‹ Le Livre du propháete DanielChapitre 242 sur 318 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

quoi il met 490 entre ce point de départ et son terme final. Son texte prouve d'ailleurs qu'il s'adressait à des gens qui auraient été en état de contrôler sa chronologie et d'en constater l'exactitude. Autrement, ses lecteurs auraient été en droit de conclure qu'il avait parlé pour ne rien dire. D'ailleurs, pour atteindre le but qu'on lui suppose, l'auteur de notre livre n'aurait pas eu besoin de remonter aux soixante-dix ans de la captivité de Babylone et de parler d'une durée de sept semaines, de soixantedeux semaines et d'une semaine. Quel intérêt tout cela aurait-il eu pour les lecteurs d'un livre qui aurait paru dans les temps troublés de la persécution d'Antiochus Epiphane. Il en devait être tout autrement pour les Juifs exilés et pour les générations suivantes qui étaient fixés' csur les étapes d'une période qui devait aboutir au Messie. Daniel montrait ainsi à ses frères qu'un décret autoriserait la reconstruction de Jérusalem ; que l'Etat juif durerait ensuite soixante-deux semaines d'années qui seraient couronnées par la semaine de l'expiation du péché et de l'avènement des bienfaits messianiques.

L'impossibilité où se trouve le criticisme dit scientifique d'obvier aux inconvénients des systèmes imaginaires et arbitraires qu'il a fait éclore, est donc de toute évidence. Les efforts successifs d'érudition déployés par les rationalistes n'ont abouti qu'à la confusion, à l'impuissance définitive de rien fonder. C'était fatal, car ils ont travaillé à côté du texte prophétique et en dehors de lui. Ils commencent par donner à priori une interprétation à cette prophétie : ils déclarent d'avance qu'elle doit s'arrêter à Anticchus Epiphane ; ils fixent d'avance à Daniel cette limite : tu n'iras pas plus loin; il faut que tu aies vécu sous ce roi ; nous ne voulons pas que tu aies vécu avant cette époque. Puis, le criticisme s'efforce, par tous les moyens, d'ajuster avec ses théories les points clairs et bien définis du texte. Sans se préoccuper du point de départ indiqué par la prophétie., il cherche un point de départ à sa convenance; il arrange comme il veut les 7 + 62 + 1 semaines ; il les dérange, il les tourne ou les retourne, selon son bon plaisir ; et il constate enfin qu'il n'a pu aboutir à rien qui le contente. Alors, mécontent de n'avoir pu résoudre le problème, il s'en prend à l'ignorance du prophète. Tel est le raisonnement de cette école : le problème, tel qu'il est posé par nous, est insoluble; donc, le problème, tel qu'il est posé par Daniel est insoluble ; ou encore : le problème, tel qu'il est transformé piir nous, est insoluble » donc Daniel s'est trompé. Tout homme sensé comprendra que ce

ne sont là que des coq-à-1'âne ; et que ce n'est pas la faute de Daniel, si des rationalistes ont bousculé son texte de façon à le rendre méconnaissable. Nous avons vu, en effet, que le texte résiste, parce qu'il dit précisément ce que ces critiques intempérants ne voudraient pas qu'il dise, ou parce qu'il dit autre chose que ce qu'ils voudraient qu'il dise. En somme, cette école si ardente à chercher des accusations contre Daniel, a prouvé son impuissance radicale à en indiquer de sérieuses. Le roman relatif à l'ignorance de la chronologie chez Daniel n'est pas plus fondé que les autres romans du rationalisme, et le grand prophète peut dire, avec l'autorité incontestable qui lui appartient : « Ignorante et présomptueuse pseudo-critique rationaliste, commence par guérir ton ignorance, ton pédantisme, et ton incompétence, et, cessant de me faire dire ce que je ne dis pas, reconnais qu'il n'est pas vrai que l'auteur de la prophétie des soixantedix semaines se soit trompé ; et agenouille-toi devant les révélation qu'elle te présente.

Conclusion. — Notre commentaire sur la prophétie des soixante-dix semaines a pris des développements considérables, motivés par la gravité des conclusion qu'elle nous impose. Cette prophétie touche, en effet, aux intérêts essentiels du dogme messianique; elle est d'une importance capitale pour établir le caractère surnaturel du livre de Daniel ; elle constitue un miracle, qui nous permet de confondre les Juifs, les rationalistes et tous les ennemis de la religion chrétienne. Cette prophétie prouve invinciblement que Jésus-Christ est le Messie. Nos adversaires ont si bien compris la portée de cet oracle, qu'ils n'ont rien négligé pour en faire aboutir l'accomplissement à une période antérieure. Craignant les conséquences que nous sommes en droit de tirer de ce texte, ils ont fait tout ce qu'ils ont pu pour l'embrouiller. Cet acharnement de Tantichristianisme ne saurait étonner, lorsqu'on a compris l'importance des déductions qu'il prétendait tirer de ses combinaisons absurdes, de ses falsifications des textes, de ses rêveries, enfin, contre notre divine prophétie. Pour le comprendre, du reste, il suffit de lire ces lignes dont Kuenen fait suivre ses attaques contre le texte inspiré : « L'exégèse de Daniel IX : 24-27 nous a entraîné à de longues discussions, mais le résultat en est pour nous de la dernière importance. L'interprétation consciencieuse de ces versets nous a appris une fois de plus que l'auteur du livre de Daniel ne voit pas plus loin que la mort d'Antiochus Epiphane, événement, répétons-le, qui, selon lui, coïncide avec la venue du

Page 1