‹ Le Livre, illustration - la reliureChapitre 11 sur 140 · CHAPITRE PREMIER. i · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER. i

déjà que la pensée de faire servir cet instrument banal à rimpression de ses formes; mais le frotton ne valait-il point mieux encore? La force du coup de barre écrasait les misérables lettres , dont la saillie ne résistait pas aux frappes répétées. Dans cette situation malheureuse, Gutenberg fit connaissance d'un nommé Fust, sorte de financier mayençais en quête d'affaires à lancer, lequel mit une somme de i,ioo florins à sa disposition pour continuer ses recherches. Malheureusement Targent s'envola, se fondit, et les résultats obtenus restèrent absolument dérisoires.

Gomme bien on pense, Jean Fust ne s'était pas engagé sans recours. D'abord il avait lié son débiteur par un contrat à 6 pour loo d'intérêts, plus une part dans les bénéfices. Ensuite il avait stipulé un remboursement en cas de non-réussite. Gutenberg, imprévoyant à la mode des inventeurs, avait écrit tout ce qu'on avait voulu pour se procurer des fonds. Il est présumable d'ailleurs que, tout en continuant ses investigations, il composait des livres courants avec les ressources dont il disposait, ce qui servait à alléger un peu sa dette. Mais l'imprimerie de la Ziim Jungen, à Mayence, était loin de briller dans le monde, car l'association de Fust ne portait que sur une Bible à publier, et non point sur des spéculum ou des douais répandus partout à cette heure ; aussi le bailleur de fonds devait-il presser son débiteur et ne lui laisser guère le loisir de travailler en dehors de l'œuvre projetée. Ce fut vers ce temps environ qu'un troisième acteur entra en scène. Pierre Schoitilier de Gernsheim, écrivain en lettres, introduit dans l'atelier de Guten-

berg pour y dessiner des caractères, allait bénéficier de toutes les tentatives avortées et prendre Tinvention à son point d'arrêt pour la conduire en avant. C'est Jean de Tritenheim, dit Trithemius, le savant abbé de Spanheim, qui nous rapporte ces histoires ; seulement, comme il tenait les renseignements de Schoiffher luimême, il ne nous paraît pas qu'on puisse lui accorder toute bonne créance.

Ce Schoiffher n'était point, d'ailleurs, un artisan ordinaire; si Ton s'en rapporte à certain manuscrit de Strasbourg écrit de sa main en 1449, il avait été élève de « la très glorieuse Université de Paris ». Dans l'atelier de Gutenberg, son esprit inventif et industrieux, pour employer les expressions mêmes de l'abbé de Tritenheim, trouva un aliment naturel et une mine féconde , et le calligraphe rêva autre chose que de mouler son écriture sur les formes en bois destinées aux graveurs de lettres. Gutenberg, arrêté dans sa marche par les soucis de la vie, les ennuis du métier, et peut-être aussi la fatigue de ses travaux, livra-t-il au nouveau venu quelques-unes de ses espérances? On ne saurait le dire. Ce qui est certain toutefois, c'est que, peu de temps après, Jean Fust est si bien séduit par Schoiffher, si entraîné par sa jeunesse et son application, qu'il se résout à remettre de nouveaux capitaux dans l'affaire. Il fait plus : pour se l'attacher à jamais, il lui donne en mariage sa petite-fille, et non sa fille, comme on l'avait cru avant M. Auguste Bernard.

On était alors en 1453, l'année qui précéda le premier monument daté de l'imprimerie en caractères mobiles, les Lettres d'indulgences. Il faut convenir que

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