‹ Le livre: Historique--fabrication--achat--classement--usage et entretienChapitre 48 sur 156 · Ap. ID, op. cit., p · texte numérisé non relu

Ap. ID, op. cit., p

5. « ... Sans cet ordre et disposition, tel amas de livres que ce peut estre, fust-il de cinquante mille volumes, ne mériteroit pas le nom de bibliothèque, non plus qu'une assemblée de trente mille hommes le nom d'armée, s'ils n'estoient rangez en divers quartiers sous la conduit ^^ViXixs^

IVwn (\iio, viiMix de près de trois cents ans, les conseils rassemblés par lui dans son Advis pour dresser uii'' hiffliothrfjur sont encore pleins d'utilité et d'àpropos ', et nous ne saurions mieux faire que de rappeler ici ceux (jui ont trait à la question dont nous nous occupons, à remplacement et au rangement des livres :

« Pour ce ([ui est de la situation et de la place où Ton doit baslir ou choisir un lieu propre pour une bibliothèque, il semble que ce commun dire :

Canniiia serossnm scribenlis et olia quaTunt*,

nous doive obliger à le prendre dans une partie de la maison plus reculée du bruit et du tracas, non scMilemcnt de ceux de dehors, mais aussi de la famille cl des domestiques, en l'éloignant des rues, de la

cliofs et capitaines, ou une jurande quanlilc de pierres et maléi-iaux celui de palais ou maison, s'ils n'estoienl mis et })osez suivant qu'il est requis pour en faire un bastinienl parfait et accomply. - IJlc. (Gabriel Naudk, Advis pour dresser une hihtiotli('(jHt% chap. vu, pp. 8()-87.)

1. Le docteur Graeskl [oj). cit., p. 13, note 1) cite cette é(iuitable et belle ai)préciation de Naudé et de ses écrits I)ar le bibliographe allemand Scbelhorn le Jeune (1755-1802; : « Un bibliothécaire qui ne connaît pas Naudé, qui ne connaît pas ses œuvres, pour rares (lu'ellcs soient, et qui ne cherche pas à en tirer profit, ne mérite i)as d'être regardé comme un bibliothécaire habile et possédant les connaissances nécessaires aux fonctions qu'il rcmpht. »

'•1. Ovide, les Tristes, livre 1, élégie i, vers il : « Pour écrire des vers, il faut loisir et solitude. »

cuisine, salle du commun, et lieux semblables, pour la mettre, s'il est possible, entre quelque grande cour et un beau jardin où elle ail son jour libre, ses vues bien estendues et agréables, son air pur, sans infection de marais, cloaques, fumiers, et loute la disposition de son bastiment si bien conduite et ordonnée qu'elle ne participe aucune disgrâce ou incommodité manifeste.

« Or, pour en venir à bout avec plus de plaisir et moins de peine, il sera toujours à propos de la placer dans des estages du milieu, afin que la fraischeur de la terre n'engendre point le remugle, qui est une certaine pourriture qui s'attache insensiblement aux livres; et que les greniers et chambres d'en haut servent pour l'empescher d'estre aussi susceptible des intempéries de l'air, comme sont celles qui, pour avoir leurs couvertures basses, ressentent facilement l'incommodité des i)luyes, neiges et grandes chaleurs. Ce que s'il n'est pas autrement facile d'observer, au moins faut-il prendre garde qu'elles soient élevées de la hauteur de quatre ou cinq degrés, comme j'ay remarqué que l'estoit l'Ambroisienne à Milan, et le plus haut exhaussées que l'on pourra, tant à raison de la beauté que pour obvier aux incommodités susdites : sinon le lieu se trouvant humide et mal situé, il faudra avoir recours ou à la natte ou aux tapisseries pour garnir les murailles, et au poêle ou bien à la cheminée, dans laquelle on ne bruslera

((ur (]\i hois (jiii fume pou, pour Teschauffer et dcsst'irlicr ptMidîUil riiyvor ot les jours des «entres saisons (jui s(M*(>nl plus liumides.

« Mais il semble que t ou les ces difficuliez el circonslances ne soient rien au prix de celles qu'il faut observer pour donner jour et percer bien à propos une bibliothèque, tant à cause de Timportance qu'il y a (ju'elle soil bien esclairée jusqucs à ses coins plus éloignez, qu'aussi pour la diverse nature des vents qui doivent y souffler d'ordinaire, et qui produisent des (^flVrls aussi différents que le sont leurs (jualilez el les lieux par où ils passent. Sur quoy je dis (jue dcMix clioses sont à observer : la première, (|U(î les croisées el lenestres d(î la bibliothèque ((juand elle sera p(MTé(^ des deux coslez) ne se regardent diamétralement, sinon celles qui donneront jour à qu(*l([ue table; d'aulant que, par ce moyen, les jours ne sVsvanoûyssant au dehors, le lieu en demeure beaucoup mieux esclairé. La seconde, que les principales ouvertures soient tousjours vers rOrient, tant à cause du jour que la bibliothèque en pourra recevoir de bon matin, qu'à l'occasion des vents qui soufflent de ce coslé, lesquels estans chauds et secs de leur nature rendent Tair grandement tempéré, fortifient les sens, sublilisent les humeurs, espurent les esprits, conservent nostrc bonne disposition, corrigent la mauvaise, et, pour dire en un mot, sont très sains et salubres : où, au contraire.

ceux qui soufflent du coslé de l'Occident sonk plus fascheux et nuisibles, et les Méridionaux plus dangereux que tous les autres, parce qu'estans chauds et humides ils disposent toutes choses à pourriture, grossissent Tair, nourrissent les vers, engendrent la vermine, fomentent et entretiennent les maladies, et nous disposent à en recevoir de nouvelles*; aussi sont-ils appeliez par Hippocrate : Aiistrl audilum hebetantes, caliginosi, caput gravantes^ />i^7"î, dissolventes^, parce qu'ils remplissent la teste de certaines vapeurs et humidilez qui espaississent les esprits, relaschent les nerfs, bouschent les conduits, offus- ([uentles sens, et nous rendent paresseux et presque inhabiles à toutes sortes d'actions. C'est pourquoy,

1. Ce que dit \i\ Gal)riel Nnudé se trouve déjh dans ViTRUVE, De Arrliileclura^ livre VI, chap. iv (ou vir) : « Cuhicula et bibliothecx» adorientem spectare dcbent; usus enim matutinum postulat lumen : item in J)ibliolliecis libri non putrescent. Nam quœcunque ad meridiem et occidentem spectant, atineis et liumore libri vitiantur, quod ventihumidi advenientes procréant eas et alunt, infundentesquehumidos spiritus pallore volumina corrumpunt. » [ « Les chambres à coucher et les bibliothèques doivent être tournées au soleil levant, parce que leur destination leur rend nécessaire la lumière du matin, et, en outre, parce que les livres ne se gûtenl pas si facilement dans ces bibliothèques que dans celles qui regardent le midi et le soleil couchant, lesquelles sont sujettes aux vers et à l'humidité, parce que la même humidité des vents, qui fait naître et qui nourrit les vers, fait aussi moisir les livres. » Traduction Nisard, p. 98.]

2. « Les vents du sud paralysent l'oreille, répandent de l'humidité, alourdissent la tête, apportent l'indolence et la corruption. »

îui (l/'fîiul i\o< pnMiiiiTs. il faudra avoir recours à rvu\ «jui xniriltMil (lu Soplonlrion, cl qui, par le moyen «lo Irurs qualilcz froide et seiche, n'engendrent aucune liuinidilé. et conservent assez bien les livn's et papiers'. ■

Ainsi. plnctM* la bibliolliè«jue dans l'endroit le moins bruyant de la maison: — pas trop haut ni trop bîis. r'esl-à-dire ni dans les p^reniers ni dans les sou^-x^ls et re/-de-(liaussée; — la bien éclairer: ipi'il UN ait pas de coins sombn^s; — (pfelle soit îiuhuil que possil)le exposée à Test, ou, à défaut de Test, au « se|)lenlrion » : tc^Is sont les principes forniulé-i jadis par le sai^aee Naudé. et qui méritent eneoi'e d'ètrt^ cités connue l>as(* essentielle de l'installalion de toute bibliotluMjue.

A propos de rex[>osilion septentrionale, si la plupart des bibliographes se sont ran<j^és à l'opinion de Vitruve et de Naudé. et préfèrtMit l'c^xposition orientale-, il convient de rappeler cej)en(lant que la pre-

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