‹ Le Livre, illustration - la reliureChapitre 15 sur 140 · CHAPITRE P ri: M 1ER. j · texte numérisé non relu

CHAPITRE P ri: M 1ER. j

Ce livre, un des premiers vraiment dignes de ce nom, et que l'on a appelé de préférence la Bible de Mayence, parut dans une des époques les plus troublées qu'ait eu à subir la ville épiscopale. Soumise à des archevêques qui étaient avant tout des seigneurs laïques et batailleurs, la cité se trouva, en 1462, devenue la proie de deux prélats également en titre et qui ne voulaient céder ni Pun ni l'autre, Thierry d'isembourg et Adolphe de Nassau-Wiesbaden. Le 27 octobre 1462, Adolphe surprit Mayence, poursuivit son adversaire, qui escalada les murs avec une corde pour fuir plus vite, et la ville fut saccagée et pillée de fond en comble. Que devinrent, au milieu de la tourmente, les très petites gens qu'étaient alors les imprimeurs de la Bible? Sans doute leur médiocrité les sauva d'un désastre ; mais comme la paix fut longue à se rétablir, que, d'un autre côté, l'édition tout entière de leur dernier volume ne pouvait attendre, nous penchons à croire qu'ils se firent pour un temps commis-voyageurs en librairie, et qu'ils coururent le monde. Paris leur fut un but de voyage tout indiqué, Paris vers lequel tendirent toujours les convoitises allemandes. L'université, où Pierre Schoiffher s'était instruit aux lettres, et qui passait à Juste raison pour la première de l'Europe, leur sembla un débouché de premier ordre. Si l'on en croit Walchius [Decas Jabiilajnwi generis humani, Strasbourg, 1609, in-4°, p. 181), Jean Fust serait venu lui-même dans cette ville, où il aurait mis l'exemplaire en vente d'abord à 60 écus, puis à 5o, puis à 40, suivant les modes actuelles en matière de rabais. Fust était avant tout un commerçant ; il avait laissé croire à un merveilleux

travail de copiste d'outre-Rhin, et il était arrivé à en placer plusieurs exemplaires, lorsque les écrivains jurés de l'Université s'aperçurent de la supercherie, crièrent furieusement et réputèrent l'invention diabolique. On a voulu, de notre temps, tenir pour fable le récit de Walchius, parce que les registres du Parlement, consultés, sont restés muets sur les instances introduites contre le magicien de Mayence. Seulement on n'a point pris garde que les libraires avaient leurs maîtres, leur syndicat, si l'on veut parler à la moderne, chargés de prohiber les publications délictueuses. Ils étaient trop intéressés à la disparition des livres imprimés pour juger froidement l'aventure. Le Parlement n'eut rien à voir en ceci.

Aussi bien la révolution de Mayence allait-elle avoir des résultats autrement grands qu'on n'était en droit de l'attendre. de ces bouleversements minuscules. Les ateliers d'imprimeurs commençaient à se répandre, ou tout au moins les successeurs de Gutenberg, et Fust et Schoiffher eux-mêmes, avaient fait une école de typographes dans la ville, et leur métier n'était plus aussi secret. Privés de leurs libertés par le nouvel archevêque, plusieurs s'expatrièrent. Nous aurons occasion de nommer plus tard quelques-uns de ces exilés par qui l'art de l'imprimerie se répandit comme tout à coup à travers le monde, à Cologne, à Strasbourg, en Italie, en Espagne même, sans compter naturellement la Hollande, la France, la Suisse et les pays les plus rapprochés de Mayence, Nous avons déjà nommé la ville épiscopale de Bamberg; elle eut la singulière fortune d'avoir un atelier la seconde, mais il disparut

Page 1