‹ Le Livre, illustration - la reliureChapitre 130 sur 140 · CHAPITRE IX. joj · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX. joj

rompu. C'est la remise par les éditeurs à la bibliothèque d'un exemplaire sur vélin et relié de tous les ouvrages imprimés avec privilège. L'ordonnance était de i556; les successeurs de Henri II n'eurent que ce moyen de continuer les accroissements de leur fonds de volumes *.

Le fonctionnement de la librairie royale fut tel pendant environ un demi-siècle, mais l'idée de la rendre publique ne venait pas. Pour répandue que fût alors la passion des livres, elle ne s'était pas démocratisée au point de s'étendre au peuple. Les amateurs, les amoureux de lecture, constituaient dans leurs hôtels des collections spéciales, parfois rivales de celles du roi. Alors la mode n'est plus de coucher les livres, mais déjà on les dresse, pour ménager la place aux acquisitions nouvelles. Henri IV, qui n'avait point pour Fontainebleau la prédilection de son grand-oncle, ordonna le transport à Paris des ouvrages enfouis dans le château. Il y joignit ceux de la reine Catherine de Médicis, provenant du maréchal Strozzi, et comme le collège de Clermont était devenu vacant par la dispersion des Jésuites, il logea, en iSgg, la bibliothèque dans une des salles de cet établissement, sous la garde de Jacques- Auguste de Thou, maître de la librairie.

Voilà donc le dépôt royal venu à Paris, qu'il ne quittera plus; mais avant son installation définitive, avant qu'il fût rendu public, il allait se passer plus d'un siècle, durant lequel les agrandissements se firent, les

I. Citons toutefois Charles iX, qui consacra une grosse somme à l'acquisition des médailles de Grolier.

achats se multiplièrent, et le nombre des manuscrits et des imprimés s'augmenta dans des proportions énormes. Ce que voulait Henri IV en le plaçant près de la cour, c'était précisément d'éviter les pillages et de le tenir sous la main du bibliothécaire enxhef. La rentrée des Jésuites en 1604 bouleversa un peu les premiers établissements; le collège de Clermont fut évacué, les livres furent transportés aux Cordeliers de la rue de La Harpe, non loin de Saint-Côme, et répartis dans les salles du rez-de-chaussée et du premier étage, d'où le nom de basse et haute librairie ^. C'était là un amas de volumes assez peu utiles, puisque le public n'en jouissait pas et que le roi avait les siens propres; mais le temps était proche où la collection allait prendre un essor très sérieux, sous Pimpulsiôn des frères Dupuy en 1645 et de Jérôme Bignon ensuite. Toujours enfermée dans les chambres incommodes des Cordeliers, la bibliothèque contenait près de 5,259 volumes tant manuscrits qu'imprimés, moins peut-être que certains particuliers n'en conservaient alors. Après les Dupuy, elle possédait 10,329 imprimés au moins.

I. D'après le plan de Vassalieu, publié chez Jean Le Clerc, à la Salamandre royale, en 1614, les Cordeliers étaient contigus aux remparts de la ville, entré la porte Saint-Miche! ei la porte Saint- Germain. Ils avaient une chapelle reconstruite en i586, après l'incendie de i58o. Le couvent se composait d'une grande cour carrée, autour de laquelle régnait le cloître. La chapelle touchait à Saint-Côme, qui, lui, était bien dans la rue de La Harpe. Les Cordeliers étaient forten honneur auprès des rois de France, entre autres Henri III, qui les aida de ses deniers dans la reconstruction de leur église. On voit les derniers vestiges du couvent dans le bâtiment du musée Dupuytren, en face de l'Ecole de médecine.

Page 1