d'avoir trouvé, par son « interprétation consciencieu-

se », que «l'auteur du livre de Daniel ne voit pas plus loin que la irort d'Antiochus Epiphane ». Nous avons déjà percé cette outre gonflée de paroles sans preuves, et nous en avons fait sortir le vide. Les « partisans de la thèse traditionnelle » peuvent, à bon droit, « en appeler à Dan. IX », pour prouver que l'horizon prophétique de Daniel s'étendait au-delà de la mort de ce persécuteur. Nous savons, d'un côté, que les vues surnaturelles de Daniel vont au-delà du troisième empire ou de l'empire grec-, et nous avons constaté aussi, d'un autre côté, que le texte du chap. IX nous transporte à une guerre de l'empire romain contre les Juifs. On ne peut, en effet, arrêter, à la persécution d'Antiochus, les versets 26-27, qui présagent, non pas « une profanation », mais « une destruction complète et définitive ». Cette destruction se rattache incontestablement à l'époque messianique. Il n'en est pas de même de la profanation du roi de Sjrie ; et c'est encore faussement que Kuenen prétend déduire des versets 26-27 que, d'après l'auteur du livre, « la mort d'Antiochus coïncide avec la venue du Messie ». S'il en avait été ainsi, les Juifs, 'qui devaient mieux comprendre la prophétie que nos rationalistes, auraient été, à l'époque des Machabées, dans l'attente du Messie, Or, on sait, que, à cette époque, les Juifs ne sont aucunement préoccupés de cette venue. Ils ne songèrent même pas à donner le nom de Messie ni à Judas Machabée, qui remporta de si glorieuses victoires sur le roi de Syrie, ni à Simon qui les affranchit du joug des païens, ni à Hjrcan qui réalisa l'idée asmonéenne relativement aux frontières historiques et naturelles de l'Etat juif : les temps et les autres signes indiqués par la prophétie ne convenaient pas encore. Il en fut tout autrement au bout réel des soixante-dix semaines : les dates mentionnées dans cette prophétie nous expliquent comment les espérances messianiques, que nous décrivent nos documents évangéliques, étaient si vivantes, si ardentes, chez les contemporains de Jésus. Ces réflexions suffisent bien certainement pour montrer que les interprétations imaginaires du rationalisme ne portent aucune atteinte à la messianité du chap. IX, et ne font pas aboutir les événements qui se trouvent prédits dans ce chapitre, au temps d'Antiochus Epiphane.

L'exégèse scrupuleuse et consciencieuse du texte montre , au contraire, que cette prophétie obtint son entier et parfait accomplissement au temps de Jésus-Ohrist. Elle fixe mathématiquement le temps de sa manifestation publique et celui de sa mort, suivie de la ruine de Jérusalem et de la dispersion du peuple

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