CHAPITRE PREMIER
Weiikler et Schœpflin, dans le Pfenningthurm de Strasbourg, et depuis traduite en français par M. Léon de Laborde, va nous renseigner longuement sur les travaux de Gutenberg et de ses associés André Dritzchen et André Heilman. Pour tout le monde, les trois hommes étaient, comme nous Tavons dit, spiegelmachers, c'est-à-dire fabricants de miroirs. Ils avaient passé entre eux un acte aux termes duquel celui qui eût pu mourir dans le cours des recherclies n'aurait droit pour ses héritiers qu'à une indemnité correspondante aux sommes dépensées par lui. Il advint qu'André Dritzchen décéda et qu'un de ses frères prétendit occuper sa place dans l'association. Le mort laissait des dettes; il avait englouti dans ses essais les florins par centaines. Gutenberg ayant offert de payer sur-le-champ les sommes employées, les héritiers de Dritzchen, qui voulaient mieux, l'assignèrent devant le juge pour se voir condamner à leur faire une place dans les travaux de recherches et la fabrication des miroirs. Les témoins, assignés au cours de l'instance, racontèrent par le menu, ce qu'on pouvait savoir alors des inventions faites par la société. L'un d'entre eux déposa qu'après la mort de Dritzchen, le domestique de Gutenberg avait couru à l'atelier, priant le frère du défunt, Nicolas Dritzchen, de déplacer et de mêler quatre formes mises dans une presse. Un second assurait que les ouvrages d'André lui avaient coûté au bas mot 3oo florins, somme énorme pour le temps. D'autres témoins peignaient Gutenberg sous un Jour assez curieux ; ce devait être un sauvage, un solitaire, qui cachait à ses associés certains arts pour lesquels l'acte ne stipulait rien.
a^ LE LIVRE.
Un fait prouve bien que les recherches portaient sur la fabrication de caractères métalliques; un orfèvre, nommé DiJnne, prétendit avoir touché plus de loo florins pour le fait d^imprimerie, das :[u dem triicken gehoret. Trucken ! Pimprimerie ! le mot était trouvé, et depuis ce jour Tusage le consacra.
Donc, avant 1439, Jean Gaensfleisch, dit Gutenher^ s'était voué à Fart de la reproduction des textes, et il y consacrait sa vie et ses faibles ressources. Trois problèmes se posaient devant lui. Il fallait des caractères moins délicats que n'étaient les caractères en bois, et moins chers de gravure. Il fallait une presse qui aidât à obtenir une empreinte plus nette sur le parchemin et le papier. Il fallait de plus que les feuillets des livres ne fussent plus anopistographes, c'est-à-dire imprimés seulement d"un côté. Autant d'inconnues dont son génie s'irritait et que lui seul peut-être avait été à même de pressentir.
Jusque-là, et longtemps après encore, on imprimait .les xylographes au f7-otton, c'est-à-dire à la brosse, en frottant le papier sur la forme enduite d'encre plus épaisse que n'était l'encre ordinaire; il rêvait mieux.
Durant ces travaux, Jean Gutenberg put retourner à Mayence. L'idée de publier une Bible, le Livre par excellence, lui tenait au cœur. Le spiegelmacher de Strasbourg était en voie de perte. La taille de ses caractères le ruinait, et à son arrivée dans sa ville natale son atelier, transporté par lui, ne pesait point très lourd. Quelques boîtes de lettres, une forme incommode, et peut-être une presse ordinaire, une presse de vendangeur avec une vis en bois. C'était beaucoup