UNO HORUM QUATUOR MODORUM EVENIT, EST PROPHETIA ; ET QUI HOC
dicit, PROPHETA, se. est vel vocatur. At Daniel 7, 1, 16 et cap. 8, 2, 16, 17, primus modus occurrit; Daniel vero, cap. 9, f. 21. secundus modus : nam visio cujus ibi fit mentio ad tempus aliud refertur, et vers. 23, ad visionem attendere jubetur, non vero dicit angelum in visione locutum, quod in primo modorequirit Maimonides. Quicquid
D'ailleurs, il est facile de voir que « la prophétie par l'Esprit saint » se confond avec « la prophétie par l'Esprit de prophétie » (1). En effet, le ruah Elohim est tout à la fois un « esprit de prophétie » et un « esprit de sainteté » et c'est ce souffle du Très-haut ( Isaïe. XXXI, 1 ; XXXIV, 16; Ps. CXXXIX,7) qui produit tout ce qui est excellent, éminent et supérieur dans son genre. La vertu prophétique provient aussi de ce ruah Elohim et les saints livres attribuent à cet Esprit de Dieu la force pénétrante de prévoir les choses futures (II, Rois, XXIII, 2 ; Joël III, 1 et suivants; Mich. III, 8, Osée XII, 11; Jérém. XXIII, 25, 28; XXXI, 26). La prophétie est une action manifeste et puissante de l'Esprit de Dieu. C'est ainsi que nous lisons dans le Ier livre des Rois (X, 6) : « Alors l'Esprit de l'Eternel te saisira, et tu prophétiseras avec eux, et tu seras changé en un autre homme. » Saint Pierre s'exprime de la même manière : « Ce n'est point par une volonté humaine que la prophétie a été apportée autrefois -, mais c'est par le mouvement du Saint-Esprit que les saints hommes ont parlé » (II, Pierre, 1, 21). Les prophètes ont été « poussés par le Saint-Esprit et ils ont parlé sous le souffle de l'action divine, sous l'influence de cette action divine qui nous est représentée dans l'Ecriture comme étant l'action spéciale du Saint-Esprit. Ainsi, Ezéchiel nous dit qu'il a eu ses révélations par une pénétration de cet esprit dans son âme (II, 2; III, 24; VIII, 3 ; XI, 1, 5, 24; XXXVII, 1, etc.). Cependant les rabbins n'ont jamais douté qu'elles ne fussent inspirées « par la prophétie » et on n'a jamais contesté à Ezéchiel le titre de prophète. D'ailleurs, quelle dif-
sit, vel utrumque vel alterutrum modorum Danieli competere liquet : ut jam caetera loca in Daniele omittam. Verum enim vero nobis sufnciat Maimonidse confessio in eodem libro, parte secunda, cap. 25, fol. 122, p. 1, Daniel, Psalmi, volumen Ruth, et Esther,
OMNIA PER SpIRITUM-SaNGTUM SCRIPTA SUNT, ET HL ETIAM OMNES VO-
cantur in génère Prophétie. Quin etiam abundans Spiritus-Sancti gratia eaque prophetica in Daniele per totum librum agnoscitur. (Paraphrasis Jachidœ in Danielem, annot. p. i).
(1) Kuenen dit à ce sujet : « Dans tout l'Ancien Testament règne la conviction que l'esprit de Dieu et le prophétisme sont deux phénomènes (?) qui se tiennent, et que le dernier est la conséquence immédiate du premier. Tout d'abord, quand un homme, saisi d'un transport soudain, prophétise, on le rapporte à une irruption ou à une effusion de l'esprit sur lui» (Hcst. crit., etc., II, p. 592). Partout, en effet, la prophétie est marquée comme procédant de l'esprit de Jéhovah.
férence pourrait-on sérieusement établir entre les visions d'Ezécliiel, qu'il a eues lui aussi hors de la terre sainte, et les visions de Daniel? Est-ce que tous les deux n'ont pas vu des anges, entendu des voix? Sur quoi se fonderait-on pour prouver que les derniers degrés de la prophétie mentionnés par le fils de Maïmon constituent le vrai prophète? Comment prouverait-on que ces degrés n'étaient pas dans Daniel et qu'ils sont dans Joël, dans Abdias ou dans Jonas?
Les anciens juifs n'ont pas connu ces subtilités. Les rabbins du mojen-âge ne les ont imaginées que pour masquer leur ignorance et pour avoir l'air de dire quelque chose. On ne peut, en effet, s'empêcher de reconnaître qu'un écrivain protestant a naguère très bien exprimé, en ces termes, le jugement qu'il faut porter en général sur la science de ces commentateurs : « Les docteurs juifs ont été d'assez pauvres théologiens, et en particulier, pour ce qui regarde la science critique appliquée aux livres saints, ils se montrent d'une faiblesse qui parfois touche à l'ineptie. Ils savent très peu de chose de science certaine, mais voulant tout expliquer, c'est dans leur imagination faussée par le préjugé qu'ils cherchent le plus souvent la solution de toute difficulté » (Bulletin théol., 1866, pag. 296).
Daniel réclame, d'ailleurs, pour lui (ch. VII, 28; VIII, 18, 27; X, 7-10) le second degré de l'inspiration, c'est-à-dire celui d'Isaïe (VI, 5, 6) et d'Ezéchiel (I, 28 ; 11, 12). Le mode de ses communications avec le monde surnaturel se retrouve dans les autres prophètes. Moïse converse avec un ange, et il reçoit la Loi par le ministère des anges !Act. VII, 38, 53; Hébr. II, 2 et suivants; Galat. III, 19). Les desseins de Dieu sont aussi dévoilés à Daniel par l'entremise des anges (VII, 16; VIII, 16; IX, 2i). Mais ces communications n'en sont pas moins la Parole de Dieu. Les visions surnaturelles des symboles et la conversation avec les anges impliquent, en effet, des théophanies, des manifestations divines qui produisent dans l'esprit du voyant une véritable inspiration prophétique.
On a dit que les prophéties de Daniel se distinguent de certaines autres en ce qu'elles sont des visions, tandis que chez d'autres prophètes les visions sont plus rares et les révélations qui leur sont faites proviennent de discours. Mais qu'importe que l'œil et non l'oreille soit l'organe du prophète, du voyant ? En est-il moins doué du don de prophétie parce que ce sont des visions et non des paroles qui lui sont révélées.
D'autres rabbins reconnaissant que, quoique Daniel eut reçu
des révélations divines, cependant il ne les avait eues que dans des songes et dans des visions nocturnes qu'ils regardent comme un mode de révélation plus imparfait. Mais ces explications sont relativement modernes et nous n'avons pas à examiner ces théories sur des divers degrés de l'action divine dans l'esprit humain : elles ne reposent ni sur la Bible, ni sur aucune tradition sérieuse.
Il est certain que tous les livres compris dans le Canon des livres de l'Ancien Testament ont été inspirés de Dieu. Daniel a autant de droit au titre de prophète que Nahum ou même Isaïe, cela est certain, et les Juifs eux-mêmes l'ont reconnu ; témoin Josèphe qui parle à cet égard comme Jésus-Christ. Daniel a été en communication avec l'Esprit qui souffle où il veut; Daniel a été un organe du Saint-Esprit. Ce qu'il a écrit a été toujours considéré comme ayant été écrit sous l'action de l'Esprit de Dieu, comme digne d'une entière confiance et s'imposant à l'homme avec l'autorité d'une parole de Dieu. Daniel n'en possédait pas moins le don de prophétie et il n'en a pas moins mérité d'être appelé « prophète, » quoiqu'il n'ait pas été un nabi en Palestine.
Il n'y a du reste qu'à comparer les visions prophétiques avec les événements postérieurs. Car les Juifs n'ont jamais mis en doute l'authenticité de Daniel. Dès lors, on se voit forcé de conclure que Daniel fut un prophète et le plus grand des prophètes de l'Ancien Testament.
C'est même à cause de la supériorité de son esprit prophétique que son livre a été mis dans une place à part et que les rationalistes se sont tant matagrabolisé la cervelle afin de trouver quelque prétexte qui leur permit d'en contester l'authenticité. Aussi même au milieu de leurs discussions au sujet de l'inspiration propre à Daniel, les docteurs juifs ont-ils toujours reconnu que Daniel a été inspiré de Dieu, qu'il a prédit les événements futurs, qu'il a eu des révélations célestes et qu'il est vraiment un prophète. Abarbanel a soutenu contre Maïmonides que Daniel était doué des plus puissants pouvoirs prophétiques et il a refuté ce que Maïmonide avait dit de défavorable à Daniel (Comment, sur Dan. y f, 4 6, 3, f. 17, 18, 19). Joseph Jachides lui reconnaît le plus haut degré de la prophétie ou, comme il dit, l'extrême limite de la prophétie (nN133n Vuan nïp) (ad'cap. I, 17). Maïmonide luimême dit que les propriétés du vrai prophète compétent à Daniel (Fondement de la Loi, c. 7). Josèphe avait déjà très justement appelé Daniel « un des plus grands prophètes » (Ivf t£W neyiaTwv
^poorjTtov. — Antiq., liv X, c. XI, 7) -, et, d'un autre côté, le Talmud a très bien résumé la pensée de l'ancienne Synagogue et de tous les Juifs, en disant : « si tous les sages des nations étaient placés dans un des plateaux d'une balance et Daniel dans l'autre, il l'emporterait sur eux tous (Yoma, cité par Carpzov, p. 236, édit. du Pugio fidei de Raym. Martin).
Sentiment de Richard Simon. — Un homme qui ne saurait être suspect aux écrivains rationalistes résume ainsi ce débat : « Quoique les Juifs ne mettent point Daniel au rang des Prophètes (1), ils ne laissent pas de reconnaître que son livre est véritablement divin et inspiré, et qu'il renferme plusieurs prophéties. C'est pourquoi Isaac Vossius, le grand défenseur de la version grecque des Septante, n'a pas eu raison d'accuser les anciens Juifs d'avoir nié que Daniel fut Prophète, parce qu'ils se sentaient pressés par l'évidence de sa prophétie ; c'est à quoi ils n'ont jamais pensé. Selon ce raisonnement, il faudrait aussi leur faire un crime de n'avoir point mis David dans le rang des Prophètes; ils ne nient pas pour cela qu'il n'y ait plusieurs prophéties dans les Psaumes. La dispute qui est entre eux et nous sur ce sujet est une dispute de mots -, en sorte que Théodoret leur a fait là-dessus un procès très-mal fondé, comme si les Juifs ne voulaient pas que Daniel eut été véritablement inspiré de Dieu. Saint Jérôme (Prœf. in Dan.) leur a rendu plus de justice lorsqu'il a dit que les Hébreux qui ont divisé les livres sacrés en trois classes, n'ont pas mis Daniel dans la seconde qui contient les Prophètes, mais dans la troisième qui est celle des Hagiographes.
» La prophétie de Daniel n'est donc pas moins dans le recueil des livres sacrés qui composent le Canon des Hébreux, qu'Isaïe, Jérémie et les autres Prophètes ; aussi Josèphe l'appelle-t-il un des très grands Prophètes (Antiq. , lib. X). Quand donc les Juifs disent que Daniel n'est point Prophète, ils ne veulent pas marquer par là qu'il n'ait point été inspiré de Dieu, ni que son livre ne contienne aucune prophétie; mais ils ont parlé de la sorte pour de certaines raisons qui leur sont particulières. Si nous les écou-
(1) Au lieu de « ne mettent pas Daniel, » il aurait fallu dire : « Ne mettent pas le licre de Daniel. » C'est, du reste, la pensée de R. Simon. Pour faire disparaître l'équivoque, il faut dire : « Quoique les Juifs ne mettent point le licre de Daniel au rang des prophètes, ils ne laissent pas de reconnaître que ce livre... » Simon reconnaît, en effet, que Daniel lui-même est mis au rang des prophètes par le Talmud et par tous les rabbins.
tons, David et Daniel ne doivent point être mis dans le rang des Prophètes, parce que leur manière de vivre dans les embarras de la cour était éloignée du genre de vivre des autres Prophètes. Cette manière de vivre a-t-elle empêché que Dieu ne se soit communiqué à Daniel, et qu'il ne lui ait révélé de très-grandes choses? En un mot, puisque les Juifs avouent que le livre de Daniel renferme plusieurs prophéties importantes, ils doivent le reconnaître avec les Chrétiens, et même avec Josèphe qui était Juif, pour un très grand Prophète. Tout ce qu'ils peuvent alléguer contre Daniel, c'est qu'il n'a pas été envoyé de Dieu pour annoncer au peuple ses prophéties ; mais ils inféreront seulement de là qu'il n'a pas été du nombre de ces Prophètes qui ont porté leur parole au peuple en pleine assemblée : ce qu'il ne pouvait pas faire, puisqu'il n'était pas dans Jérusalem d'où il avait été envoyé fort jeune, ce qui ne diminue en rien l'excellence de ses prophéties. L'auteur de la Chronique des Juifs intitulée Seder olam, qui est un livre assez ancien, n'a aucun égard aux subtilités de ces docteurs. Au ch. 20 de cette Chronique, où il traite de Prophètes en particulier, et du temps auquel chacun a vécu, il nomme Daniel avec les autres : il met, de plus, Mardochée parmi les Prophètes et dans la même classe qu'Aggée, Zacharie, Malachie, qui ont tous prophétisé, selon lui, la seconde année de Darius (1). »
Daniel prophète-historien. — Daniel diffère des autres prophètes en ce qu'il est d'une façon plus accentuée un historien, La qualité de prophète ne peut lui être contestée, et il a mérité celle d'historien. Aussi est-ce justement que son livre a été nommé « une histoire de l'avenir. »
Pour le fond, il se rattache aux autres livres prophétiques; la donnée capitale est toute pareille -. c'est le Messie attendu. Les prophéties de Daniel relatives à la christologie ont leur place marquée à côté des prophéties contenues dans le psaume CX , dans Isaïe (LUI) et dans Zacharie (VI, 10, 13). Mais ces prophéties ont un caractère particulier : elles font voir le moment précis où le Messie viendra établir son règne et le moment où il viendra juger le monde. Daniel distingue clairement la première venue du Messie et sa seconde apparition. Ce qu'il y a, en effet, de plus admirable dans ces prophéties de Daniel, c'est qu'il désigne clairement le temps auquel le Messie doit paraître, l'abo-
(1) Critique de la Biblioth. des auteurs ecclès. et des Prolég. de. la Bible, publiés par Ellies-du-Pin, tom. 4°, p. 280 et ss.
lition des sacrifices et des cérémonies de la loi mosaïque, et l'année même où Celui qui est la Justice éternelle recevra l'onction sainte, et deviendra chef d'une nouvelle nation destinée à remplacer le peuple infidèle et déicide.
Mais les révélations faites à Daniel ne se rattachent pas seulement aux deux grandes manifestations messianiques ; il ne se contente pas de considérer les puissances du monde comme intervenant dans l'histoire du peuple juif. L'originalité de ce prophète se manifeste aussi en ce qu'il envisage la puissance païenne dans les phases successives de son développement et en rapport avec le règne de Dieu. Les prophètes qui ont vécu avant la Captivité ont proclamé des oracles concernant l'Egypte , l'Assyrie, Babylone, Tyr. Daniel saisit la suite des développements de la puissance de ce monde. Les grandes monarchies s'élèvent l'une après l'autre, et le prophète voit se développer en elles, avec des violences et des hostilités déterminées, le principe d'opposition au règne de Dieu. Daniel abonde ainsi en détails historiques et politiques : il voit comme déroulée devant ses yeux l'histoire qui doit s'écouler entre le moment où il écrit et l'avènement du Messie. C'est l'apparition de la prophétie apocalyptique ; c'est la révélation d'une série d'événements futurs que l'homme ne peut connaître que par une manifestation ou apocalypse divine qui s'étend au loin à travers les temps et les peuples. Le cercle de la révélation s'élargit donc pour Daniel. La prophétie revêt, dans son livre, la forme apocalyptique, qui donne plus de détails et, en particulier, des détails chronologiques. Sous l'inspiration divine, le narrateur en extase est moins un orateur enthousiaste qu'un historien exact et précis. Ne soyons donc pas étonnés en constatant que le livre de Daniel contient et condense un grand nombre de faits. Ce n'est pas sans motifs qu'il inaugure le genre qu'on a nommé apocalyptique d'après le titre du livre de saint Jean.
Motif de ce nouveau prophétisme ou de cette forme apocalyptique. — Une partie de' la prophétie de Daniel est révélée et écrite pour une période dépourvue de révélations prophétiques ; elle est destinée à éclairer une longue période privée de révélations directes. Elle a donc dû être plus détaillée. Pendant plus de 400 ans aucun prophète ne devait apparaître en Israël: Daniel fut chargé de prophétiser pour ces quatre siècles qui ne virent pas de prophètes. Il n'est donc pas difficile de voir que Dieu avait de grands desseins en suscitant un homme tel que cet illustre prophète. Il s'en est servi comme d'un flambeau pour pro-
jeter des lumières sur le temps obscur qui marque la période de la captivité et sur les siècles confus qui suivent.
La forme apocalyptique est donc très appropriée à l'époque de la captivité. Le peuple de Dieu va se trouver dans une situation nouvelle. Une nouvelle période dans l'existence de ce peuple demande une forme nouvelle du prophétisme. De nouvelles instructions appropriées à ses nouvelles destinées sont transmises aux enfants d'Israël. Des prophètes, Aggée et Zacharie seront encore au milieu d'eux pour les exciter à rebâtir le temple et à garder la loi ; Esdras et Néhémie s'occuperont de réformer les mœurs, de reconstruire la ville et de rétablir (420-397 av. J.-C.) la nationalité juive -, Malachie, enfin, le dernier des prophètes de l'Ancien Testament, prophétisera la venue du Précurseur et l'avènement du Messie dans le Temple. Mais à partir de ce moment, le prophétisme doit s'éclipser. Sous les Machabées eux-mêmes, Israël ne devait pas voir se produire ce qui s'était vu toutes les fois que ce peuple avait gémi sous quelque servitude.
Dieu, cependant, n'avait pas abandonné les Juifs : Il leur avait réservé, pour cette période, le livre du prophète le plus surprenant, le plus caractéristique, le plus éclatant par la supériorité de ses révélations. Daniel fut choisi pour annoncer à ses coreligionnaires les desseins de Dieu -, le prophète de la captivité eut pour mission de servir de colonne de lumière pendant les quatre siècles de ténèbres qui séparent le temps des derniers prophètes et la première venue du Messie, suivie de la ruine de Jérusalem par les Romains. Il éclaira ainsi la voie des hommes pieux d'Israël pendant les siècles privés de prophéties, et il servit de flambeau au peuple de Dieu dans une période pendant la quelle il devait se trouver presque toujours entre les mains des païens.
Objection relative à l'originalité des prophéties de Daniel. — Quelques adversaires de ce prophète partent, pour l'attaquer, du fait que sa manière ressemble fort peu aux écrits des prophètes antérieurs à la Captivité et ils en concluent que ce livre a été écrit au temps des Machabées, c'est-à-dire au second siècle avant notre ère. Ainsi nous avons devant nous ce raisonnement burlesque : Le livre de Daniel diffère des autres écrits prophétiques; donc il a été écrit à l'époque des Machabées ! Mais -on a beau répéter ce raisonnement sur tous les tons, nous trouvons que la conclusion nous laisse froids et nous voyons très bien qu'elle n'est nullement conforme aux principes de la logique. Nous admettons, en effet, que Daniel est un prophète original,
que l'on ne peut passer de la lecture des livres d'Isaïe et des autres prophètes d'avant l'exil à la lecture de Daniel sans s'apercevoir d'un grand changement; le livre de ce prophète, nul ne l'ignore, se distingue des autres livres de l'Ancien Testament; il a un caractère qui lui est propre, une physionomie à part.
Mais de quel droit les adversaires du Daniel de la Captivité veulent-ils l'empêcher d'inaugurer un genre nouveau ? D'après eux, il faut que ce Daniel n'apporte rien de nouveau ni comme idée ni comme facture. Tous les prophètes doivent être mis rigoureusement au même pas, et réglés comme des montres marines. Des particularités de tout genre affectent le caractère des écrits bibliques ; chaque composition prophétique offre des caractères distincts : Isaïe est autre qu'Ezéchiel, saint Paul autre que saint Jean ; la révélation est reçue par chaque prophète, mais de telle sorte qu'elle est réfractée, pour ainsi dire, et qu'elle prend une direction particulière selon le caractère individuel du prophète. Daniel seul ne doit pas s'écarter de la ligne. Tout cela n'est permis que sous Antiochus Epiphane !
Cependant, s'il y a eu une époque qui autorisât une évolution profonde ou tout au moins une manière nouvelle et caractéristique dans le génie prophétique, c'est bien la période de la Captivité et de la dispersion des Juifs dans l'Asie centrale.
Pour juger le livre de Daniel, il faut rappeler quelques souvenirs qui éclairent la conception de cette œuvre et en font mieux comprendre le caractère ; il faut se pénétrer de la situation faite au peuple élu pendant l'exil et comprendre la mission de notre prophète (pp. 33-36). Alors, on n'est pas étonné que l'œuvre de Daniel se présente avec un caractère nouveau. Ce caractère serait inexpliquable sous la plume d'un pseudo-Daniel du second siècle. D'ailleurs, les fameux critiques n'ont jamais preuve que la nouveauté ait tardé à paraître jusqu'à cette époque.
En ce qui a trait à la forme du livre de Daniel, on ne trouve pas chez lui des prophéties présentées généralement sous la forme oratoire; nous y trouvons des récits qui ont pour objet des songes et des visions. Il est vrai, toutefois, que cette forme de révélation apparaît chez d'autres prophètes. Isaïe décrit l'admirable vision dans laquelle il contemple Jéhovah sur sou trône (ch. VI) et nous pouvons citer encore les visions de Jérémie (ch. XXIV), d'Amos (ch. VII-IX) et surtout celles d'Ezéchiel.
Nous voudrions bien savoir, d'ailleurs, comment s'y prendraient les grands génies du rationalisme pour prouver que Dieu n'a pas pu, durant la Captivité, lancer un de ces astres qui tra-
cent un rayon lumineux tout neuf. Qu'est-ce qui leur permettrait de supposer que Dieu n'a pas pu créer, à cette époque, dans Daniel un foyer d'inspiration originale? Ils ne peuvent opposer que leurs parti-pris systématiques. Mais le livre de Daniel, dont l'authenticité est incontestable (voy. § X), suffit et au-delà pour renverser toutes ces critiques de mauvais aloi. Il nous prouve que Dieu a, au temps de l'exil, renouvelé le prophétisme dans son fond et dans sa forme. De sorte que, sous son inspiration, Daniel a exprimé dans une langue nouvelle, de nouvelles idées et produit un renouvellement profond des sentiments du peuple juif à l'égard du Messie.
Objection relative aux détails et à la grande précision. — On dit encore que les prophéties de Daniel datent d'une époque très éloignée du temps de leur accomplissement et que, d'ailleurs, les événements y sont prédits avec des détails tellement circonstanciés, qu'on pourrait prendre la prédiction pour une histoire-, en un mot, aucun prophète n'a annoncé l'avenir avec une précision si minutieuse. Telle est l'objection proposée d'abord par Porphyre et accueillie par une troupe nombreuse et bruyante d'écrivains modernes. Ainsi Lengerke prétend que l'inauthenticité du livre de Daniel est prouvée par le caractère de la prophétie (der Charakter der Weissagung) et tout particulièrement par sa précision (und zwar ihre Bestimmtheit). Cette objection pourrait être invoquée pour prouver que l'ouvrage n'est pas authentique..., s'il n'était pas prouvé qu'il est authentique. Mais comme la preuve de l'authenticité et de l'ancienneté du livre est inattaquable, il n'en résulte qu'une chose : c'est qu'on est forcé de conclure à l'origine surnaturelle de ces prophéties.
Il est, en effet, très vrai que certaines prophéties de Daniel sont très claires, surtout après leur accomplissement; il est très vrai qu'elles sont si détaillées qu'elles donnent presque au lecteur l'illusion d'un livre historique.
Mais il faut reconnaître aussi qu'il y a, quelquefois, chez les autres prophètes, des prédictions très précises et très spéciales. Moïse, par exemple, a prophétisé pour l'avenir le plus rapproché et pour un avenir très lointain. Il est faux, d'ailleurs, que les autres prophètes aient toujours annoncé les événements sans le détail des circonstances (Voy. Isaïe XIII, XIV, XV/XIX-, Jérémie ch. XLVIII, XLIX ; Ezéch. ch. XVI, XVII, XXIX et XXX). Ces prophètes prédisent, avec l'événement principal, un grand nombre de circonstances.
Les prophéties de Daniel portent aussi tantôt sur des événe-
ments prochains, tantôt sur des événements futurs plus éloignés de l'histoire judaïque. On remarque surtout une très grande précision dans les prophéties du IXe et du XIe chapitres. Mais ce caractère particulier tient à l'importance des événements qui y sont prédits et au but spécial que Dieu se proposait d'en faire connaître le moment et l'issue. La persécution d'Antiochus, par exemple, est un événement des plus importants de l'histoire des Juifs. Entre le retour de l'exil et la venue du Messie, la tentative impie d'Antiochus, pour détruire le culte de Jéhovah, forme un point capital, sur lequel Dieu pouvait fort bien vouloir porter la pensée de son peuple, afin que, lorsque le temps de la persécution serait arrivé, il ne se crut pas abandonné et qu'il sut qu'elle aurait une fin consolante pour lui.
Cette persécution d'Antiochus se trouve prédite dans une prophétie historique détaillée des règnes des Ptolémées et des Séleucides ; on y voit des indications précises relatives à une série assez longue d'événements concernant les rapports des Juifs avec ces divers rois d'Egypte et de Syrie. Il semble même, au premier abord, que la prédiction de ces événements n'a aucun rapport avec le règne du Messie. Mais on voit bientôt que, en dehors du but que Dieu se proposait en vue de l'intérêt que ces prophéties devaient avoir pour le peuple d'Israël contemporain du tyran, il y avait un motif de faire connaître à l'avance des événements qui devaient arriver avant l'avènement du Fils de l'Homme. On pouvait, en effet, conclure de cette sorte : les prophéties du VIIIe et du XIe chapitres se sont accomplies ; donc, les prophéties du VIIe et du IXe, relatives au premier avènement du Messie s'accomplirent aussi. Enfin, de l'accomplissement de toutes ces prophéties nous devons conclure également que la prophétie du XIIe chapitre, qui a pour objet la résurrection des morts et le jugement dernier, s'accomplira également.
Nous le reconnaissons donc très volontiers, la prophétie du XIe chapitre est très spéciale ; elle peut passer pour une description historique prophétisée, pour une histoire anticipée, quoiqu'elle offrit de grandes obscurités avant son accomplissement. L'Ange entre dans de minutieux détails sur les guerres des Séleucides et des Lagides (XI, 5-20) ; il retrace un tableau fait avec tant de précision que l'on peut, l'histoire en main, suivre le texte et y retrouver parfaitement les personnages mentionnés. La description du règne d'Antiochus et de ses persécutions (21-45) est très remarquable. Bref, la précision est beaucoup plus grande chez Daniel que dans les prophéties des autres
écrivains inspirés. Mais au lieu de reconnaître qu'il est impossible de ne pas tenir pour certain que ces prophéties ont précédé les événements (§§ IX et X) et que, dès lors, nous sommes forcés de conclure à l'inspiration divine du prophète, l'école rationaliste s'appuie, au contraire, sur la clarté et la précision que présentent ces prophéties pour soutenir qu'elles ne sont que des descriptions dues à un pseudo-Daniel qui aurait vécu du temps d'Antiochus Epiphane.
Voici, du reste, comment Reuss expose cet argument contre l'authenticité, argument présenté comme puisé dans la nature des prophéties de Daniel. « Des doutes non moins graves nous sont suggérés par la nature même des prédictions qui forment la substance principale de cet écrit. Voici un prophète qui ne se borne pas, comme tous les autres, à décrire en contours généraux les péripéties suprêmes du monde, mais qui en sait les moindres détails. Les autres peignaient l'avenir d'une manière pittoresque, il est vrai, et leurs tableaux étaient assez hauts en couleur ; mais ils se contentaient d'écraser les ennemis de leur nation d'une manière sommaire, et ce qui plus est, toutes les éclatantes victoires du droit, de la vertu et de la vérité, dont ils offraient la perspective à leurs lecteurs, étaient annoncés pour le lendemain, ou du moins il n'y avait pas, dans leurs prévisions, de quoi remplir un intervalle quelconque entre le moment présent et la fin désirée (1). Ici, c'est tout autre chose. La perspective de Daniel s'étend à des siècles, et son regard, plongeant dans un avenir caché à tous les autres mortels, est d'autant plus sûr et plus pénétrant, qu'il porte sur des événements plus lointains. Car, non seulement il connaît toute la série des rois Séleucides et Lagides, leurs guerres et leurs mariages, mais il sait le nombre de jours que durera la profanation de l'autel de Jéhovah et la cessation de son culte (chap. VIII, 4 4 ; XII, 14) » {Bible, etc.).
Cette objection ne nous apprend qu'une chose, c'est que Daniel raconte d'avance quelques événements, d'une manière très détaillée, et que le regard du prophète est plus pénétrant lors-
(1) Cette assertion de Reuss montre qu'il n'a pas compris le but que se proposaient les prophètes en ramenant l'esprit de leurs compatriotes sur les temps messianiques. Il aurait compris que « les éclatantes victoires du droit, de la vertu et de la vérité » n'étaient pas annoncées comme devant se réaliser « le lendemain » du jour où le point précis et spécial de telle ou telle prophétie se serait accomplie. Voy. à ce sujet les remarques que nous exposons dans le commentaire du chap. XII.
qu'il porte sur certains faits relatifs au règne d'Antiochus. D'abord nous pourrions objecter que le regard du prophète n'est pas moins sûr lorsqu'il dépeint la succession des empires ou lorsqu'il compte le nombre d'années qui doit s'écouler entre une date indiquée et l'avènement du Messie sous un quatrième empire qui ne peut être que l'empire romain. D'un autre côté, nous ferons remarquer qu'il n'est pas étonnant que l'auteur ne se soit pas étendu sur l'histoire des rois de Perse ou sur les successeurs immédiats d'Alexandre. Il est tout naturel que les détails se dessinent plus nettement à mesure que la prophétie du XIe chapitre s'approche du temps d'Antiochus. C'est en vain que l'on s'efforce de trouver dans le détail de ce règne et du règne de ses prédécesseurs une marque qui indiquerait une transition entre la réalité historique et ce que l'on se plait à présenter comme étant purement du domaine de l'imagination.
En effet, de ce que les événements relatifs au règne d'Antiochus sont racontés d'une manière très détaillée, il ne suit pas que la date de la prophétie du ch. XI« soit donnée par les événements qu'elle prédit. Reuss trouve qu'elle renferme des erreurs historiques au sujet des rois de Perse (nous verrons que cette assertion est on ne peut plus fausse), et que la perspective devient plus claire à mesure qu'elle embrasse des événements plus récents, et qu'elle s'arrête à un moment que « l'on peut déterminer exactement le calendrier de l'histoire en. main » (loc. cit. y p. 216). Mais c'est là un singulier raisonnement. Daniel n'a pas cru devoir s'étendre sur les règnes de Cyrus, de Cambjse, de Darius d'Hystaspe, de Xerxès et des autres rois de Perse ; donc il n'a pas pu vouloir donner des détails précis au sujet du plus cruel tyran qui devait mettre un jour la foi et la nationalité juives dans le plus grand danger. Nous avons déjà indiqué les motifs qui ont porté le Dieu d'Israël à prémunir son peuple et à lui faire comprendre'qu'il ne l'abandonnerait pas dans ce moment critique.
Su r quoi, d'ailleurs, se fonde-t-on pour faire à Daniel un reproche au sujet de sa trop grande clarté en ce qui touche à cette grande persécution ? A-t-on prouvé qu'il est plus difficile au souverain Etre qui connaît toutes choses, de prédire toutes les circonstances possibles d'un événement ou de révéler toute la suite de plusieurs événements dans leur ordre naturel, que d'en indiquer une seule circonstance ? On n'a prouvé rien du tout. Il aurait fallu, du reste, prouver que la prophétie est impossible. Or, c'est ce que l'on ne prouvera jamais.
Remarquons de plus que l'on ne peut guère discuter sérieusement avec de pareils obstructionnistes. Une prophétie est obscure à certains égards : donc elle ne prouve rien; une autre est d'une clarté telle que, après l'événement, on l'assimilerait presque à un récit historique : donc elle est supposée. Comment faut-il donc qu'elle soit pour avoir leur approbation ?
Arrêt arbitraire de la prophétie au règne d'Antiochus. — D'un autre côté, il est faux que toutes les prophéties de Daniel s'arrêtent à ce roi persécuteur. On peut aussi voir, « le calendrier de l'histoire en main, » d'autres faits qui rentrent aussi dans l'horizon du prophète et à la suite desquels il place l'époque messianique. A cet égard, les textes ne laissent rien à désirer : ils sont on ne peut plus transparents, et nous ferons voir qu'il n'est pas permis aux rationalistes de s'arrêter à mi-chemin. lisseront forcés de reconnaître que, d'après leurs propres principes, ils devraient reporter la composition du livre jusqu'à la destruction finale de Jérusalem sous Titus, car la prophétie des LXX semaines (ch. IX) compte les années jusqu'à la mort de J.-C. et indique la ruine de la Ville et du Temple comme la conséquence de cette mort. Ainsi, pour se débarrasser des prophéties de Daniel, il ne suffit pas de reporter la composition de son livre jusqu'après le règne d'Antiochus Epiphane , il faudrait le reporter jusqu'au premier siècle de l'ère chrétienne. C'est dans cette impasse que conduit la fameuse règle de Porphyre. Les rationalistes reculent, il est vrai, devant cette énormité, et ils ont fait des efforts inimaginables pour altérer la prophétie messianique du IXe chapitre et la prophétie des quatre empires (ch. VII). Nous les verrons nier les choses les plus évidentes, avoir recours à des moyens qui ne prouvent rien, et se livrer à une besogne tout à fait vaine. D'un autre côté, ils essaieront inutilement de nier l'authenticité du livre. Nous prouvons que le livre est de date ancienne et qu'il ne peut, en aucune façon, être de l'époque machabéenne (§§ IX et X).
Envisagée en elle-même, l'exacte désignation de la série des événements ne prouve donc pas que le livre qui la contient a été écrit après l'événement. Les prophéties rapportées par Daniel sont possibles chez un homme inspiré de Dieu. Une inspiration de ce genre n'est pas impossible à Dieu : il peut communiquer une vision de détails. La seule recherche qui doive se faire à ce sujet est donc relative à un fait : on doit examiner si le prophète a vécu et prophétisé avant les événements prédits (Voy. ^ IX etX).
Nous discuterons aussi plus loin (ch. VII et IX) les fausses légendes imaginées par le rationalisme pour prouver que toutes les prophéties de Daniel s'arrêtent au temps d'Antiochus , et pour faire croire que les prédictions qui vont au-delà de cette époque ne se sont pas accomplies. Nous verrons qu'ils n'arrivent à ce résultat qu'en falsifiant le texte (Voy. ch. VII et XII).
De tout ce qui précède, nous pouvons conclure que Daniel a eu des intuitions prophétiques qui ont été, avec raison, rangées au nombre des oracles les plus remarquables de l'Ancien-Testament. La prophétie apocalyptique rappelle, en effet, et indique plus manifestement une action plus étendue de Dieu sur le voyant. Dans ce genre d'inspiration, Dieu donne des lumières qui dépassent la mesure ordinaire des révélations prophétiques. En un mot, la prophétie apocalyptique est l'expression la plus parfaite de tout un ordre d'idées, de toute une phase du prophétisme chez le peuple élu. Aussi croyons- nous pouvoir appeler Daniel le plus grand des prophètes qu'ait eus le peuple hébreu : aucun prophète n'a une auréole plus lumineuse.
Motif de la place distincte que le livre de Daniel occupe dans les Bibles hébraïques. — Nous avons vu que ce livre a une physionomie particulière et qu'il se distingue des autres livres de l'Ancien-Testament. Mais ce qui frappe surtout, c'est que Daniel est le prophète historien de la période anté-messianique : il décrit des événements qui devaient s'accomplir dans une période postérieure à la Captivité et jusqu'à l'accomplissement des destinées du peuple d'Israël par l'avènement du Messie. Daniel est le génie qui parut comme un guide lumineux à la tête de la nation juive dans sa marche à travers les siècles qui vont de Malachie à saint Jean-Baptiste. Il dut, dès lors, paraître très naturel de mettre son livre parmi les écrits historiques qui se rattachent à cette période (Esther, Esdras, Néhémie). Ainsi la place de Daniel parmi ces écrits prouverait qu'on a voulu donner à ce prophète un rang supérieur à celui qu'occupent les autres prophètes, s'il y avait des rangs supérieurs et inférieurs parmi des livres qui sont tous inspirés de Dieu. Au sujet de la légende fabriquée par les rationalistes , à propos des Ketûbim, mot dont ils n'ont pas compris ni le sens ni la portée, voy. ch. II, § IX.
Ordre et dates des prophéties de Daniel. — Ce grand serviteur de Dieu a prophétisé depuis le commencement de la Captivité jusqu'à la troisième année du règne du Cyrus. Nous ne parlons pas ici des révélations dont le récit se trouve dans les six premiers chapitres, comme celle qu'il eut la deuxième] année de
Nabuchodonosor (603 av. J.-C.)» au sujet de la statue des quatre métaux, et celle qui eut lieu à la fin du règne de Balthasar (an 558). Contentons-nous de mentionner ici les visions des six derniers chapitres.
La première vision, qui se trouve au ch. VIIe [récit parallèle du ch. II]. arriva la première année du règne de Balthasar (561). C'est la vision des quatre monarchies et du royaume messianique : elle ne peut être limitée au règne d'Antiochus. La deuxième vision eut lieu la troisième année du règne du même monarque (558) : elle a pour objet l'empire d'Alexandre et elle aboutit au temps des Machabées (ch. VIII). La troisième vision eut lieu la première année de Darius le Mède (557). Elle contient la prophétie des LXX semaines (ch. IX). Enfin dans la troisième année de Cyrus (534), le prophète eut les révélations des événements racontés aux ch. Xe et XIe, ainsi que la prophétie qui a trait au second avènement du Messie (ch. XIIj.
Ces prophéties sont classées dans l'ordre chronologique indiqué par les dates de Tannée où le prophète eut sa révélation. Elles ne se suivent pas dans l'ordre chronologique des faits prédits. Ainsi, au ch. IX, Daniel annonce les temps et les circonstances de la venue du Messie , tandis que c'est au ch. XI qu'il prophétise des événements qui devaient se dérouler depuis Cambyse, successeur de Cyrus, jusqu'à Antiochus Epiphane. Ces événements sont antérieurs au premier. Il suffit de savoir que ces visions sont classées dans l'ordre des temps où il a plu à Dieu d'en favoriser son prophète.