‹ Le livre: Historique--fabrication--achat--classement--usage et entretienChapitre 18 sur 156 · Cf. mpra, t. I, p · texte numérisé non relu

Cf. mpra, t. I, p

5. Sur Antoine-Marie-Henri Boulard (1754-1825), cf. notre tome II, chap. xi, Bibliomanes et Bibliolâtres, pp. 251-250. Ne pas confondre, comme nous l'avons déik A\V, \vt \y\^\\Q-

plette de plusieurs centaines de mille de volumes, dont il avait rempli cinq ou six maisons de Paris, de la cave au grenier. L'important, l'intéressant et Tattrayant, c'est d'avoir un but, de poursuivre une piste, — c'est d'avoir vos sujets d'étude préférés et vos auteurs attitrés, et de vous y tenir*.

Et alors vous goûterez vraiment et savourerez pleinement vos livres; vous ferez partie de cette phalange d'hommes heureux dont parle Balzac', de

nianc Antoinc-Marie-lIenri lioulard avec M.-S. [Martin-Sylvestre] Boulard, imprimeur, librah^e et bibliographe, à qui est empruntée la note suivante.

1. « Un amateur, à moins que sa fortune ne soit considérable et ses ressources immenses, ne doit s'attacher d'abord qu'à un genre de livres, et môme qu'à la classe dont la possession le flatte le plus ; il sera toujours à môme d'étendre ses jouissances, et de passera une autre, lorsque la première sera portée au degré de perfection qu'il pouvait désirer. Je. lui conseille, en outre, d'avoir toujours une somme en réserve pour les cas extraordinaires; en négligeant cette méthode il est quelquefois obligé de laisser passer l'occasion d'acquérir un objet unique, qu'il n'a jamais l'espoir de retrouver dans la suite, et il s'expose à des regrets qu'il n'aurait pas éprouvés en prenant la précaution que j'indique. » (M.-S. Boulard, Traité élémentaire de bibliographie, p. 11.)

2. Cf. le Cousin Pons, principalement chap. ii, p. 11 (Paris, Michel Lévy, Librairie nouvelle, 1870) : « ... Il possédait son musée pour en jouir à toute heure, car les âmes créées pour admirer les grandes œuvres ont la faculté sublime des vrais amants ; ils éprouvent autant de plaisir aujourd'hui qu'hier, ils ne se lassent jamais, et les chefs-d'œuvre sont, heureu^ sèment, toujours jeunes.... Vous tous qui ne pouvez plus boire à ce que, dans tous les temps, on a nommé la coupe du plaisir, prenez à tâche de collectionner quoi que ce soit

ces collectionneurs, qui, — dussent-ils, dans leur

hôtel ou leur mansarde, ne s'ingénier qu'à réunir

des affiches ou aligner des tabatières, — connaissent

les moins précaires et les plus douces joies de ce

monde.

(on a collectionné des affiches!), et vous retrouverez le lingot du bonheur en petite monnaie.» « ,...Vous connaissez rimniense et riche collection du vieux Cayeux. Nous Tavons couchée en joue, mais infructueusement. Le bonhomme me dit : « Monsieur, je ne mets point de prix à mon bonheur. « Quand vous auriez rempli ma chambre de louis, il n'y en •c aurait toujours qu'un. Celui-là vu, j'aurais vu tous les autres. « Au lieu que sur mes soixante mille estampes, il n'y en a « pas deux qui se ressemblent. » Que répondre à cela? rien; surtout quand un homme aime mieux boire de Peau, manger des croûtes, et voir des estampes. «• (Diderot, Lctlrea à Fatconetf XIV, juillet 17(57 : Œuvres complètes : t. XVIII, p. 249; Paris, Garnier, 1876.) « Les collectionneurs sont des gens heureux, ils savent toujours où placer leurs économies. » (Edmond About, cité dans le Magasin pittoresque,ib mai 1902, p. 238.) « Aimez l'étude, les tableaux, la musique; faites-vous, s'il le faut,bibliomane (et collectionneur de papillons!); mais ayez Tin goût quelconque, une maiiie pour vos vieux jours, sans quoi vous périrez. » (Prince de Mette hnich, ap. Fertiault, les Amoureux du livre, p. 257.) « Et ces deux citations, déjà mentionnée^ dans notre tome I, p. 215, note 5, et p. 212 : « Il est bon d'exercer son esprit pour se procurer des plaisirs à tous les Ages; il est bon do se former des plaisirs intellectuels qui servent d'entr'actes aux plaisirs des sens. » (Séxac de Meilhan, ap. Sainte- Beuve, Causeries du lundi, t. XII, p. 475.) « ... Parmi les goûts si divers que la Providence a départis aux humains, l'amour des livres est celui qui, après avoir donné, pendant la prospérité, les plus grandes, les plus vérital)les jouissances, ménage, pour toutes les peines de la vie, les plus douces les plus pures, les plus durables consolations. » (Tenant DE Latour, Mémoires d'un bibliophile, pp* 250-252). Cf. supra^ t. I, p. 212.

tk livre: -^ T. iVt v\

« Pourquoi achèle-t-on un livre? »

Cette question a été récemment posée par un libraire anglais, qui a eu Tidée de joindre à un volume tout nouvellement paru une carte postale, où il priait rachetcur de vouloir bien lui faire connaître le ou les motifs (jui l'avaient poussé à effectuer cet achat.

Environ oOO réponses lui parvinrent, nous apprend la l'osHkrhe ZeilungK Sur ces 500 acheteurs :

2 déclaraient s'être laissé séduire par la couverture;

tî par les illustrations;

25 par le titre du volume:

49 par la réclame ;

59 par les annonces (qui pourraient se confondre avec la réclame) ;

09 par la recommandation d'amis ou de parents;

70 parce qu'ils avaient déjà lu d'autres ouvrages du môme auteur;

et ItiO parce que le commis ou le patron de la li!)rairie leur avait chaleureusement vanté l'ouvrage.

Restent 92 acheteurs dont le mobile ne nous est pas révélé.

1. La Cinzcllc- de Voss (de Berlin), citée dans le Mémorial de hi Uhriirir française, 24 déco ml)re 1905, pp. 711-71*2, et dans le Courrier du lit^re, 1" janvier 1004^ p; 11;

D'autre part, Stendhal a remarqué que, pour bien se vendre, un livre doit remplir trois conditions : l** Avoir un joli titre ; 2" Être écrit sur un sujet à la mode ; 0" Être facilement compris*.

Laissons de côté cette dernière clause, qui paraît

être, au contraire, et en bien des cas, un obstacle à la vente, le public, comme on l'a maintes fois constaté, semblant trop souvent admirer de confiance et rechercher de préférence ce qu'il comprend le moins.

L'actualité, le sujet à la mode, est un attrait plus certain et très puissant.

Mais le titre, — le titre et le nom do l'auteur, - voilà ce qui arrête le mieux le passant, ce qui amorce le plus sûrement l'acheteur. Aussi ne saurait-on trop recommander à un débutant, — puisqu'il no peut compter sur son nom, qui est ignoré de la foule, — d'apporter tous ses soins au choix du litre de son volume. « Souvent d'un titre dépend le sort d'un livre. Il faut un titre dont la disposition flatte l'œil, dont la consonance chatouille l'oroillo, i)as trop long, quelque chose de précis, de vif, de sympathique*. » La remarque date de loin, d'ailleurs :

1. Stendhal, article sur l'ouvrage de M. Jouy, De la morale appliquée à la politique, ap. Albert Collki.non, rArl et la Vie de Stendhal, p. 221.

2. Charles de Boigne, Petits Mémoires de t Opéra, Préface, page II.

8'i LK LIVRE.

un rcrivain qu'un peut considérer comme un des pores (lu roman moderne, Antoine Furetière (1620ir»SS), Ta très justement dit : • Un beau titre est le vrai proxénète d'un livre, et ce qui en fait faire le plus prompt débit* ». Tel était aussi l'avis de Sainte- Hcuve, dont l'autorité est si grande en la matière : € Les libraires |é(lileursj veulent avant tout aujourd'hui d»* ffons titres aux livres qu'ils achètent, des lilros sonores... et alléchants;... en notre républiqu<* des lettres, un livre bien iilré fait son chemin aussi sùrem(Mit <[ue le faisait jadis à l'armée un gentilhomme de bonne maison* ».

1. Antoine TL-nmiKHE, fc Rom'in bouryeuis, l. II, p. 100. ^I*aris,collectionJannet-Picard,1878.) Et ce distique et jeu de mots du bon La Monxoye [np, Gabriel PeiGxNOT, Essai.,, sur hi vi'Hure, p. 41, noto 1) :

Ul litulum vidi, libri sum cnplus amore ; n lihnini b'^i, bber omorc fui.

"1. Saintk-îîkivi:, Piemiers Lundis, t. II, pp. 197-198. EL rinïportance des litres n'est pas moins grande, est plus jrrando mt^nie peut-être, pour les pièces de thét^tre que pour les œuvres de librairie. Eugène Scribe disait à ce sujet : « Hien n'est difficile comme de trouver un bon titre de pièce, un titre qui sonne bien à l.oreillej qu'on retienne bien, et qui plaise à Tœil sur l'affiche. J'ai deux ou trois moyens pour arriver à ce résultat. Comme dernière ressouice. on peut toujours mettre le nom du héros ou de l'héroïne; mais c'est bien dangereux avec les jalousies des comédiens : tous veulent être titulaires ; avec un nom : Louise ^ Piei^c ou Paul, on a tous les acteurs contre soi; avec les Huguenots, tes Diamants de la Couronne, on a la paix assurée. Reste à satisfaire le public avec son titre. Voici comment je procède : quand j'en ai à peu près trouvé

Mais quelles difficultés de trouver un bon titre, surtout pour les romans et avec Fénorme et immense surproduction de ce genre d'ouvrages qui se fait depuis trente ans!* C'est le cas, ici plus qu'ailleurs, plus que jamais, de remarquer que tout a été dit et pris, qu'on vient trop tard.... Pour comble, tel titre convient à une classe de lecteurs ou à une région, et non à une autre. Ainsi, paraît-il, le mot amour (les Amours d'une grande dame, Amour

deux ou trois dans mon esprit, je prie le directeur de les faire imprimer en afflches ; mon domestique va les piquer dans mon cabinet, et, quand je rentre, mes yeux se portent forcément sur Tune d'elles; c'est celle-là qui me donne le titre de ma pièce ; on ne sait pas la force de l'assemblage des lettres; le succès du Lorgnon a peut-être tenu à ce qu'il y a deux o dans le mot! Ce titre a l'air de vous regarder. » (H. DE ViLLEMESSANT, Mémoires il' uïi joumali S tc, t. VI, p. 59.) i. Déjà au xvir siècle, on se plaignait de la quantité de romans qui encombraient « le marché ». Dans la préface de son Berger extravagant, Charles Sorel (1597-1074) fait les remarques suivantes : • Aujourd'hui, le recours des fainéans est d'écrire et de nous donner des histoires amoureuses et d'autres fadaises, comme si nous étions obligés de perdre notre temps à lire leurs œuvres, à cause qu'ils ont perdu le leur à les faire.... Cela fait que l'imprimerie nous est à charge, et, grâce à nos beaux écrivains, le peuple, voyant tant de recueils de folie que l'on lui donne i)uur des livres, en a tellement ravalé le prix des lettres, qu'il ne met point de différence entre un auteur et un bateleur ou un porteur de rogatons, et que, si un honnête homme vient à écrire, il ne saurait plus voir son nom qu'à regret sur le frontispice de son ouvrage, et est contraint de désavouer son enfant légitime. » (Cité en note par Emile Colombe y, dans son avant-propos à la Vraie Histoire comique de Francion, par Charles Sorel, p. 3; Paris, Delahays, 1858.)

et Mariage, etc.) est excellent pour attirer les lecteurs parisiens, tandis qu'il effraye et met en fuite certains clients de province*.

Dans bien des cas aussi, le nom de Téditeur, < sa couverture »,peut servir de recommandation, d'indication tout au moins. On sait que telle maison se montre difficile sur le choix de ses auteurs, qu'elle ne

publie que de bons ouvrages, et Ton achète de con-

fiance. On sait que telle autre, au contraire, édite n'importe quoi et volontiers aux frais des auteurs ; il en résulte que les volumes adressés aux libraires par celle-ci ne sont fréquemment pas même mis en étalage: « La place nous manque.... Nous ne pouvons la gâcher » ; que les ballots expédiés par elle ne sont môme souvent pas ouverts, et lui sont retournés tels quels. Un livre de médiocre valeur, mais revêtu de la firme d'une bonne et puissante maison d'édition, a de fortes chances de bien se vendre; publié dans une petite et piètre maison, dans une cave, un chef-d'œuvre court grand risque de n'obtenir aucun succès et de tomber à plat^

1. C'est surtout des livres de fond, et non des nouveautés. que je m'occupe dans ce travail. Je ne fais donc qu'effleurer ici la vente des romans, qui, par suite de cette incalculable surproduction et de cet encombrement inouï, par suite aussi de la concurrence des journaux et périodiques à bas prix, de l'engouement pour la bicyclette, l'automobile, les sports, etc., subissent de plus en plus la loi de l'offre et de la demande, c'est-à-dire se vendent de moins en moins.

Page 1