CHAPITRE II. Sj
saient souvent les primitifs des Flandres. Il avait parcouru l'Italie et il en transportait des motifs d'architecture dans les curieuses inventions des Heures d'Etienne Chevalier, aujourd'hui à Francfort en Allemagne, et dont la Bibliothèque nationale conserve un pre'cieux fragment. A côté de ce maître incontesté, dont les œuvres sont heureusement connues, vécut un artiste plus modeste, qui vient d'être étudié dans un livre récent suivant ses mérites probables, Jean Perréal, dit Jean de Paris, peintre de Charles VIII, de Louis XII et d'Anne de Bretagne ^
Enjoignant à ces deux maîtres Jean Bourdichon, pour servir de transition entre Foucquet et Perréal, Bourdichon, dessinateur en titre des rois, depuis Louis XI jusqu'à François P', on obtient un ensemble de forces vives déjà présentable. Sans doute, ces hommes ne pourront entrer en ligne ni avec l'école admirable des Flandres, ni avec les Allemands de Nuremberg ou les maîtres d'Italie; mais, pour modestes qu'on les répute, ils n'en font pas moins au jour le jour leur besogne, peignant des « histoyres », coloriant des armoiries, rendant aux rois leurs seigneurs tous les menus services de serviteurs dévoués et sans morgue, et préparant, suivant leurs moyens, le grand mouvement artistique français du xvii'^ siècle. Que ces gens, laissant le pinceau pour le crayon, se soient mis à dessiner des figures en bois, le cas n'est pas niable. On sait
I. Bancel, Jean Perréal. M. Bancel a oft'crt au Louvre un tableau qu'il attribue à Jean Perréal sur la foi de deux initiales I P qui sont vraisemblablement celles des deux personnages représentés dans le tableau, et non celles de l'artiste.
d'ailleurs que Pun d'enire eux suivait le roi Charles VIII aux armées d'Italie, et esquissa vraisemblablement les batailles de la campagne au fur et à mesure des événements. Or, dans les livres publiés à cette époque en France, il se rencontre des vignettes trop rapprochées des miniatures pour qu^on n'en puisse reconnaître la finesse et le goût français. Telle est, par exerrple, l'illustration de la Mer des Histoires, imprimée par Le Rouge en 1488, où la souplesse du dessin se marie dans quelques pièces à la dextérité extraordinaire des graveurs. Quelques autres, néanmoins, laissent parfois à désirer; ils estropient les meilleures choses par leur trait inhabile et leur maladresse de main. N'étaient-ils point, ces tailleurs de bois, imprimeurs eux-mêmes, les Commin, les Guyot-Marchant, les Pierre Lecarron, les Jean Trepperel et autres? On serait tenté de voir dans certaines œuvres informes le travail hâtif et lestement conduit d'un artisan pressé par le tirage. Or comme on sait, d'autre côté, la part prise par les libraires à la confection des planches, notre supposition ne paraît point inadmissible en soi.
Il y avait une vingtaine d''années environ que Timprimerie tenait à Paris, lorsque Philippe Pigouchet, typographe et graveur sur bois, se mit à exploiter son métier pour lui ou pour le compte des autres. Devenu libraire de rUniversité, il avait transporté ses presses rue de la Harpe et avait pris comme marque la curieuse figure ci-contre. A ce moment précis, un véritable marchand, Simon Vostre, s'imagina de lancer des livres d'heures jusque-là dédaignés en France, et de les publier en luxe, avec figures, encadrements, grandes planches à