Nous relisons ces vers
Où brille en se jouant ta muse familière, Qu'eût enviés Térence et qu'eût signés Molière.
(Lamartine, Épître à M. Casimir Delavigne, Nouvelles Méditations poétiques, p. 246.)
3. « ...Je Tavoue, je ne puis parler froidement de Casimir DelaA'igne, tant son nom se lie pour moi aux plus cliers souvenirs de ma jeunesse, tant l'àme et le talent, riiomme et le poète, formaient en lui un rare assemblage. C'était vraiment une nature exquise. La simplicité va bien avec la gloire.... S'il vivait de notre temps, un seul de ses succès
■ l'auteur ne fait pas un pas qui ne soit de génie »)î... Siècles, hâtez-vous de couler, et d'amener avec vous les honneurs qui sont dus à Richardson ! • Etc. Qui actuellement, en France, lit Richardson {1689- 1761)? Clarisse Harlowe, aussi bien que Paméla, autre chef-d'œuvre du même génie, ne ligure même plus dans aucun catalogue d'éditeurs, — d'éditeurs français, — - et ne se rencontre plus que d'occasion, Et Ramond? Qui lit, qui connaît aujourd'hui Ra^ mond de Carbonnières (1755-1827), l'auteur de pages si remarquables, notamment sur les Pyrénées' » Ramond, qui est un Volney bien autrement élo quent et ému, qui n'est pas seulement un des; leur, qui est un coloriste et parfois un Claude Lorrain ou un Carie du Jardin des montagnes (il y a de quoi justifier ces rapprochements), ne apprécié que de quelques-uns. Depuis lors, la tique littéraire, qui, aux mains des maîtres, ne s'est guère appliquée qu'à des époques plus éloignées, n'a pas daigné regarder ou du moins signaler ce qu'elle n'ignorait pas, ce que pourtant, je crois, elle ne prisait point assez et à sa valeur. On hésite toujours à se mettre en avant quanti l'opinion de la foule ne nous a pas frayé le chemin : il faut même, pour cela, une espèce particulière de courage, ce que j'appelle le courage du jugement'. • Ce qui n'empêche pas, encore une fois et au point de vue de la stricte 1. Saint B-B EU VF,, Causeries du lundi, l. X. p. ilO. Michelet
équité, de se demander pourquoi Volney nous reste, et pas Ramond, qui lui est si supérieur.
Et Mme de Duras (1778-1829) et son roman Edouard, un de ces livres « que les cœurs oisifs et cultivés aiment tous les ans à relire une fois, et qu'ils veulent sentir refleurir dans leur mémoire comme le lilas ou Taubépine*, » etc. Y a-t-il, à riieure qu'il est, beaucoup de cœurs, « oisifs et cultivés » ou non, pour relire une fois par an, ou même une fois par dix ans, pour avoir même jamais lu ce livre « immortel » ?
Et Casimir Delavigne (1793-1845), dont Lamartine faisait tant de cas, au point de le comparer à Térence et à Molière*, Delavigne, pour qui Ernest Legouvé professait une si vive admiration et dont il a si joliment parlé dans ses Soixante an>> de souvenirs V J'en connais plus d'un qui estime qu'il ne
{la Montagne, pp. 92 et suiv.) fait aussi grand éloge de Ramond, « notre éloquent Ramond ».
i : Sainte-Beuve, Portraits de femmes j p. 73.