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LE RAPPORT OU DE LA DESTINÉE

La bêtise occidentale a sept têtes :

le café, le cercle, le journal, le jeu, le lupanar et le café concert.

La femme est le prisme où le désir mâle vient se décomposer, elle est le plan analytique de l'Eros.

L'homme emporte en son éternel devenir l'acquêt intellectuel et son illumination d'élu dépend de son ascèse d'homme.

Le peuple a été le prétexte et le moyen de l'avènement bourgeois, on l'a ameuté contre la monarchie et il l'a renversée. Le roi n'osa jamais le forcer au servage militaire, le roi le faisait racoler individuellement, le soûlait pour qu'il

signât son engagement. Après la petite fête de 179-3, un homme vint qui leva les enfants de seize ans et mit à la torture les mères soupçonnées de cacher leur fils : cela ne pouvait durer, et quand le calme revint, le peuple tira au sort. Quand il eut un bon numéro, il put se louer comme remplaçant, il sortait alors du service avec quelques milliers de francs et la vie assurée : il a préféré le plaisir tout moral de voir des riches pâtir comme lui, s'il est possible que des riches pâtissent jamais autant que des pauvres. Aujourd'hui, jusqu'à quarante-cinq ans, il est l'homme chose et ne peut pas s'absenter deux mois sans se montrer à la gendarmerie, à l'aller et au retour, comme un simple repris de justice. Il paie deux sous la boîte d'allumette qui vaut deux centimes à Jersey, qu'on donne gratis à Bruxelles à l'acheteur d'un cigare; il paie seize sous un litre, dans l'année où le vin naturel coûte trois sous le litre, il paie dix sous quarante grammes de tabac qui valent dix centimes, il paye l'air qu'il respire, cinquante-cinq centimes par fenêtre, il est mis en prison pour trois mois s'il s'endort sur un banc sans cinq sous dans sa poche,... mais il est souverain,.

Toutes les grandeurs se payent, même les illusoires; certains jours, le peuple met un m or-

ceau de papier où il y a un nom dans une caisse de bois blanc; voilà toute sa compensation, elle lui suffit. Il faut ajouter que des cabotins assez monotones et des courtisans assez piètres lui font des discours et lui balancent un vague encensoir au nez.

L'infinitésimalité de la dose homœpathique se trouve vérifiée au morar : le passant est un trente-six millionnième de roi, et cela lui suffit.

On lui promet ce qu'il demande, on ne lui donne rien; mais ce soir des promesses fut un si beau soir, le monsieur debout cognait si fort la table, hurlant : « tout par le peuple et pour le peuple » que ce seul souvenir apaise les rancœurs.

Il est représenté à la Chambre, il y a quelqu'un qui parle pour lui, quelqu'un qui est son avocat; et comme il se félicite d'être un trente six-millionnième de roi, il se gaudit d'être un quinze millième de député.

Qui donc a cultivé dans l'âme vulgaire, ce mauvais mysticisme de souveraineté ; et comment des êtres si étreints par la réalité, s'entêtent-ils pour des songes? Demandez-le au bourgeois? Je crois utile d'exhumer par instant les crétins décédés, pour la confusion de ceux qui vivent encore : écoutez Babeuf: « La nature a donné à chaque

homme un droit égal à la jouissance de tous les biens.

« ... Les travaux de l'enseignement ne seront pas réputés utiles, et ceux qui les exercent n'auront pas un brevet de civisme.

« .... La grande communauté nationale entretient tous ses membres dans une égale et honnête médiocrité.

« .... Tout commerce particulier avec les peupies étrangers est défendu.

« .... Il ne sera plus introduit dans la république ni or; ni argent. »

Ce regrettable fou a été guillotiné en 1797, à l'âge de trente-quatre ans; il avait succédé à Robespierre, dans l'estime de la Montagne.

Si le peuple n'était pas envoûté par les avocats, l'homme du Sceptre lui tiendrait ce langage — « Que veux-tu mon ami? — manger, te vêtir, te chauffer, te loger et n'être pas victime de la noblesse ; tout cela est légitime. Mais si tu veux lire les journaux, t'occuper de politique, aller au café concert et à l'opérette, prétendre à la science infuse, tu n'es plus un malheureux qui intéresse, tu es un fou qui étonne. » Le peuple réclame autre chose, il ne veut pas seulement cesser de souffrir, il veut commencer à jouir : il est en République, c'est-à-dire, on doit go u ver-

ner à son profit : on lui a dit que depuis des siècles, nobles et bourgeois s'abreuvaient de sa sueur, il veut du bon temps, il veut faire la fête. La démocratie s'appelle le gouvernement par le peuple : on appelle peuple la catégorie sociale qui vit de son travail manuel. Or, l'instruction ne peut s'acquérir sans qu'on s'y consacre entièrement: donc, le peuple ne peut pas être instruit, ni compétent. Comment les ignares gouverneront-ils? en déléguant des pouvoirs aux plus instruits. Mais comment des ignorants discernerontils les instruits? Donc il est impossible que le peuple gouverne, ni même qu'il choisisse ses gouvernants. Celui qui proférerait ces vérités serait assommé dans une réunion électorale !

Le peuple, essentiellement animique, ne raisonne pas, il ressent : quiconque ne le flatte pas peut renoncer à ses suffrages; le représentant du peuple commence toujours par être le courtisan du peuple. Or, un courtisan est un menteur, donc tous les députés mentent ; car s'ils ne mentaient pas, ils ne seraient pas élus. Avant 1883, on promettait le retour d'Henri V aux ouvriers légitimistes; on promet n'importe quoi.

Comédie de bas aloi, la République fait suite au prétexte pris par les bourgeois pour remplacer la noblesse, et rien de plus.

Mais il y a les socialistes convaincus: ce sont des aliénés incapables de raisonnement, ce sont les fous de la justice ; le mouvement de leur cœur paraît beau, la formule de leur cerveau idiote.

Il y a de la charité dévergondée dans leur cas, mais l'inquisition était aussi de la foi dévergondée !

Ce qui ôte à la démocratie tout prestige, c'est son aveu de profiter un jour des abus dont elle souffre aujourd'hui. Le peuple contemporain ne veut pas la justice, mais les biens matériels; il entend succéder au bourgeois, avoir son tour. Les promesses du club flamboient en lettres de flamme devant ces pauvres esprits.

Interrogez les radicaux modérés, ils ne veulent pas leur droit, ils veulent le pouvoir. Sur leurs lèvres « bourgeois » a le même sens que celui de pékin dans la bouche d'un officier; et l'adjectif s'y ajoute en pensée : « sale bourgeois, sale pékin. »

Or, devant cette menace du nombre, il faut le contrepoids de la force, et si le désarmement était possible devers l'étranger, il ne le serait pas en face des socialistes.

Ces vaniteux étourdis, au lieu de s'embusquer derrière les questions d'économie politique, ont poussé des cris de mort : et désormais l'armée

a pris une raison d'être et d'utilité pendant la paix. Voilà le résultat de théories ineptes, de criailleries d'ivrogne !

La caractéristique de la démagogie c'est l'infantilité ; le sans-culotte est un mioche pervers, cruel, terrible, mais un mioche : il peut casser comme un jouet une institution, faire des décombres, mais dès que cette furie s'arrête, l'homme d'ordre, bourgeois ou noble, viendra pour reconstruire. Le peuple ne peut rien pour luimême, jamais il ne discernera ses vrais intérêts. Mû sans cesse par des idées féeriques qu'il veuf concrétiser parla violence, son effort ne lui profite pas; il désire le pouvoir, et il n'a droit qu'à la protection, car s'il est le nombre il n'est pas la force .

Dans le chapitre de l'oligarchie, nous avons su en quoi consistait l'aristocratie du travail; mais elle s'appelle pour le peuple : capital, c'està-dire tyran.

Nous avons dit que toutes questions devaient être connues, préparées par les plus compétents des intéressés, et il a paru que cela n'était qu'une moitié de la question. En effet, la justice d'une question de travail se résout par la comparaison du côté patron et du côté ouvrier.

Le Sceptre ressemble à ce bâton d'Hermès

où viennent s'enrouler harmonieusement les serpents de la dualité ; en toute matière politique il y a deux aspects, l'un oligarchique, l'autre démocratique: ne voir que l'un des deux sera toujours une injustice, les satisfaire également une impossibilité, car les intérêts sont opposés et les passions contradictoires. L'ouvrier veut le plus haut salaire avec le minimum de travail ; le patron, au contraire, tend à exiger le maximum de travail avec le moindre salaire : l'homme du Sceptre doit décider.

Il est donc nécessaire que les trois séries de travailleurs, les paysans, les ouvriers et les commis, aient une représentation et des cahiers périodiques : mais, au lieu de l'exposer à la perte de temps des meetings et au verbiage infructueux des assemblées, ils doivent élire leurs mandataires par une échelle de suffrages de plus en plus restreints, de façon à n'avoir qu'un porte parole ou porte cahiers.

Le mémoire imprimé devrait se substituer au discours, en toute matière économique.

Toutefois, ces cahiers de la main-d'œuvre ne devraient traiter que des besoins du manouvrier, sans toucher à rien de général ni de gouvernemental, et ne parler littéralement que sur la vie matérielle et l'indépendance relative : car les pro-

grammes idéologiques sont des duperies. Écoutez ce programme politique : « Nous voulons un ordre de choses où toutes les passions basses et cruelles soient enchaînées, toutes les passions bienfaisantes et généreuses éveillées par les lois, où la patrie assure le bien-être cle l'individu, où chaque individu jouisse de la prospérité de la patrie.

« Nous voulons substituer la morale à l'égoïsme, le mépris du vice au mépris du malheur, l'amour de la gloire à celui de l'argent. Nous voulons, en un mot, remplir les vœux de la nature, accomplir les destinées de l'humanité, tenir les promesses de la philosophie, absoudre la Providence du long règne du crime et de la tyrannie. » N'est-ce pas magnifique ? Voulez-vous la date ? 5 février 1794 ; Voulez-vous l'auteur? Robespierre.

Quoique je suive une voie de dénonciation personnelle, je dois à un homme de génie, le marquis de Saint- Yves, l'énonciation de son système, qui, partant des mêmes principes d'occultisme et d'ésotérisme, présente des ressemblances vives et fréquentes avec ce que je propose :

« La loi politique, celle des Etats laïques ou non, se définit en trois Pouvoirs : Délibératif, judiciaire, exécutif.

« La loi sociale, celle des Nations, religieuses ou non, devra, elle aussi, se définir en trois Pouvoirs

sociaux, enseignant, juridique, économique. »

Telle est le schéma de la Synarchie, beau nom digne de titrer toute vérité sociale.

Le peuple est l'être physique ; et, inférieur, les animiques lui doivent leur secours et les intellectuels leur tutelle.

L'ouvrier peut s'élever jusqu'à l'artiste et les castes fermées sont des erreurs.

Les facultés d'un être marquent seules sa place sociale, et lorsque Jean Racine se laissa ennoblir, il y eut risée parmi les sphères.

Le créateur, savant ou écrivain, ne doit recevoir de l'Etat que l'exemption des corvées et les conditions de son œuvre, c'est-à-dire un peu d'or. Donner la légion d'honneur à un génie c'est le rabaisser au niveau d'un bon serviteur.

Je l'ai dit, d'après Aristote, l'homme supérieur est à lui-même sa propre loi : il est au-dessus de la société, tandis que le peuple reste au-dessous : l'homme supérieur ne désire pas le pouvoir, tout acte est moindre que sa pensée et l'homme inférieur ne peut pas prétendre au pouvoir, car tout acte est supérieur à l'absence de pensée.

Le peuple, je le ressasse, n'a d'autres droits que ses besoins ; mais précisément parce qu'il est irresponsable et exclu du gouvernement, il doit être d'abord satisfait.

Tout ce qu'il y a de chrétien et de légitime dans les revendications populaires se résume dans une seule formule, le droit au travail, même pour l'ouvrier âgé.

11 devrait y avoir un ministère de la misère où se présenteraient chaque matin tous les pauvres en chaque ville : chacun serait interrogé sur son métier, jugé sur ses facultés et puis expédié par convois spéciaux dans le Midi, où la vie est moins dure au malheureux ; mais non pas en des villes : en rase campagne, où seraient établis des ateliers gouvernés par des moines.

Je vois d'ici le demi tour de la moitié de ces gueux préférant musera travers Paris et certains jours se glisser au café concert de barrière, je les comprends peut-être, ceux-là, mais je cesse de les plaindre. La société n'est pas obligée de nourrir l'individu dans une ville qui lui plaît ; elle lui doit le pain, le toit, le feu : elle s'acquitterait en le lui donnant dans un doux climat et en pleine nature.

Avec les pauvres des villes, on créerait des villages prospères. Les polissons législateurs de ce temps n'ont pas même lu ce livre admirable de Balzac, Le médecin de campagne. Ce que Benassit sut faire pour son hameau, l'Etat doit le faire pour ses malheureux, sinon ces malheureux ont le

droit de mourir et le droit de mourir implique le droit de tuer : en cela le socialisme s'appelle la justice, mais en cela seulement. La vie du corps aux corporels ; telle la charité, telle la sécurité.

CONCORDANCE CATHOLIQUE

ARCANES DÉNAIRES

// faut au peuple un singulier mysticisme pour se laisser tailler et corvéer à merci, en échange d'un trentesix millionnième de royauté, et d'un quinze millième de députalion.

Pour juger les utopies actuelles, on doit rechercher leurs expressions antècendenles : V absurdité éclate. Babeuf éclaire Bakounine ; et Bobespierre, Tolstoï.

Si la seule aristocratie appréciable réside dans la compétence ou capacité, le peuple, c est-à-dire ceux qui vivent du travail, ne peuvent gouverner.

L'ignorance est V équivalent d'inconscience,

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