‹ Le livre: Historique--fabrication--achat--classement--usage et entretienChapitre 27 sur 156 · Ln plupart des sermons, des oraisons funèbres · texte numérisé non relu

Ln plupart des sermons, des oraisons funèbres

sont des amplifications ennuyeuses, des lieux communs

cent et cent fois répétés. » (Voltaire, Dictionnaire philoso-

phiquCj art. Amplification: Œuvres complètes, t. I, p. 91;

l*aris, édit. du journal le Siècle, 1807.) « Une oraison funèbre

n'est (pi'une déclamation, » dit encore Voltaire {Siècle de

Louis XIV, chap. xxv : Œuvres complètes, t. II, p. 441). Les

oraisons funèbres, en outre, ne sont guère, et c'est forcé,

(jue des tissus de « mensonges », ou, si vous préférez,

d* « erreurs voulues ». Il n'est pas une oraison funèbre de

Bossuctqui ne justiGe cette assertion. D'Anne de Gonzague,

par exemple, femme de mœurs ultra-faciles, héroïne de

nombreuses et très scandaleuses aventures, qui, abbesse

d'un couvent, n'avait d'autres soucis que ses amoureuses

équipées (cf. le cardinal de Retz, qui a dit d'elle [Mémoires,

seconde partie, t. II, pp. 186-187; édit. des Grands Écrivains

de la France] « qu'elle estimait autant la galanterie qu'elle en

aimait le solide » ; — Mme de Motteville, Mémoires, passim ;

— Tallemant des Réaux, Historiettes, t. III, pp.2t)etsuiv.; —

Carte géographique de la Cour ou Carte du pays de Dracquerie,

dans {'Histoire amoureuse des Gaules^ de Bussy-Rabutin, t. I,

p. 274 [Paris, Delahays, 1858]; — la Revue encyclopédique,

6 mai 1899, p. 353, où on lit : « A l'abbaye d'Avenay, près

d'Ay, l'archevêque de Reims, Henri II de Lorraine, duc de

Guise, retrouva ses deux belles cousines, les i)rincesses

Anne et Bénédicte de Gonzague, et le trio se livrait à toutes

les folies imaginables. Un soir, entre autres, renonçant à

retourner à Reims, l'archevêque se fit dresser un lit dans

le parloir de l'abbaye, et la princesse Anne coucha de

l'autre côté de la grille; cette plaisanterie les amusa aux

larmes.... Bref, l'archevêque eut une passion pour les deux

cousines; mais, Bénédicte étant morte, il épousa Anne, le

4 mai 1658, en présence d'un prêtre, chanoine de l'Église de

Reims, » etc., etc.), — de celte « bonne robe >», comme on

disait alors, Bossuet nous fait, sans éclater de rire et le

VOUS vaincrez le temps, et que vous vous assurerez radmiration constante de la postérité. »

« On a dit, il y a longtemps, que Bossuet était inégal ; mais on n'a point dit assez combien il est long et froid, et vide d'idées dans quelques parties de ses discours*. »

« Bossuet. . . . Qu'est-ce que son Histoire universelle^ Une puérilité. Écrire ce grand mot : Vllistoire ak V Univers, et faire tourner cet univers, avec ses

plus sérieusement du monde, un modèle de vertu : « La jeune ahbesse (au couvent d'Avenay) devint un modèle de vertu! » (Bossuet, Oraison.'i funèbres^ p. 165; Paris, Dezobry, s. d.). La reine Henriette d'Angleterre meurt subitement, sans sacrements : « Elle était si bien préparée, s'écrie Bossuet, que la mort n'a pu la surprendre, encore qu'elle soit venue sous l'apparence du sommeil. » Tout se justifie et se sanctifie avec ce système. « La vérité, ajoute Sainte-Beuve {Port-Royal, t. IV, p. 557, note 1), justement à propos de cette oraison funèbre d'Henriette d'Angleterre, est presque toujours (chez Bossuet) couverte d'une draperie ou d'un voile. » Et l'oraison funèbre de Michel Le Telher! « Si Bossuet, écrit encore Sainte-Éeuve (Causeries du lundi, t. XV, p. 271), s'oubhe jusqu'à faire de l'ancien secrétaire d'État LeTellier, de cet homme d'esprit doucereux et fm, une majestueuse figure de chef de justice et un pendant de L'Hôpital, on n'est pas fâché d'entendre l'abbé de Saint-Pierre réduire la figure à ses justes proportions, et mettant, comme on dit vulgairement, les pieds dans le plat, nous dire crûment: « Le Tellier n'eut, durant sa vie, que le même but,... et ce but fut d'enrichir sa famille et d'augmenter son pouvoir tous les jours par des charges, par des emplois, par des alliances, par des richesses, par des dignités et surtout par la faveur du roi. »• Etc., etc.

1. Thomas, ap. cardinal Maury, Essai sur V éloquence de la chaire, chap. [lxviii, p. 369. (Paris,^Didot,;^i877.)

quatre mille ans d'existence, avec tous les événements qui les ont remplis, ... faire tourner tout cela autour d'une misérable tribu perdue dans un coin du monde.... Savez-vous ce qu'il fait, votre Bossuet? Il rapetisse Dieu ! Il rapetisse le monde ! Il rapetisse les hommes ! » Etc. ' .

€ Parmi les grands esprits, il n'en est peut-être pas un chez qui Tincapacité d'entrevoir l'avenir ait été aussi profonde que chez Bossuet*. >

« ... Bossuet ne possède à aucun degré le sens historique. Son Discours sur Vhisioire universelle n'est qu'une thèse religieuse des plus contestables; VHistoire des Variations n*est qu'un pamphlet et même une diatribe^.... »

« Bossuet... n'a fait, en somme, que chanter toute sa vie, d'une voix pontificale et sonore, la grand'messe du lieu conamun*. »

Ce qui n'empêche que ce grand « chantre », — mais surtout, encore une fois, et de plus en plus, le € chantre » des Sermons, — conserve nombre d'admirateurs.

Il est fort probable que si Voltaire n'avait pas gravé dans son Temple du goût les petits vers mé-

1. Daniel Manin, ap, Ernest Legouvé, la Lecture en action, pp. 350 et suiv.

2. LiTTRÉ, ap, Jules Levallois, Journal manuscrit, cahior XIV, p. 13.

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