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Sur le sort des livres, voici, à titre simplement docu

Quant aux articles de journaux, annonces et réclames, leur action sur la vente des livres, notamment des nouveautés à 3 fr. 50, semble s'affaiblir de jour en jour, et cela à cause môme de la quantité de ces volumes et de l'abus et de loutrecuidance de ces réclames. On en a tant lancé, de ces « échos »,

mentaire, une statistique, publiée par un journal anglais, dont j'ignore le nom, et reproduite par le Petit Journal et par le Journal des Amateurs de livres (janvier 1904, p. HO ; Paris, Librairie H. Daragon). On remarquera que, dans ces calculs, le total des ouvrages parus dans le cours des xvir et xviir siècles (50000 et 80000) ne correspond guère aux totaux donnés par nous, d'après Gabriel Peignot, dans notre tome II, page 87. « Un journal anglais vient de se livrer à un curieux travail de statistique, d'où il résulte que, sur lOOOli vres, il y en a 600 qui ne font pas leurs frais, 200 qui joignent tout juste les deux bouts (looping the loop), et 100 qui rapportent un bénéfice insignifiant. Le reste, soit une centaine, représente un profit plus ou moins considérable. Sur ce même nombre (1000) de volumes nouveaux, 750 sont, avant la fin de Tannée de leur publication, tombés dans l'oubli ; 100 environ tiennent bon pendant un an ou deux ; 100 autres résistent pendant trois années; 40 environ survivent plus longtemps; mais, au bout de vingt ans, c'est à peine s'il en est 10 dont on se rappelle encore le titre dans certains milieux. Sur les 50 000 ouvrages édités au cours du xvir" siècle, il n'en a pas surnagé 50. Sur les 80O00 édités pendant le xviir siècle, qui fait pourtant époque dans l'histoire de la pensée humaine, c'est tout le bout du monde si, sur 500 environ qui n'ont pas totalement disparu de la mémoire do? lecteurs, 300 mériteraient les honneurs d'une réimpression. Depuis les débuts de l'écriture, c'est-à-dlro depuis quelque chose comme 33 ou 54 siècles, il n'y a pas 000 ouvrages, en comprenant dans ce maigre total les œuvres des plus grands écrivains de toutes les races et de tous les pays, qui aient pu résister impunément à l'action dévorante du temps. Voilà qui est plutôt pour rabattre la superbe des gens de kV\xçi"!i>\^

où les mots : chef-d'œuvre, gloire, génie, etc., où les épithèles : admirable, incomparable, unique au monde, impeccable, impérissable, etc., se répercutent à outrance et à satiété, que le public, — le public intelligent, tout au moins, — a fini par n'y plus croire, à ces sornettes et billevesées, par ne plus même les lire, ces dithyrambiques, folles et dispendieuses petites notes. Elles l'écœurent et le dégoûtent. Quand il en rencontre quelqu'une sous ses yeux, il hausse les épaules et la saute bien vite : • Encore une! Oh! assez! Grâce!* >

1. Il ne messiérait peut-être pas de donner ici quelques échantillons de ces drôleries. Un écho du Journal (15 novembre 1902) nous informe qu*« un critique (lequel?) a écrit : Ce livre puissant et artiste, fe Fumiste, s'il était de Balzac, SERAIT SON chef-d'œuvre.... Le Fumiste est le missel d'un 8IÈCLE TOUT ENTIER. » « Dcpuls cinquante ans, affirme un autre (qui aurait aussi bien pu dire cinq cents ans, et dont il faut admirer la modestie), aucune œuvre aussi émouvante et empoignante, aussi forte, aussi grandiose et sublime n'avait vu le jour.... » « On sait la place considérable qu'a prise Tartempion dans notre littérature, • déclare sans rire un troisième. Et un quatrième : « Du premier coup, l'auteur (Tartempion II) vient de se classer parmi les MAITRES du roman moderne... » «...en tête des écrivains contemporains, » proclame plus carrément un cinquième, « X..., le maître styliste que nous connaissons tous (un autre illustre inconnu), vient, par ce livre, de se classer au premier rang des écrivains de ce temps et de tous les temps.... Jamais, dans aucun pays ni dans aucune langue, pareil livre ne vit le jour..., monument élevé à toute une race, h. toute une époque.... Les Confessions de Jean-Jacques ne sont qu'un pâle grimoire à côté de ces pages toutes chaudes de vie, » etc. (Le Journal, 12 mars 1906.) Et dire que toutes ces platitudes et ces sottises n'obtiennent d'autre

Les journaux ont, d'ailleurs, tous, ou presque tous, cessé de rendre compte des livres nouveaux, et n'insèrent plus que lesdites réclames payées, et payées très cher, vingt, trente, quarante francs la ligne souvent, et avec un minimum de lignes obligatoire. Ainsi, d'une façon générale, pour mériter et obtenir l'attention de la presse, l'argent est, non pas la condition première, mais la condition absolue. Tunique condition : • Silence au pauvre î » encore une fois *. C'est là, du reste, une vérité de tous les temps, et il n'y a nullement lieu de s'étonner : je constate, voilà tout.

Oui, tandis qu'il n'est pas de gazette qui ne consacre soir ou matin plusieurs colonnes à toutes les choses du théâtre : analyse de la pièce, soirée parirécompense que le ridicule, et sont peine perdue î A touri ces affamés de publicité et de célébrité on pourrait appliquer l'anecdote suivante contée par Barbier, médecin de Louis XV, dans son Journal (septembre 172(3 ; t. I, p. 445) : • On rompit, il y a deux jours, un nommé La Haye, grand voleur dans la Bretagne, qui n'avait que trente ans, et qui avait assassiné ou vu assassiner plus de trente personnes. Il avait tout avoué dès la prison; il s'attendait à être rompu, et avait la liberté de causer dans la prison du For-l'Kvéque, où il avait été d'abord. On lui a entendu dire que son chagrin était que, deux jours après sa mort, on ne parlerait plus de lui, tandis qu'on parlerait toujours de Cartouche, qui n'était qu'un misérable voleur de maison. »

L Sur ce mot de Lamennais, sur l'argent et son inlluencc en littérature, cf. notre tome II, pp. 206 etsuiv.,et le présent tome, pp. 106 et suiv. Voir aussi P.-J. Proudhon, De la Justice dans la Révolution et dans V Église, t. I, pp. 258 et suiv. (Bruxelles, Lacroix, 1868.)

sienne, échos de coulisses, racontars sur les artistes, etc., et aux nouvelles du sport, de tous les sports : courses hippiques, cyclisme, automobilisme, athlétisme, yachtisme, escrime, football, pelote basque, pêche à la ligne, etc., sur la littérature et les livres, plus rien, — rien que ce que l'argent permet ou impose*.

Ce mercantilisme de la presse et cette infériorité du livre vis-à-vis de la comédie ou de l'opérette ont été maintes fois constatés et déplorés. « Le théâtre est le tyran du jour, disait Barbey d'Aurevilly.... Est-ce que le plus idiot vaudeville, pour peu qu'il soit représenté, ne trouve pas toujours à son service le compte rendu qu'un livre fort, réduit à sa seule force, ne trouverait jamais? Lisez les journaux et jugez! Les journaux, qui devraient être les éducateurs du public et qui n'en sont que les courtisans, quand ils n'en sont pas les courtisanes, ont créé des espèces de chaires de littérature théâtrale.... » c Jamais, reprend M. Octave Uzanne, après avoir cité ce passage*, jamais on n'a

1. Sur les rapports du livre avec le journal, et surla crise du livre, « crise que le livre subit dans le monde entier », voir un article très documenté du comte de las Navas, Bi~ bîiotcrario mayor de S. M. le roi d'Espagne, Amis et Ennemis des livres^ dans la Espana moderna, l*'' novembre 1904, pp. 40-53.

2. Octave Uzanne, Zigzags d'un curieux, pp. 7-9. Tout ce procès fait par Barbey d'Aurevilly à l'omnipotence théâtrale (dans la préface de son livre Théâtre contemporain) serait

exprimé plus nettement que d'Aurevilly rincroyable envahissement du théâtre, ni fait aussi judicieusement germer une idée de révolte, qui devrait entrer logiquement dans la tête de tous ceux qui mcltent du noir sur du blanc. »

Et cette remarque d'Edmond de Concourt' :

« Pour être connu en littérature, pour être universellement connu, on ne sait pas combien il importe d'être homme de " théâtre ; car le théâtre , pensez-y bien, c'est toute la littérature de nombre de gens, et de gens supérieurs, mais si occupés qu'ils n'ouvrent jamais un volume n'ayant pas trait à leur profession : l'unique littérature, en un mot, des savants, des avocats, des médecins *. »

Pas plus que des cyniques réclames de la presse^,

à citer : il est plein d'intérêt et du plus vigoureux I)on sens.

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