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CHAPITRE II, 8i

Vers 1485, on mit en vente dans cette ville une traduction hollandaise des Malheurs de Troye de Le Fèvre, ce livre français publié à Cologne avant que la France posse'dât le moindre atelier typographique. A Bruges, le libraire Colart Mansion enlumine les bois de ses Métamorphoses d'Ovide en 1484; la gravure toute simple lui paraissait trop éloignée des manuscrits, dont la mode n'était point encore passée. A Zwoll, l'éditeur Peter Van Os découpe les planches xylographiques de la Bible des pauvres ; mais, à côté, le maître à la navette^ Jean de Cologne, un artiste au meilleur sens du mot, devait orner de ses dessins certaines publications populaires. A Utrecht, c'est Veldener, qui, de Louvain, est venu établir un atelier. Il y publie une deuxième fois le Fasciculus en 1480. Il crée un genre d'encadrements de fleurs et de feuilles qui allait constituer bientôt le métier de graveurs en rameaux « rahmenschneiders ».

Anvers a attiré de Gouda Gérard de Leew, qui donne le roman de la Belle Vienne. Schiedam eut un graveur d'assez bonne guise, qui illustra une édition du Chevalier délibéré d'Olivier de la Marche en in-folio gothique. L'impression est postérieure à 1483, car on lit en signature :

Cet traittié fut parfait l'an mil Quatre cens quatre vings et trois Ainsi que sur la fin d'avril Que l'yver est en son exil.

Et que l'esté fait ses explois.

Au bien soit pris en tous endrois De ceulx à qui il est offert Par celui qui Tant a souffert, La Marche.

Le français, langue claire et harmonieuse, trouvait ainsi Thospitalité au loin. Pour tant d'exemples de livres français publiés à Téiranger, nous ne citerons aucun ouvrage allemand imprimé en France. Chez nous, la production suffisait à peine aux universités et aux particuliers.

Répandue du Nord au Midi, la typographie avait, dès 1490, ses deux principaux centres : Paris et Lyon. Après la réussite des trois Allemands à la Sorbonne, on n''avait plus qu'à laisser faire les événements. En 1474, deux étudiants que Gering et Krantz avaient instruits, Pierre CEesaris et Jean Stol, fondent le second établissement de Paris, Au Soufflet vert, et ils impriment des ouvrages classiques. C'est dix années plus tard que paraîtront Antoine Vérard, Simon Vostre, Pigouchet, dont le premier surtout allait donner à la librairie française une impulsion qu'elle n'a guère perdue depuis. Mais, avant eux, Pasquier-Bonhomme publiait les Gi'andes chroniques en 1476, trois volumes infolio, le plus ancien en date des livres imprimés à Paris dans notre langue.

L'école française d'illustration était des plus florissantes à la fin du xv^ siècle, mais seulement pour la miniature et l'ornementation par le pinceau. Les charmantes figures des manuscrits avaient à cette heure une tendance flamande et naturaliste. Le plus célèbre des grands artistes du manuscrit, Jean Foucquet, ne pouvait renier l'origine de son talent ni l'influence de l'école des Van Eyck. Pourtant la touche demeurait bien personnelle ; il avait couru le monde et ne s'était point attardé aux choses d'art d'une seule ville, comme le fai-

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