CHAPITRE IX
une pause, il faut voir, d'après le texte, si elle a la valeur d'un point et virgule ou d'une simple virgule : par lui-même Vathnach ne déclare pas sa valeur ; n'oublions pas ce que nous a dit Buxtorf à ce sujet : sœpe minori distinctioni servire, ac proprio offtcio non fungi.
Ce sont là des règles parfaitement motivées, dont n'a pas assez tenu compte Sanctes Pagnino dans sa version de la Bible. Il croyait, sans doute, traduire plus exactement le texte en tenant compte de l'accent athnach. Mais il s'est trompé au sujet de l'intensité de la pause qu'il lui attribue. Aussi ne peut-on s'empêcher de constater que, peu conséquent avec lui-même, il le rend tantôt par une virgule et tantôt par un point et virgule ou par deux points. En lui donnant la valeur d'un point et virgule, il est arrivé à des résultats bizarres et qu'il n'est pas possible de maintenir. Ainsi, au verset 2 de notre ch. IX, après in libris, il met un point-virgule : Intellexiin libris ; numerum annorum... Au ch. VIII, 29, il agit de la même façon : Aries quem vidistihabentemcornua;Yeges Madaiet Paras. Le verset du ch. XXIII, 23, des Proverbes est rendu ainsi : Veritatem eme et ne vendas ; sapientiam et eruditionem et intelligentiam. Comment pourrait-on raisonnablement expliquer une pareille ponctuation ? 11 fallait voir que Vathnach, placé sous timkor, n'avait pour but que d'indiquer un moment de respiration, en partageant la phrase sans se préoccuper de la séparation qui se faisait du verbe et de son régime. On pourrait se demander aussi pourquoi Pagnino n'a pas mis un point et virgule après 'Elohim {Gènes., I, 1). Une simple réflexion à ce sujet aurait suffi pour montrera ce savant exégète qu'il n'était pas autorisé à attribuer à cet accent une importance plus considérable au verset 25 de notre ch. IX. En le traduisant ainsi qu'il suit, il en a dénaturé complètement la physionomie et la portée : Ab exitu sermonis ad reverlendi faciendwn, et ad œdificandum Jcrusalaim, usque ad unctum ducem, hebdomadœ septem ; et hebdomadœ sexaginta et duoi redibit, et œdificabitur platea et fossa, et in coarctione temporum. En donnant ici, sans la moindre raison, à Vathnach la valeur d'un point et virgule lorsqu'une virgule, qui même n'y est pas indiquée, aurait suffi, Pagnino a, inconsciemment, déposé une sottise dans l'imagination des rationalistes.
Ce fut d'abord le chevalier Marsham qui lança dans la circulation, en l'exploitant, cette fausse interprétation qui, en plaçant un point et virgule au lieu d'une virgule au milieu des indications chronologiques et historiques données par l'Ange, a
servi aux critiques antimessianiques pour faire violence au sens grammatical et historique du texte. Marsham s'exprime ainsi (Chronicus Canon Mgyptiacus, Ebraicus, etc., p. 269) : Interlinearis Pagnini éditio a-ciypiv hic recte posuit, propter accentum Athnach, qui distinguit periodos. A sequentibus enim hsec separanda sunt : distincti omnino sunt isti numeri et res diversas, aliquot seCulis inter se dissitas, désignant. Prior numerus Cjri tempora -, posterior Epiphanis indigitat. Nous réfuterons plus loin les divagations du chronologiste anglais et de ses partenaires. Ici, il suffit de faire remarquer que la séparation indiquée par le point et virgule entre les sept semaines et les soixante-deux semaines ne repose que sur une supposition en l'air. Une suffit pas de dire : « Yathnach distingue les périodes. » Cette affirmation est trop générale et trop absolue : cet accent distingue les périodes, quelquefois, pas toujours ; et puis, il n'est pas indifférent de savoir comment il les distingue. N'oublions pas que cet accent est avant tout de nature musicale et que, à proprement parler, il n'indique qu'un temps de respiraration; il n'a souvent pas même la valeur d'une simple virgule (4).
Il sera facile maintenant de relever les erreurs qui se trouvent émises à ce sujet par Rosenmûller, Lengerke et d'autres critiques de la même école. Rosenmûller traduit ainsi : Ab exitu verbi restituere et œdificare Hierosolymam ; et il commente
(t) Pour comprendre l'inanité de l'argument de Marsham, il n'y a qu'à voir comment il réfute lui-même le procédé qu'il emploie ici pour fausser le texte. Il donne comme une règle, à propos du vs. 25, que Yathnach exprime un arrêt sérieux et dûment traduit par un point et virgule. Or, on peut constater aisément le cas qu'il fait de cette règle. Nous trouvons, à cet endroit même de son livre, la traduction latine des quatre premiers versets et des versets 20-27 du ch. IX de Daniel. Voici comment il se conforme à la règle qu'il juge si importante. U athnach est rendu par une virgule aux versets 1, 4, 20, 21,24; par rien du tout aux versets 2, 3, 22, 24; par deux points aux versets, 23 (g ratios us es :), 27 (hebdomada una:) et par un point et virgule systématiquement aux seuls versets 25 (sept semaines; et soixante-deux semaines) et 27 (et non ei;). Wagenseil a donc pu répondre, avec raison, à Marsham que, renversant luimême bien imprudemment sa propre hypothèse, et contredisant ses paroles par ces actes., il ne peut pas demander qu'on lui accorde ce que lui-même n'a pas maintenu : Nimis igitur improvide propriam hypothesim evertil Marshamus. et suis dictis contraria exequutus est facto; nec potest proindre impetrare ut alii ei concédant, quod ipse sibi in hoenegotio non prgeslitit (Tela ignea, etc., t. II, p. 31).
ainsi cette version : i. e. ab eo inde tempore, quo promissum de restituenda et sedificanda urbe Hierosolymitana est datum (ce point de départ est adopté sans donner ancune raison), usque ad unctum principem hebdomades septem erunt. (Il ne motive en rien le parti qu'il prend de s'arrêter après les mots «sept semaines. ») Puis, il se contente de donner une simple affirmation comme preuve de la légitimité du choix de son point de départ. Dabar, verbum h. 1. intelligitur illud, quod supra, vs. 2, memoratur per Jeremiam editum oraculum, quo promissum erat, elapsis septuaginta annis fore ut Hierosolymae restituantur. Ainsi, pour justifier cette interprétation, Rosenmûller se contente de nous •dire : on entend (intelligitur), mais il ne dit : ni qui, ni pourquoi, ni depuis quand, on chipote ainsi ce passage du ch. IX. Il faut remarquer, du reste, que dans la traduction placée en tête de ce chapitre, Rosenmûller n'a pas osé tenir compte de Vathnach et qu'il ne l'exprime pas même par une virgule : Ab editu mandato de reditu, et de instauranda Hierosolyma usque ad unctum principem fore hebdomades septem et sexaginta duas, quibus redibitur et vici munimentaque instaurabuntur, idque in difficultate temporum.
La traduction de ce même verset 25 par Lengerke n'est pas mieux motivée : Vom Ausgange des Ausspruches , Jérusalem wiederherzustellen und zu bauen, bis auf einen Gesalbten, einen Fiirsten, sind 7 Wochen; und 62 Wochen — (so) wird wieder hergestellt und gebauet (die) Strasse ; und (zwar) ist es bestimmt, abcr im Druck der Zeiten. On peut voir que ce critique déraile dès le troisième mot. Que vient faire, en effet, ici cet article (des) qui n'est nullement indiqué dans le texte ? Il vient au secours d'un commentateur qui se noie et qui s'efforce de s'accrocher à un système fantaisiste. Puis, Lengerke ne, traduit pas le ^ de lehasib (pour rétablir) : il se contente dédire que cette lettre indique le contenu ou l'objet de la prophétie. Mais ce lamed le dérange un peu et il ne l'exprime pas parce qu'il donnerait à la phrase une tournure qui ne favorise pas son système. En réalité, le ^ devant les infinitifs signifie « pour. » On peut dire aussi qu'il donne à l'infinitif le sens d'un gérondif (ad reverti faciendum et ad œdificandum Hierosolymam) . Mais enfin, il faut le traduire. Nous avons déjà montré que la traduction : jusqu'à un Oint, un Prince, qui pourrait être exacte au point de vue grammatical, ne l'est pas ici au point de vue du contexte; il ne s'ngit pas ici d'un Oint, d'un Prince quelconque, mais de l'Orne, du Nagid, dont la venue ■était dans les préoccupations de tous les Juifs de cette époque.
La grammaire nous a, d'ailleurs, permis de regarder ces noms comme des noms propres et nous n'avons pu, pour des raisons tirées du contexte et de divers passages analogues, nous empêcher de les regarder comme tels. La prétention de couper la phrase après les mots « sept semaines » a été suffisamment réfutée. En attribuant une grande importance à Yathnach et en affirmant que les Massorètes ont bien fait de séparer ces deux déterminations de nombres, Lengerke se garde bien d'examiner la valeur de cet accent et de rendre compte de la pensée qui a porté les grammairiens juifs à les placer sous le nombre « sept. » Voici tout ce qu'il a pu trouver pour motiver la séparation exagérée qu'il a adoptée : 1° « Une époque de 62 semaines et pour elle-même séparément {fur sich allein) doit être comptée à cause de la répétition de cette expression au verset suivant et de l'article qui commence ce verset : « Et après les 62 semaines. » Evidemment, l'Ange indique ainsi une période qui succédera aux 7 semaines; mais il ne dit pas que les 7 + 62 semaines ne forment pas une période totale après laquelle apparaîtra le Messie-Nagid. Lengerke trouve que l'Ange aurait dû dire : « Après les 69 semaines. » Mais l'ange ayant fixé le terminus ad quem des «c sept semaines », et indiqué par là-même le terminus a quo des 62 semaines, n'a plus à s'occuper des sept premières : il n'a plus devant lui que la période des 62 semaines, dont il va indiquer le terminus ad quem, 2° Lengerke ajoute que tasûb se trouverait alors sans liaison avec ce qui précède. Mais, sans regarder cette partie du verset 25 comme une parenthèse ayant pour but d'assurer aux juifs que leur ville serait rebâtie, on peut constater que l'objection provient d'un défaut de vue d'ensemble de la prophétie contenue dans les versets 25-26. L'Ange commence par exposer la division des 7+62 semaines ; puis, il indique le terme de chacune de ces périodes : à la fin des 49 ans, la ville sera rebâtie ; puis, à partir de ces 7 semaines, après une période de 434 ans, le Messie sera mis à mort. On s'explique ainsi très bien que tasûb ne soit pas précédé d'un vav. La liaison ne devait pas se faire avec la période des 62 semaines qui précède ce mot immédiatement; il suffisait que l'ensemble du discours indiquât qu'il devait y avoir là deux points, et nous ne serions pas étonné que dans d'anciens manuscrits il y ait eu là un vav explicatif. Lengerke blâme les anciennes versions qui ont placé la conjonction « et » devant tasûb. Mais si la traduction a été mal faite à ce sujet, le texte avec vav ne donnerait aucun appui à l'hypothèse du critique. Théodotion dit : xoù liziaxpfyzi ; la Vul-