‹ Le Livre du propháete DanielChapitre 84 sur 318 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

gâte : et rursum œdificabitur platea... La particule conjonctive, placée devant le verbe tasûb n'aurait pas affecté le sens du texte, puisque le vav explicatif se traduit très bien par deux points. Les versions que nous venons de mentionner n'auraient donc pas eu besoin de le rendre par k<x\ ou par et. La liaison que Lengerke veut établir entre le relèvement de Jérusalem et les 62 semaines n'est, d'ailleurs, fondée en aucune façon. Il sait très bien que ce travail ne dura pas tout ce temps. Aussi trouve-t-il que la traduction :« pendant 62 semaines» est inexacte {unrichtig). Il reconnaît également qu'il ne saurait être ici question, comme Rôsch le suppose, d'un perfectionnement ou d'un achèvement de construction qui aurait eu lieu sous Séleucus IV, c'est-à-dire 55 semaines d'années après Cyrus. Mais il ne dit rien de sérieux lorsqu'il prétend qu'il faut traduire : « dans 62 semaines » (in 62 Wochen) et qu'il interprète ainsi ce passage : « Et quand à ce qui concerne les 62 semaines, en elles (in ihnen) la place sera relevée et rebâtie. » Il n'y a dans le texte ni « dans » ni « pendant », et, d'un autre côté, dépourvue de D2. (en eux dans les 62 semaines), la phrase signifierait que l'action de bâtir se poursuivrait d'un bout à l'autre des 62 semaines ou ne se produirait qu'à la fin de cette période. Le sens de ce passage ne peut être que celui-ci... « Jusqu'au Christ-Conducteur (seront) sept semaines et 62 semaines : la ville sera rebâtie... » (Evidemment, à la fin des 7 semaines, puisqu'après cette reconstruction, il n'est plus question que des 62 semaines : « Et après 62 semaines... »).

Ne se préoccupant pas plus que Lengerke delà valeur vraie de Yathnach, dont ils ont exagéré la fonction, de nombreux rationalistes ont donné dans le travers que nous venons de signaler. De Wette met un point et virgule après sieben Siebende (sept semaines), et Ewald après sieben Wochen (sept semaines. — Die Prophelen, etc., p. 568). Ces critiques ne se sont pas donné la peine de motiver la signification qu'ils donnent à l'accent des rabbins : pour eux, au verset 25, l'athnach est un point et virgule. C'est un dogme. Wieseler, cependant, n'attribue aucune importance à cet accent; il ne le rend même pas par une virgule : ... sind 7 Wochen und 62 Wochen.

Mais nous ne saurions nous empêcher de signaler une curieuse contradiction chez les critiques qui débitent, au'sujet de Yathnach, l'aphorisme inepte contre lequel se lèvent, pour le démentir, toutes les lignes de leurs versions de la Bible. Reconnaissant, en effet, que leur mésinterprétation de cet accent tourne à l'absurde,

ces rationalistes repoussent eux-mêmes, à peu près partout la manière de ponctuer qu'ils préconisent tant au verset 25 du ch. IX. Ainsi, au verset 2 de ce même chapitre, où Vathnach indiquerait un point et virgule, Lengerke met une simple virgule, qui, toute simple qu'elle est, ne laisse pas cependant que de l'embarrasser: «dans les livres, (dans) le nombre (in der Zahl). » Maurer a pu justement lui reprocher, à ce propos, de s'être embrouillé dans les vétilles de cet accent. Nous avons vu déjà en effet le cas que ce critique en fait (p. 864). Ce professeur de Leipzig, qui est aussi hostile que possible au livre de Daniel, et qui, au verset 25, affecte de ne rien dire au sujet de cet accent, tout en adoptant la coupure exagérée qu'il est censé représenter, s'oppose à ce qu'on en tienne compte au verset 2 ; il veut que Vathnach soit effacé, rayé : Delelor ! neque enim in talibus hœrendum est. Au point de vue de la ponctuation, Maurer a raison : cet accent là n'a aucune valeur. Pourquoi en aurait-il une au verset 25 ? C'est ce que ces critiques ne disent pas. Au ch. VIII, 20, Lengerke n'a pas jugé à propos de traduire, même par une simple virgule, l'accent placé sous le mot haqqeranaim (deux cornes). La même contradiction se trouve chez Moses Stuart qui ne connaît pas de point et virgule au ch. IX, 2 (I, Daniel understood by the Scriptures the number...), mais qui ponctue le verset 25 de façon à exagérer et dénaturer le rôle de Vathnach : seven weeks; and sixty and two weeks shall it be rebuilt. La raison qu'il donne de cette façon de ponctuer est que « l'auteur les a séparées » (The writer has separated them. — C'est ce qu'il aurait fallu prouver) — « ou, que quoi qu'il en soit, les Massorètes les ont séparées en plaçant un athnach sous sibhah » (p. 278). Ce savant critique comprend néanmoins très bien que cet argument n'est pas très concluant, et il ajoute : «Je ne dis pas que ce soit une autorité décisive; mais je puis dire que se départir des accents est généralement non désirable et la plupart du temps hasardeux (I say not that this is décisive authority •, but I may say, that departure from the accents is generally undesirable, and mostly hasardous. — ib.). Mais cette exagération du rôle des accents musicaux au point de vue d'une ponctuation arbitrairement déterminée, ne laisse pas que de surprendre, lorsqu'on sait que, en ce qui concerne le livre de Daniel, Stuart regarde les conjectures exégétiques des rabbins, à propos des qeris, comme étant elles-mêmes peu fondées (as usual, in this book, the Kethibh is the better reading — p. 95). Ces mêmes rabbins seraient néanmoins infaillibles à l'égard des modulations du texte! C'est une assertion que nous n'avons pas

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