‹ Le Livre du prophète DanielChapitre 19 sur 27 · NATURE ET CARACTÈRE DU LIVRE · texte numérisé non relu

NATURE ET CARACTÈRE DU LIVRE

l'Ancien Testament. C'est, en effet, la prophétie du Messie qui en forme l'unité, le sujet réel : tout la prépare et y vient aboutir. A côté de révélations dogmatiques et morales, nous trouvons des prédictions relatives aux événements futurs, tellement précises, qu'il n'y a pas, dans les écrits des autres prophètes, une page qui offre quelque chose de supérieur. Ce livre suffit à lui seul pour prouver la théorie juive et chrétienne relative à l'inspiration des prophètes. Il nous offre aussi le récit d'une série de miracles parfaitement enchâssés dans le cadre qui leur convient. Les miracles composent la trame des annales du peuple israélite, et ils apparaissent surtout aux époques critiques.

Daniel nous enseigne aussi une philosophie de l'histoire qui s'éclaire des lumières divines. En attestant sa croyance à la Providence et à la mission divine qu'avait reçu le peuple élu, il montre d'une façon évidente que le sens du divin est nécessaire pour comprendre l'histoire.

Ce livre est aussi très important pour la science moderne, à laquelle il fournit des lumières précieuses sur l'histoire des idées dans la société babylonienne au temps de la Captivité. On y voit ressusciter l'âme des générations éteintes et disparues de la scène du monde cinq siècles avant notre ère. Cet ouvrage d'un si haut vol a souvent l'attrait d'un roman. Le sujet du livre, les récits et la conduite des pensées créent un grand intérêt dans l'esprit des lecteurs.

Nature et caractère du livre. — Deux questions fondamentales se présentent à nous : la première est relative à son origine (son auteur, sa date) ou à son authenticité ; la seconde concerne le sens du livre. Cette dernière question doit être résolue la première, car il est nécessaire de connaître la pensée du livre, sa composition, son contenu avant de se prononcer définitivement sur sa provenance. De là résulte la nécessité d'analyser le livre et de donner une esquisse rapide du contenu de ce livre. Nous allons en retracer brièvement l'économie.

Analyse du livre. — Il contient d'abord une notice préliminaire sur la situation de Daniel à la cour de Babylone ; puis, il nous offre cinq récits d'autant d'événements remarquables de la vie du Prophète et de ses trois compagnons, et enfin quatre révélations qui lui sont communiquées.

Il faut d'abord constater que l'auteur n'a pas eu pour but d'écrire une histoire continue des Juifs ou des rois de Babylone pendant la Captivité. Il ne s'est pas proposé non plus d'écrire sa propre biographie d'une façon complète. Il ne raconte de l'his-

toire de son temps que ce qui est nécessaire pour faire voir comment il fut amené à accomplir la mission que Dieu lui avait destinée. Puis, il expose quelques événements dans lesquels son intervention présente un déploiement éclatant de la puissance et de la bonté de Dieu. Ainsi, il interprète le premier et le deuxième songe mystérieux de Nabuchodonosor -, il explique à l'impie Balthasar les mots de mauvais augure tracés sur le mur -, enfin, il montre comment il attaqua le polythéisme et comment il soutint la cause du Dieu d'Israël sous Darius le Mède.

Daniel ne nous apprend rien au sujet du règne des successeurs de Darius. Mais rien n'indique qu'il soit tombé en disgrâce. On sait, d'après VI, 28 et X, 4, qu'il occupait un poste honorable pendant les trois premières années du règne de Cyrus.

Tels sont les événements indiqués au sujet d'une vie qui a été, pendant soixante-dix ans, en contact avec la cour des rois de Babylone. Ainsi Daniel n'a pas songé à faire sa biographie, encore moins a-t-il eu le dessein d'écrire une histoire des souverains qui régnaient de son temps en Chaldée ou des Juifs qui y vivaient en exil. Quant à ces derniers, Daniel en parle très peu : seul, le fragment historique de Susanne nous permet de jeter un coup d'œil sur un intérieur des Juifs aisés à Babylone et nous fait voir que de bonne heure le page israélite de Nabuchodonosor était tenu en grande estime par ses compatriotes.

Comprenons donc bien que le Prophète ne s'est pas proposé de nous donner l'histoire des rois de Babylone. Il ne s'occupe même pas des faits et gestes des trois rois babyloniens qu'il mentionne. Nabuchodonosor, qui régna quarante-trois ans, prit Jérusalem, fit diverses conquêtes -, et Daniel se contenta de ne parler de ce roi qu'à propos des deux songes fameux et de la dédicace de l'idole colossale. De Balthasar, l'auteur ne nous fait connaître que les derniers instants de sa vie. Le récit relatif à Darius est borné à quelques faits qui indiquent la situation faite à Daniel, la naïveté de ce roi d'origine mède qui adore Bel et le Dragon, les intrigues des courtisans et la protection divine qui ne manqua pas au Prophète au moment du danger.

Ainsi, les fameux critiques modernes qui ont supposé que Daniel a voulu écrire, dans son entier, son histoire et celle des rois de Babylone pendant la Captivité, se sont étrangement trompés. C'est à tort qu'ils lui reprochent d'avoir écrit un ouvrage qui, à leur point de vue, leur parait incomplet. Il a fait le tableau qu'il s'est proposé de faire. De quel droit lui en demandet-on un autre ? Les rationalistes répètent à l'envi des clichés

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