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CHAPITRE II. SJ

Nous avons souvent regretté à propos de ces hommes, comme à propos de Gutenberg, Fust et Shoiffher, que nul portrait véritablement authentique ne nous eût transmis leurs traits. En ce qui concerne le premier, tout le monde croit le connaître et se rappeler le bonnet de fourrures, le pantalon collant de la médiocre statue de Mayence. Au fond il n^y a aucun portrait de Gutenberg, car on n'en voit point de caractérisé ni de sincère. Pour Ulrich Gering, M. Philippe, dans son Histoire de l'origine de V Imprimerie à Paris^ publie une figure grotesquement affublée de la fraise du xvr siècle, d'après un tableau conservé à Lucerne. Je n'insiste pas, M. Philippe ne tient point beaucoup non plus à cette misère; mais il eût été bon pourtant de découvrir une image possible : nous avouons l'avoir en vain cherchée.

L'atelier des trois Allemands fut installé dans les bâtiments de Sorbonne, inœdibus sorbonnicis^ en 1469. Là ils se mirent au travail tout aussitôt, attendu qu'alors l'établissement d'une imprimerie comportait simplement une salle un peu claire, une table, un pressoir et des formes. Krantz devait sans doute frapper les caractères que messieurs de Sorbonne choisiraient, car il y avait alors deux sortes de lettres, les gothiques allemandes et les romaines, dont on usait dans les ofticines. On s'en tint aux romaines, plus arrondies, plus claires, et aussitôt les matrices obtenues, les caractères fondus, on se mit à la besogne avec ardeur.

Les tendances de Guillaume Fichet et de Jean Heinlin n'étaient point tournées vers la théologie transcendante, mais plutôt du côté de la littérature des an-

Si LE LIVRE.

ciens et les œuvres de rhétorique contemporaine. Et puis, il laut bien le dire, car les hommes ne sont point partaits, Fichet comptait bien faire servir à ses propres besoins les presses autorisées. Nous le verrons publier en 1471 un traité de Rhétorique in-4''; mais, en attendant, il surveillait les travaux confiés à ses artistes. On commença par un gros livre de Lettres de Gasparin de Bergame, que Ton composa en in-4°, avec les caractères romains dont la forme avait été acceptée. A la fin de l'ouvrage, dont l'impression coûta un certain temps, peut-être bien une année, les trois praticiens avaient placé un quatrain en distiques latins, dont le sens est tout à la fois une constatation d'identité et une promesse d'avenir :

Primos qccq libros quos heec industria finxit Francorum in terris aedibus atqu« tuis;

Michael, Udalricus, Martinusque magistcr Hos impresserunt, ac facient aiios.

Si Ton cherche la part de chacun de ces trois hommes dans la confection du livre, il est permis de supposer que la partie intellectuelle, la composition et la correction appartenaient à Michel Freyburger et à Ulrich Gering; que la tâche tout aussi lourde de la fonte, de la répartition dans les formes, de la presse incombait à Krantz. Cet essai, pour satisfaisant qu'il parût, était loin de la perfection. Les premiers typographes parisiens avaient multiplié les abréviations et les contractions irrégulières. Il s'ensuivait des difficultés énormes et des fautes inévitables. De plus, ou bien leur poinçon n'était pas unique, ou bien la matrice en plomb se

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